Le Parlement polonais a adopté une loi permettant aux services de sécurité d'utiliser la force, y compris les armes à feu, dans certaines situations à la frontière. Ainsi, la responsabilité pénale sera supprimée si les agents de sécurité à la frontière agissent en état de légitime défense ou s'ils repoussent des «attaques à la frontière». La loi doit maintenant être soumise au Sénat, puis au président Andrzej Duda, avant d'avoir force de loi.
Au Parlement, une majorité écrasante de 401 députés a voté pour, 17 contre. Le projet bénéficie également du soutien de la population polonaise. Un sondage publié par le journal Rzeczpospolita a révélé que près de 86% des personnes interrogées sont d'avis que les soldats peuvent utiliser des armes pour repousser les migrants violents.
Le médiateur polonais pour les droits de l'homme, Marcin Wiącek, a déjà fait remarquer qu'il doutait fortement que la loi soit compatible avec la Constitution et a critiqué le fait que les conditions de l'exemption de peine soient définies de manière très vague.
Michael O'Flaherty, commissaire aux droits de l'homme du Conseil de l'Europe, dont fait partie la Cour européenne des droits de l'homme, a également averti la Pologne que cette loi, ainsi que d'autres mesures à la frontière, violaient le droit international. Il y a suffisamment de preuves que des personnes ont été expulsées alors qu'elles avaient demandé l'asile en Pologne.
La situation à la frontière est un thème central de la politique intérieure polonaise. Depuis 2021, de plus en plus de migrants en provenance de pays comme la Syrie et l'Irak entrent dans l'UE par la frontière, après avoir transité par la Biélorussie ou la Russie. La Pologne et l'UE accusent Poutine et Orban d'orchestrer ce mouvement migratoire.
En réaction, la Pologne a érigé une clôture sur une grande partie de la frontière, mais cela n'a pas empêché la migration de se poursuivre. La Pologne considère les entrées illégales comme un instrument de la guerre hybride menée par la Russie et la Biélorussie contre l'UE.
L'armée et les gardes-frontières font par ailleurs régulièrement état d'une escalade de la violence à la frontière avec la Biélorussie. En mai, un soldat polonais de 21 ans avait été tué. Un migrant l'aurait poignardé à travers la clôture frontalière avec un couteau fixé à un bâton avec du ruban adhésif. L'incident a provoqué un tollé en Pologne.
Peu après, un procureur a dû quitter son poste après que son administration a fait arrêter quatre soldats. Ils avaient tiré plusieurs coups de semonce alors qu'un groupe de migrants tentait de franchir la clôture frontalière - d'abord en l'air, puis au sol. Leur arrestation a déclenché une vague d'indignation en Pologne.
Le ministre de l'Intérieur Tomasz Siemoniak a assuré que la loi envoyait désormais «un signal clair de soutien aux personnes en uniforme qui luttent à la frontière». De son côté, le ministre de la Défense Wladyslaw Kosiniak-Kamysz a déclaré que les migrants n'étaient pas des demandeurs d'asile, mais des «hordes de bandits qui tentent d'attaquer les soldats polonais».
Cette rhétorique donne une image déformée, a critiqué Natalia Ciaston de l'organisation non gouvernementale We are Monitoring:
Les groupes de défense des droits de l'homme en Pologne avaient espéré que le gouvernement du premier ministre Donald Tusk abandonnerait la ligne dure du gouvernement nationaliste précédent. Marcin Wolny, de la Fondation d'Helsinki pour les droits de l'homme, a expliqué à l'agence de presse Reuters: «Je pense que le gouvernement a suivi les traces de ses prédécesseurs parce que c'était confortable».
(Traduit et adapté par Chiara Lecca)