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France: la gauche lâche Sandrine Rousseau la «pleureuse»

Sandrine Rousseau à l'Assemblée nationale, faisant le signe du sexe de femme inversé, un geste féministe. Paris, 4 octobre 2022.
Sandrine Rousseau à l'Assemblée nationale, faisant le signe du sexe de femme inversé, un geste féministe. Paris, 4 octobre 2022.image: capture d'écran
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Sans pitié, la gauche française lâche Sandrine Rousseau la «pleureuse»

La gauche politique et médiatique française est en train de lâcher Sandrine Rousseau. Un portrait sans concession du journal Le Monde pourrait sonner la fin de la partie pour l'écoféministe, dont le discours sur les hommes effraie jusque dans son camp.
06.10.2022, 18:4303.11.2022, 11:15

Tu ne battras pas ta femme, mais tu pourras la quitter. C’est peut-être ça, la morale, en très cru, de l’affaire Rousseau-Bayou. Rousseau-Bayou? Sandrine Rousseau et Julien Bayou. La «méchante» et la «victime». Soit l’inversion des rôles et statuts jusqu’ici de rigueur à gauche, en France, où l’on a l’impression que le vent commence à tourner.

Députée écologiste de Paris, Sandrine Rousseau, 50 ans, adepte de l’écoféminisme intersectionnel (le patriarcat blanc détruit la planète comme il fait du mal aux minorités), avait accusé Julien Bayou, 42 ans, député comme elle et patron du parti Europe Ecologie Les Verts (EELV), un hétéro plutôt mignon, de «comportements qui sont de nature à briser la santé morale des femmes». Elle rapportait une tentative de suicide d’une de ses ex, dont on comprenait qu’il l’avait quittée. C’était le 19 septembre, dans l’émission C à vous, sur France 5. Watson en avait parlé.👇

Le portrait au scalpel du Monde

Est-ce un avertissement ou déjà l’estocade? Alors que, jusqu’ici, la presse dite de gauche avait été plutôt coulante avec le «néoféminisme» d’une Sandrine Rousseau, en opposition au «féminisme universaliste» d’une Elisabeth Badinter, une vieillerie aux yeux de la nouvelle école, un portrait au scalpel du magazine M Le Mag du Monde exposait, le week-end dernier et dans ses moindres viscères, le système politico-mental de Rousseau.

Au point qu’on pouvait se demander si l’on ne lisait pas un hebdomadaire de la droite identitaire. La députée de Paris et candidate malheureuse à la primaire écologiste en vue de la dernière élection présidentielle y apparaît comme une manipulatrice sujette à des crises de larmes, une Robespierre ayant des fragilités, une ambitieuse contrariée.

Surtout et en creux, ce portrait prend la défense de Julien Bayou, et, à travers lui, des hommes, mais aussi de la gauche, que d’infinis débats sur le genre et la domination mâle risquent de rendre définitivement inaudible. Comme si, face à un écoféminisme devenu éradicateur des moindres comportements jugés masculinistes, il devenait vital de marquer la limite entre l’indispensable lutte contre les violences faites aux femmes et la préservation d’une intimité de couple. Où l’on est un jour amené à souffrir comme un chien d’une séparation, que l’on soit homme ou femme et quelle que soit son orientation sexuelle.

«Un queutard n'est pas nécessairement un violeur»

L’éditorialiste Peggy Sastre, connue pour sa critique du «wokisme» et du mouvement #metoo, à l’origine, selon elle, d’un «phénomène de délation dont le cas Bayou est l’un des aboutissements», le relève cette semaine dans les colonnes du Point: être qualifié «de coureur, de queutard, de bourreau des cœurs», ce que serait, au hasard, Julien Bayou, ne fait pas nécessairement de vous un «violeur».

C’est ce sens des proportions, si l’on peut dire, que tente de rétablir le portrait du Monde consacré à Sandrine Rousseau. Qu’on se le dise, Julien Bayou n’est pas Adrien Quatennens, le député de La France insoumise qui a giflé sa femme. «Il ne faut pas confondre féminisme et maccarthysme», a contrattaqué celui qui s'était mis un temps en retrait de la présidence d'EELV, suite aux propos fracassants de sa collègue députée dans C à vous.

Lécher, lâcher, lyncher. Sandrine Rousseau est peut-être en train de faire l'expérience de ce théorème infernal du traitement médiatique repéré il y a longtemps par le journaliste Jean-François Kahn. Huée à une manifestation parisienne de soutien à la révolte iranienne pour avoir relativisé la portée idéologique du voile en France, il est sûrement moins payant à présent de s’afficher aux côtés de Sandrine Rousseau.

Le cogérant du quotidien Libération, Denis Olivennes, moins à gauche que la rédaction du titre, ne l'a pas «loupée» sur Twitter:

Rares sont ceux qui se pressent pour défendre Sandrine Rousseau. Il y a la militante féministe Alice Coffin, pas pour rien dans la construction médiatique, tout en punchlines et ruptures, de la députée écologiste:

Plus surprenant, la journaliste conservatrice Eugénie Bastié, du Figaro, apporte son soutien à Sandrine Rousseau, non pas à ses idées, mais à sa personne, jugeant «dégueulasse» que l'auteur du portrait de la députée écologiste dans Le Monde ait rapporté une confidence qu'elle lui avait demandé de ne pas relater.

«La gauche purge les siens»

«La gauche purge les siens», note Peggy Sastre, jointe par watson. Sur quoi débouchera cette séquence?

«Contrairement aux apparences, il n’est pas impossible que la gauche écoféministe incarnée par Sandrine Rousseau sorte encore plus forte de la tempête qu’elle traverse depuis quelques jours»
Peggy Sastre

Au-delà du cas Rousseau, c’est toute une partie de la gauche française qui semble empêtrée dans un scénario qu'elle aurait elle-même écrit. Les scandales sexuels et soupçons de violences conjugales s’accumulent à la France insoumise, mettant en cause des hommes, dont on découvre ou redécouvre, que pour être de gauche, ils n’en sont pas moins machos. Et s’il s’agissait de repartir sur de nouvelles bases?

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