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En Afrique, des mères désemparées par les recrutements russes

En Afrique, des mères désemparées par les recrutements russes.
La Russie a recours à de fausses offres d'emploi dans de nombreux pays africains afin d'attirer de jeunes hommes en Ukraine.Image: Imago, montage watson

Les méthodes de recrutement de la Russie «alarment» en Afrique

Au Zimbabwe, en Afrique du Sud et au Botswana, des familles cherchent leurs proches partis combattre pour la Russie en Ukraine, souvent après avoir été attirés par de fausses promesses.
28.08.2026, 16:5128.08.2026, 16:51
Mary TARUVINGA, Harare, Zimbabwe / AFP

Au lieu de fêter l'anniversaire de son fils, une mère de famille zimbabwéenne, Rodwin Chitewere, a passé la journée à prier pour que son corps soit rapatrié après sa mort parmi les forces russes menant la guerre contre l'Ukraine.

Dans d'autres pays de la région, comme le Botswana ou l'Afrique du Sud aussi, des femmes désespèrent de voir leur fils ou leur mari revenir d'un conflit dans lequel ils ont été plongés contre leur gré dans de nombreux cas, après des campagnes de recrutement au motif trompeur.

Deux sinistres messages en provenance de Russie

Le fils de Rodwin Chitewere aurait eu 23 ans. En avril, il est parti avec un cousin d'un village reculé, où il vivait avec sa grand-mère. Vivant loin, sa mère n'a découvert son départ qu'après un changement de statut sur une application de messagerie.

Puis, quelqu'un l'a contactée depuis la Russie pour lui annoncer que son fils, Tanaka Muzirikazi, avait été blessé dans une attaque de drone.

«On a besoin de la grâce de Dieu pour savoir s'il va s'en sortir car c'est grave», décrit la note vocale envoyée alors, que l'AFP a pu écouter. Quatre mois seulement après le départ de son fils, le même homme lui annonce en juillet sa mort par message. Sa mère témoigne:

«Je veux juste qu'on le ramène à la maison. J'ai besoin de faire mon deuil. Je veux offrir à mon fils des funérailles dignes. J'ai énormément de peine»

Cinq personnes suspectées d'être des recruteurs ont été poursuivies pour traite d'êtres humains au Zimbabwe.

Charles Ojiambo Mutoka, 72 ans, pose avec les portraits de son fils Oscar, dont il a appris la mort en août, lors d'une conférence de presse à Nairobi, le 27 janvier 2026.
Le Kenya est également touché par ces recrutements. Charles Ojiambo Mutoka, 72 ans, pose ici avec le portrait de son fils Oscar, dont il a appris la mort sur le front ukrainien en août 2025. Photo prise lors d'une conférence de presse à Nairobi, le 27 janvier 2026.Image: TONY KARUMBA / AFP

Parti en Russie en secret

Harare (réd: la capitale du Zimbabwe) a annoncé en mars que 15 de ses ressortissants avaient été tués sur des «champs de bataille étrangers», sans plus de précision, et que plus de 60 autres restaient coincés en première ligne. C'était un mois avant le départ de Tanaka Muzirikazi et de son cousin Dylan Goodho. Sa mère, Fadzai Chikove, implore:

«Dylan, si jamais tu entends ce message, s'il te plaît, reviens à la maison. Tu ne peux pas te battre dans une guerre qui n'est pas la nôtre»

Son père a aidé le jeune homme de 23 ans à préparer son voyage, pensant qu'il partait en Tanzanie pour devenir importateur de voitures. «Ça semblait être une vraie opportunité», témoigne Vharance Goodho.

Ce n'est qu'une fois en Russie que Dylan a dit la vérité à sa famille. Il a envoyé 1500 dollars à la maison puis, à partir de mai, ses parents n'ont plus eu de nouvelles.

Le collectif All Eyes on Wagner a publié en février les noms de plus de 1400 Africains recrutés, selon lui, par Moscou entre janvier 2023 et septembre 2025, dont plus de 300 seraient morts.

Une image de la vidéo en question.
De nombreux Africains ont été attirés en Russie par des promesses d'emploi avant d'être envoyés sur le front ukrainien de force. Ici, une troupe de soldats ougandais.Image: Capture d'écran X

De nombreux pays africains touchés

L'Afrique du Sud a annoncé qu'au moins deux de ses citoyens avaient été tués en combattant pour la Russie et que malgré le rapatriement de quinze personnes, d'autres demeuraient sur place.

Le projet gouvernemental ukrainien «Je veux vivre», dédié aux recrutements étrangers par la Russie, estimait en juillet que 69 Sud-Africains avaient été engagés et que dix ont péri.

Un des rapatriés a confié n'avoir «jamais eu aussi peur». Il n'avait aucune expérience militaire préalable. Il a raconté:

«Tout à coup, vous voyez et entendez des bombes, des drones au-dessus de vos têtes»

Un autre, dans la vingtaine aussi, reproche aux autorités de ne pas tenir leur promesse d'accompagnement psychologique:

«On nous laisse tomber, sans argent, sans aucun moyen de subsistance, uniquement avec les cicatrices de la guerre»

Une femme raconte que son mari, Lifa, âgé de 38 ans, a perdu une jambe dans une frappe de drone visant son convoi sur le front. Il est toujours hospitalisé en Russie.

Au Botswana, le gouvernement s'est ému d'un nombre «alarmant» de recrues. Le projet ukrainien «Je veux vivre» recensait en juin deux Botswanais morts au combat.

Une mère botswanaise rencontrée par l'AFP est sans nouvelles de son fils de 20 ans depuis près d'un an. Lui et un ami sont partis en Russie en juillet 2025. Elle lâche:

«Je ne sais pas s'ils sont vivants ou non»

Elle accuse la fille de l'ancien président sud-africain, Jacob Zuma, de les avoir trompés en leur prétextant un cours de développement personnel en Russie. Cette dernière, Duduzile Zuma-Sambudla, a démissionné de son poste de parlementaire en décembre après une enquête de police la visant pour son rôle dans le recrutement de Sud-Africains. La mère accusatrice conclut:

«Je veux juste que mon enfant revienne à la maison. Et que justice soit faite. On nous a élevés selon le principe "œil pour œil". Je veux donc que cette femme soit jugée.»
Duduzile Zuma-Sambudla.
Duduzile Zuma-Sambudla.Image: Keystone
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Un bâtiment en flammes après un bombardement russe, Kiev.
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- Une fillette sauve un chevreuil assoiffé
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