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Voici à quel point la fonte des calottes glaciaires s'est intensifiée

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Les glaciers du Groenland et de l’Antarctique fondent plus rapidement que prévu.Image: imago

La fonte du Groenland et de l’Antarctique pourrait recouvrir la Suisse

Depuis 1979, 11,3 billions de tonnes de glace ont fondu au Groenland et en Antarctique avant de se déverser dans la mer. De quoi recouvrir toute la Suisse d’une couche d’eau de 274 mètres.
23.09.2026, 05:3723.09.2026, 09:10
Philipp Reich
Philipp Reich

Une équipe internationale de chercheurs dirigée par l’Agence spatiale européenne (ESA) a publié récemment le bilan le plus complet à ce jour de la perte de glace des deux grandes calottes glaciaires de la planète. Il est paru dans la revue Scientific Data.

L’analyse d'images satellites prises entre 1979 et 2023 montre que le Groenland et l’Antarctique ont perdu ensemble 11,3 billions de tonnes de glace. Pour le Groenland, les données remontent encore plus loin, jusqu’en 1972. Sur cette période-là, la perte atteint 6,2 billions de tonnes.

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11 300 milliards de tonnes: le chiffre est si colossal qu’il est difficile de se le représenter. Les scientifiques proposent donc une comparaison: la masse en question permettrait de recouvrir la partie continentale des Etats-Unis d’une couche d’eau d’environ 1,5 mètre. En appliquant cela à la Suisse, on obtient une couche de quelque 274 mètres – plus d’une fois et demie la hauteur de la tour Roche à Bâle, le plus haut bâtiment du pays.

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Les deux tours Roche mesurent respectivement 205 mètres et 178 mètres.Image: imago

Températures de l'air en hausse et océans toujours plus chauds

Ce qui frappe particulièrement, c'est que la perte de glace ne s'explique majoritairement pas par la hausse des températures de l’air. On la doit plutôt au réchauffement de l’eau des océans, qui attaque les calottes par-dessous et sur leurs marges.

Là où les glaciers se terminent dans la mer, l’eau plus chaude les érode à leur base et accélère leur écoulement vers l’océan. «Les calottes glaciaires fondent à une vitesse vertigineuse», affirme Eric Rignot, coauteur de l’étude et chercheur à l’Université de Californie à Irvine.

«Nous faisons fondre les régions polaires, le niveau des mers monte partout et cela va encore accroître la vulnérabilité des régions côtières»
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En Antarctique, les glaciers fondent principalement par-dessous.Image: imago

Au total, ce phénomène a relevé le niveau moyen des mers d’environ 3,1 centimètres depuis 1979. Cela peut sembler peu, mais les conséquences sont bien réelles, selon Inès Otosaka. Elle a dirigé l’étude à l’Université de Northumbria. Chaque tiers de centimètre supplémentaire expose deux à trois millions de personnes de plus à des inondations au moins une fois par an.

La tendance s’accélère

Les calottes glaciaires sont restées relativement stables entre les années 1970 et les années 1990. Les pertes ont ensuite commencé et se sont nettement accélérées dans les années 2010. En 1980, le Groenland perdait à lui seul en moyenne 60 milliards de tonnes de glace par an. Dans les années 2010, ce chiffre atteignait déjà 264 milliards de tonnes, soit plus de quatre fois plus. Entre 2020 et 2023, le rythme a certes légèrement diminué, à 199 milliards de tonnes par an.

La raison de ce ralentissement n’a toutefois rien de rassurant: les pertes dues à l’écoulement des glaciers sont restées constamment élevées. Seules celles provoquées par la fonte en surface ont diminué, car ces quatre années n’ont pas connu d’épisodes estivaux de fonte extrême comparables à ceux des années 2010.

Entre 2020 et 2023, le bilan global a également connu une courte accalmie, provoquée par des chutes de neige record en Antarctique oriental, qui ont temporairement compensé les pertes enregistrées dans l’Antarctique occidental, plus instable. Les chercheurs soulignent cependant qu’il ne s’agissait que d’une fluctuation météorologique à court terme et non d’un renversement de tendance. Selon Inès Otosaka, des mesures plus récentes, qui ne sont plus prises en compte dans l’étude, montrent déjà une nouvelle accélération.

Les pertes dynamiques sont la principale source d’inquiétude

Ce qui inquiète surtout les chercheurs, c’est qu’une grande partie des pertes résulte de processus dits dynamiques: la glace s’écoule et se détache de manière brusque et active, au lieu de fondre lentement en surface. David Holland, spécialiste à l’Université de New York et qui n’a pas participé à l’étude, explique pourquoi cela préoccupe: ce schéma correspond à ce que l’on pourrait attendre lorsqu’une calotte glaciaire entre dans un scénario dit d’effondrement par instabilité.

Il s’agit d’un processus qui s’autoalimente: dès qu’un glacier recule suffisamment à un endroit donné, il peut perdre de la glace de plus en plus rapidement sans réchauffement extérieur supplémentaire, car son propre équilibre disparaît – à l’image d’une avalanche qui, une fois déclenchée, accélère d’elle-même.

Pour l’avenir, cette évolution reste l’une des plus grandes incertitudes. L’étude ne change rien au fait que la réaction des calottes glaciaires au réchauffement actuel ne devient visible que plusieurs décennies plus tard. Selon les scientifiques, ce processus devrait se poursuivre encore longtemps, quand bien même le réchauffement climatique s’arrêtait immédiatement.

(Traduit et adapté par Valentine Zenker)

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