Poutine cible l’Occident et le pire pourrait arriver cet automne
A peine Steve Witkoff et Jared Kushner dans le train en partance de Kiev, la réponse de Vladimir Poutine a fusé. L’armée russe a attaqué l’Ukraine avec des missiles balistiques et des drones à réaction, acceptant sciemment le risque de victimes civiles. Une réaction bien loin des intentions de paix affichées auparavant.
Les propos du ministre des affaires étrangères de Vladimir Poutine, Sergueï Lavrov, ont été encore plus directs. Dimanche encore, alors que les émissaires américains étaient en route pour l’Ukraine, il a affirmé que l’Allemagne avait ouvertement déclaré la guerre à la Russie. Les mesures brandies par Berlin en réaction au drone découvert à l’aéroport de Leipzig constitueraient le «début d’une véritable guerre».
Un combat entre civilisations
Quiconque n’y voit qu’un dérapage verbal méconnaît la cohérence de la politique russe. Sergueï Lavrov n’a été ni le premier ni le plus virulent détracteur de l’«Occident collectif». L’ancien président Dmitri Medvedev et l'animateur de télévision Vladimir Soloviov, qui s’en est déjà pris à la Suisse, réclament régulièrement l’utilisation d’armes nucléaires contre des capitales occidentales. Les nouvelles assurances données par Vladimir Poutine à Donald Trump, selon lesquelles il ne nourrirait aucun projet agressif contre l’Occident, n’y changent rien.
Ce que la Russie pense de l’Union européenne et de ses représentants est depuis longtemps consigné par écrit et peut être consulté sur le site du Kremlin. La Stratégie nationale de sécurité publiée durant l’été 2021 présente ainsi l’Occident comme une menace pour la sécurité et l’intégrité de la Russie qu’il conviendrait de combattre.
Moscou serait menacée aussi bien par l’effondrement des valeurs que par la décadence de la société en général. Sans surprise, Vladimir Poutine a lui aussi présenté la guerre en Ukraine comme un combat entre civilisations.
Ces déclarations ne sont pas restées au stade des paroles. La Russie met tout en œuvre pour diviser l’Occident et trouve pour cela des relais aussi complaisants qu’utiles, comme l’a notamment montré la victoire électorale de l’Alternative pour l’Allemagne (AfD) en Saxe-Anhalt.
Des victimes possibles en Occident
Les actions de Moscou ont désormais pris une forme nettement plus agressive, comme l'illustrent le drone à Leipzig et de nombreuses autres provocations hybrides. Pour atteindre ses objectifs, le Kremlin ne recule plus devant la possibilité de faire des victimes humaines en Occident.
Les propos de Sergueï Lavrov, selon lesquels l’Allemagne aurait déclenché une véritable guerre, relèvent d’une inversion désormais bien connue des rôles entre agresseur et victime. Ils préparent ainsi le terrain en Russie pour que le pouvoir puisse prochainement pousser encore plus loin l’escalade. Ils s’inscrivent également dans le prolongement des innombrables séries télévisées, livres et œuvres musicales qui ont présenté l’Occident comme l’incarnation du mal et de l’Antéchrist.
Aujourd’hui encore, la guerre lancée par Vladimir Poutine contre l’Ukraine est régulièrement justifiée par le fait que la Russie se sentirait menacée et devrait donc «riposter». C’est exactement le même procédé qui est désormais appliqué à l’ensemble de l’Europe occidentale.
Le pire à craindre pour cet automne?
Bien entendu, les troupes russes n’entreront pas dans Berlin, même si cette éventualité est régulièrement réclamée en Russie. Paralyser les sociétés occidentales, voire les dresser contre elles-mêmes, constitue toutefois un objectif tout à fait réaliste aux yeux de Vladimir Poutine.
Cette stratégie part du principe que «l’Occident» ne tient finalement que par la volonté de ses membres de rester unis autour d’une vision commune, malgré les divergences qui les traversent. A Moscou, on a parfaitement compris la fragilité de cette unité.
Il faut donc craindre le pire cet automne.
La forte augmentation des provocations au cours des dernières semaines, avec l'envoi de drones dans des pays voisins, le passage d'avions de combat russes non identifiés dans l’espace aérien international, des cyberattaques, mais aussi des projets d’assassinat visant des dirigeants de l’industrie occidentale de l’armement, montre que la Russie est non seulement déterminée, mais surtout parfaitement préparée.
Les responsables politiques occidentaux n’ont presque rien à opposer à cette menace. Ils continuent de partir du principe que la Russie voudrait attaquer militairement l’Occident, mais qu’elle n’en aurait pas les capacités. Berlin et Paris méconnaissent toujours le rôle joué par les formes hybrides d’une attaque. La «véritable guerre» dont Sergueï Lavrov agite le spectre, Moscou l’a commencée depuis longtemps.
(Traduit et adapté de l'allemand par Bastien Trottet)
