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Les femmes chinoises ne veulent plus d'enfants

epa10410133 A family walk in the park, in Shanghai, China, 17 January 2023. China?s population dropped from 1.41260 in 2021 to 1.41175 billion people in 2022. It is the first decline since 1961, accor ...
Une famille avec un enfant à Pékin: de moins en moins de Chinois choisissent cette voie.image: keystone

Les femmes chinoises ne veulent plus d'enfants

Pour la première fois, la Chine voit sa population diminuer. Cette crise démographique est notamment liée à l'évolution du rôle de la femme dans la société. Une épine dans le pied pour le gouvernement de Xi Jinping.
24.04.2023, 06:1024.04.2023, 06:30
Nico Conzett
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La population chinoise a diminué au cours des dernières années. Le recul n'a été «que» d'un petit million - de 1 412 600 000 à 1 411 750 000 habitants - mais c'est une première depuis 1960, selon le Bureau national des statistiques.

La population du pays semble avoir atteint son apogée. Dans les années à venir, l'Inde devrait détrôner la Chine en tête du classement démographique mondial.

FILE - Chinese President Xi Jinping gives a joint press conference with France's President Emmanuel Macron at the Great Hall of the People in Beijing, China, Thursday, April 6, 2023. Brazil' ...
Le gouvernement de Xi Jinping a du mal à s'attaquer au problème des bébés.image: keystone

Il y a de nombreuses raisons pour lesquelles la Chine a atteint son «pic». En premier lieu, l'émancipation des femmes, comme l'écrit la chaîne américaine CNBC. De plus en plus de Chinoises choisissent de miser sur leur carrière et leurs objectifs personnels plutôt que de fonder une famille.

Bien que la politique chinoise ait depuis longtemps pris des mesures face à ce risque - abolition de la politique de l'enfant unique en 2016 et extension à trois enfants «autorisés» en 2021 - les femmes et, plus généralement, les couples mariés ne veulent toujours pas avoir d'autres enfants.

La pandémie de coronavirus a encore aggravé la situation, comme l'explique Mu Zheng, professeur assistant de sociologie à l'Université nationale de Singapour, à CNBC:

«Le Covid a provoqué de nombreux effets négatifs et un sentiment général d'incertitude quant à l'avenir»
Mu Zheng, professeur assistant de sociologie à l'Université nationale de Singapour

L'augmentation du coût de la vie et un sentiment d'impuissance dissuaderaient les femmes chinoises d'avoir des enfants.

Mais la pandémie et le changement d'attitude des femmes ne sont pas les seuls facteurs qui font baisser le taux de reproduction en Chine. Ainsi, la volonté des femmes de faire carrière a un autre effet négatif: elles attendent traditionnellement d'un conjoint potentiel qu'il gagne plus qu'elles et qu'il puisse être le soutien de la famille.

Cependant, comme de plus en plus de femmes sont mieux ou aussi bien qualifiées que leurs maris potentiels, elles trouvent de moins en moins de partenaires «dignes». Selon le prestataire de services statistiques allemand Statista, les femmes représentent déjà plus de 40% des participants aux cursus de bachelor. C'est encore plus extrême pour les masters, où les femmes sont déjà majoritaires - et la tendance est à la hausse.

De plus, être célibataire n'est plus un stigmate, comme c'était le cas auparavant. Le résultat de ces évolutions sociales est qu'il y a moins de couples (mariés) et donc, inévitablement, moins de bébés.

Situation semblable que le Japon?

La Chine risque ainsi de se retrouver dans une situation similaire à celle de son voisin japonais, dont le taux de fécondité est déjà en baisse depuis des années. Dans ce pays, un sondage récent a révélé que la moitié des trentenaires non mariés ne sont pas intéressés par l'idée d'avoir un jour des enfants, comme l'a rapporté Kyodo News. Le Japon est depuis longtemps confronté au vieillissement et au déclin de sa population.

Comme le gouvernement chinois a du mal à trouver des solutions pour remédier durablement au problème, le secteur privé s'efforce de plus en plus de s'adapter à la nouvelle réalité sociale. Une grande agence de voyage chinoise, par exemple, tente de permettre aux femmes de faire carrière tout en ayant des enfants. Sa solution? Verser des indemnités aux femmes qui font congeler leurs ovules.

Les coûts de cette procédure sont élevés et difficilement finançables à titre privé.

L'agence de voyage espère que les femmes misent entièrement sur leur carrière dans l'entreprise pendant une période pouvant aller jusqu'à huit ans, tout en ayant toujours la possibilité d'avoir des enfants lorsqu'elles se sentent prêtes. La décision d'avoir un enfant est également récompensée - les femmes enceintes reçoivent par exemple de l'argent pour prendre le taxi jusqu'à leur lieu de travail et une allocation lorsque l'enfant naît et est scolarisé. Il y a toutefois un hic:

Selon la loi chinoise, les femmes doivent être mariées pour pouvoir congeler leurs ovules, ce qui constitue également un obstacle en raison des évolutions sociales décrites.

L'approche de l'agence de voyage n'est qu'une des nombreuses solutions expérimentées en Chine pour faire face à la crise démographique qui menace. Récemment, une application de rencontres financée par l'Etat a créé la polémique.

Pendant des années, la Chine a tenté de limiter artificiellement l'explosion de sa population, notamment au travers de la politique de l'enfant unique. Cette stratégie risque fort de lui revenir en pleine face.

Certains chercheurs prédisent que la Chine perdra la moitié de sa population d'ici 2100 si aucune mesure n'est prise dans un futur proche. Une telle évolution serait sans aucun doute désastreuse pour l'économie chinoise et pour les ambitions de puissance mondiale du pays.

(Traduit et adapté par Chiara Lecca)

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Alfred Bodenheimer fait la navette entre Israël et Bâle, mais aussi entre science et littérature sur le plan professionnel. Il est professeur d'histoire de la littérature et des études juives à l'université de Bâle. Parallèlement, il vient de publier le roman In einem fremden Land, dont l'action se déroule à Jérusalem.

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