Il y a quelques jours, la Biélorussie a rejoint un cercle illustre: l'Organisation de coopération de Shanghai (OCS). Cette alliance regroupe des pays comme la Russie, la Chine, l'Iran, le Pakistan et l'Inde. Ensemble, ils veulent tenir tête à l'Occident – et en premier lieu à l'Otan.
Cette nouvelle alliance est devenue très concrète aux portes de l'Otan. Depuis la fin de la semaine dernière, des avions militaires chinois ont atterri en Biélorussie, emportant avec eux des dizaines de soldats et du matériel. Et cette délégation chinoise n'est pas venue faire du tourisme: du 8 au 19 juillet, les soldats chinois et biélorusses effectueront un exercice antiterroriste commun – et ce directement à la frontière avec la Pologne, membre de l'Otan.
Les soldats s'entraînent sur un terrain d'exercice près de Brest, une grande ville du sud-ouest du pays – qui est également le principal point de passage vers la Pologne. Les deux pays ont baptisé la manœuvre «Faucon attaquant». Mais que se cache-t-il exactement derrière cet exercice? A quoi s'entraînent les soldats? Et pourquoi la Chine et la Biélorussie organisent-elles ces manœuvres à ce moment précis?
Les porte-paroles des deux pays sont restés particulièrement vagues au sujet de cet exercice. Le ministère de la Défense à Minsk a expliqué:
De son côté, un porte-parole du ministère chinois de la Défense a brièvement annoncé:
Les déclarations du vice-chef d'état-major général de l'armée biélorusse, Vladimir Kupriyaniouk, laissent supposer qu'il y a probablement quelque chose de plus derrière tout cela. Début juillet, il a dénoncé un «renforcement systématique» des unités de l'Otan le long de la frontière sud du pays.
Depuis 2017, plus de 20 000 soldats supplémentaires y auraient été déployés, selon lui. Malgré la «situation difficile» à la frontière sud, il ne devrait pas y avoir d'escalade du côté biélorusse, rassure-t-il. Néanmoins, sa conclusion ne laisse aucun doute:
Les voisins européens de la Biélorussie regardent le pays avec inquiétude, surtout depuis le début de la guerre contre l'Ukraine, lorsque les troupes du Kremlin ont utilisé le pays comme zone de déploiement. La Biélorussie est aussi accusée d'avoir amené un grand nombre de migrants à la frontière polonaise en 2021 afin de semer le trouble dans l'UE.
Face à cette tactique, la Pologne a érigé une clôture frontalière plus imposante. En outre, Varsovie renforce désormais sa présence militaire le long de ses frontières avec la Biélorussie et l'enclave russe de Kaliningrad.
Le chef d'état-major de l'armée polonaise, le général Wieslaw Kukula, a déclaré mercredi que le nombre de soldats stationnés à la frontière, qui est actuellement de près de 6000, devrait bientôt atteindre les 17 000. 8000 soldats seront positionnés sur place et 9000 autres devraient pouvoir y être déployés dans les 48 heures, en tant que «force de réaction rapide aux frontières».
Dernièrement, la Biélorussie a, elle aussi, renforcé ses troupes à la frontière avec l'Ukraine, justifiant sa décision par de prétendues provocations du pays voisin.
C'est donc dans ce contexte explosif que la Biélorussie et la Chine ont décidé de faire une démonstration de force. Les soldats se sont jusqu'à présent entraînés à des manœuvres telles que des sauts en parachute, le franchissement de barrages ainsi que des combats de localité.
Le commandant des forces spéciales biélorusses, Vadim Denisenko, a expliqué que les unités des deux pays ne devaient pas agir séparément, mais unir leurs forces.
Les deux pays renforcent ainsi l'ambition autoproclamée de l'OCS d'être un contrepoids à l'Occident. Dans son discours prononcé lors du sommet de l'OCS à Astana, la capitale du Kazakhstan, la semaine dernière, le président chinois Xi Jinping a appelé à repousser les «ingérences extérieures».
Xi faisait manifestement allusion au protectionnisme qui se répand vis-à-vis de la Chine, y compris dans les pays occidentaux.
Pékin tente depuis longtemps d'inciter des groupes d'Etats tels que les Brics ou l'OCS à adopter une attitude unie vis-à-vis des Etats-Unis. Aux yeux de la Chine, le bloc de l'OCS, avec ses dix membres, doit gérer pacifiquement les «différends internes», rechercher des points communs et résoudre les difficultés de coopération.
Car les «différends internes» ne sont pas rares: la Chine, l'Inde et le Pakistan ont des conflits frontaliers dans la région du Cachemire. Des tensions couvent également entre le Pakistan et l'Iran dans la région divisée du Baloutchistan.
Mais tout cela ne doit pas beaucoup préoccuper Loukachenko. Il a de nombreuses raisons de se réjouir. En intégrant l'OCS, son pays renforce ses liens avec des Etats puissants comme la Chine et la Russie. De plus, Loukachenko, souvent qualifié de «dernier dictateur d'Europe», fête cette année ses 30 ans au pouvoir.
En Chine, la lecture de l'exercice «Faucon d'attaque» est quelque peu différente. Comme l'écrit le Frankfurter Allgemeine Zeitung en se référant aux médias officiels chinois, Pékin tente sans doute de diminuer le caractère explosif de l'opération. Le pouvoir souligne qu'il ne s'agit en aucun cas d'une première. La Chine et la Biélorussie avaient déjà organisé de telles manœuvres en 2012, 2015 et 2018.
Traduit et adapté de l'allemand par Léa Krejci