DE | FR
Commentaire

TPMP: Si la guerre est tragique, la connerie est «tragédique»

Idris, «expert en cybersécurité».
Idris, «expert en cybersécurité».
Ne croyez pas tout ce que l'on vous dit. Surtout lorsque des «experts en cybercriminalité», sans nom de famille, dictionnaire et décence, vous narrent la guerre en Ukraine chez Cyril Hanouna. Vous valez mieux que ça. (Et les Ukrainiens aussi.)
10.03.2022, 07:5010.03.2022, 12:51
Suivez-moi

Rien ne va plus. L’Ukraine est aux abois, l’humanité au bout du rouleau et l’intelligence aux ordures. Mais Cyril Hanouna? Aux anges! Vous ne pigez rien? On rembobine un chouïa: mardi soir, un problème technique contraint «Touche pas à mon poste» et son cheptel de gras limiers à rendre l’antenne prématurément. Précision pour apprécier la suite: le même soir, Spotify, Amazon et d’autres fournisseurs de machins ont, eux aussi, pécloté quelques minutes. Cyberattaque? Les Russes? Si la question peut (à la limite) être entendue, toutes les réponses ne méritent pas le même sort.

Mercredi, 20h15, la chaîne C8 est manifestement guérie. Le hochet de Vincent Bolloré pète la forme, tout frustré qu’il fut par cette débandade informatique. Mais il est hors de question de ne pas revenir sur l’incident. (Il n'a pas tort, en soi.)

Si bien qu'après la performance de Ruby expliquant à la France entière comment son petit business lui permet de «vendre l’eau sale de son bain à des mâles sur Internet», Hanouna tend le crachoir à un «expert en cybersécurité». Dans l’espoir, sans doute, d’en apprendre davantage (sur le problème technique, pas sur le prix du décilitre d’eau sale).

Ruby.
Ruby.

Crête de videur de boîte de nuit sur le crâne, faciès admirablement préoccupé, Idris est tendu. (Peu d’invités ont droit à des noms de famille dans les programmes d'infotainment). Il porte la lourde responsabilité de rassurer la grappe de philosophes de l'apesanteur autour de la table. Alors, hier soir, cyberattaque commanditée par le Kremlin ou pas? Idris penche pour un oui. «Ce n'est que le début.»

Il attaque le dossier C8 sans trembler: «Si la chaîne doit subir ce qu’elle a subi hier pendant une semaine, elle perdrait une somme monumentale.» Surtout que...

«Le public va être répercuté»
Idris, «expert en cybersécurité»

S'en suivent, quelques faits d'armes d'Anonymous, un mot sur les hackers russes tiré de Wikipédia et trois syllabes hachées sur les satellites d'Elon Musk. Un apôtre d'Hanouna panique: «Est-ce que la puissance des hackers russes est sans limite?»

«C'est sans limite»
Idris, «expert en cybersécurité»

«Sans limite?» L'apôtre frôle l'apoplexie. Idris développe. «Ils vont quand même garder une certaine limite. Ils vont pas aller jusqu'au bout d'un black-out total de toute l'Europe.» L'apôtre opine du chef comme si feindre la compréhension pouvait faire taire son angoisse. Flatté par tant d'attention, Idris écartèle ses chakras et beurre son analyse:

«Sinon, ils prendraient le risque d'une réplique nucléaire»
Idris, toujours «expert en cybersécurité»

Cinq intolérables secondes plus tard:

«Nucléaire?»
Benjamin Castaldi (oui il est là aussi)

Idris ne se laisse pas impressionner. Il aime bien être «expert en cybersécurité» et il projette de le rester après l'émission. Il rajoute donc un peu d'huile à son rouage analytique:

«Ben, vous bouclez internet aux Européens et aux Américains et va y avoir une riposte derrière et ça peut être en général que nucléaire, parce que là c'est...»

C'est quoi, Idris?

...

Idris?

«C'est quand même assez tragédique et dramatique»

Bon sang. Chers millions de téléspectateurs. Tout épuisés que vous êtes par la pandémie, la barbarie de Vladimir Poutine et l'existence en général. N'écoutez pas tout ce que l'on vous dit. Surtout lorsque des «experts en cybercriminalité», sans nom de famille, dictionnaire, connaissance et décence, voudraient vous narrer la guerre en Ukraine chez Cyril Hanouna.

Eteignez votre téléviseur, ouvrez une fenêtre et lampez un bon verre de vin. Parce que si la guerre est tragique, la connerie est «tragédique». Vous valez mieux que ça. (Et les Ukrainiens aussi.)

Et le scepticisme (parfois) est l'élégance de l'anxiété.

Plus d'éclairages sur ce qui se passe en Ukraine:

Que se passe-t-il dans la tête de Poutine?

Link zum Artikel

Pas facile d'être russe en Suisse: «Je n’ose même plus dire le mot russe»

Link zum Artikel

L'objectif de Poutine en Ukraine? Etendre sa sphère d'influence

Link zum Artikel

Pourquoi personne ne peut se passer de l'Ukraine économiquement

Link zum Artikel
0 Commentaires
Comme nous voulons continuer à modérer personnellement les débats de commentaires, nous sommes obligés de fermer la fonction de commentaire 72 heures après la publication d’un article. Merci de votre compréhension!
«Sans de nouvelles troupes fraîches, les Russes ne vont pas gagner»
Après deux mois de combats dans l'Est de l'Ukraine, la Russie n'a toujours pas réussi à s'imposer nettement sur ses adversaires, qui ne cessent de monter en puissance. A tel point qu'une victoire militaire de Kiev n'apparaît plus si inconcevable, estime Julien Grand, rédacteur en chef adjoint de la «Revue militaire suisse». Interview.

Cela fait bientôt deux mois que les Russes ont redéfini leurs objectifs militaires, en se concentrant sur l'Est de l'Ukraine. Qu'est-ce qui a changé dans le rapport de force entre les deux camps?
Julien Grand
: On a assisté à une montée en puissance de l'armée ukrainienne et, parallèlement, à un affaiblissement des forces russes. Cela amène à une situation à peu près égalitaire sur le champ de bataille, ou du moins à une porte ouverte que les forces de Kiev peuvent utiliser pour prendre encore plus l'initiative.

L’article