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Guerre en Ukraine: Vladimir Poutine échoue comme chef de guerre

Lundi 15 juin à Kiev, des flammes jaillissaient du toit, sous les coupoles dorées de la cathédrale de la Dormition de la Vierge.
Le lundi 15 juin à Kiev, des flammes jaillissaient du toit de la cathédrale de la Dormition de la Vierge après une attaque russe.Image: Danylo Antoniuk / AP / dpa
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Poutine est victime d'une erreur répandue chez les chefs de guerre

La guerre en Ukraine dure désormais plus longtemps que la Première Guerre mondiale. Entre Vladimir Poutine qui échoue en tant que chef de guerre et Donald Trump qui part d'Iran sans victoire, il est clair que la force militaire ne suffit pas à tout.
21.06.2026, 16:2621.06.2026, 16:26
Uwe Vorkötter / t-online
Un article de
t-online

«Quand cette guerre de merde va-t-elle enfin prendre fin?» L'écrivain allemand Ernst Jünger a noté cette question désespérée dans son journal intime en mai 1917. Ernst Jünger s'était autrefois engagé comme volontaire enthousiaste dans l'infanterie; il passa les années de la Première Guerre mondiale dans les tranchées du front occidental, son séjour n'étant interrompu que par des passages à l'hôpital militaire, où l'on soignait ses blessures.

En tant que soldat, il fut décoré de la plus haute distinction prussienne, l'ordre «Pour le Mérite». En tant qu'écrivain, il a documenté les abîmes de la guerre industrialisée du point de vue du simple soldat, de manière détaillée, sans ménagement, brutale, parfois sous la forme d'une épopée héroïque.

De nombreux parallèles avec la Première Guerre

Depuis son commencement, la guerre en Ukraine n'a cessé d'être comparée à cette catastrophe originelle du 20ᵉ siècle. La Première Guerre mondiale a duré quatre ans, trois mois et deux semaines. En Ukraine, les combats durent désormais depuis quatre ans, trois mois et trois semaines, sans qu'une fin soit en vue.

Sur la ligne de front, Russes et Ukrainiens se sont enterrés dans leurs positions, dans l'est, près de Koupiansk et de Sloviansk, près de Kramatorsk et de Pokrovsk. Tout comme il y a plus de cent ans, lorsque Allemands et Français s'entre-tuaient à Verdun et à Cambrai au cours de duels d'artillerie qui duraient des mois, sans succès militaire, sans gain de terrain.

A l'époque, les premiers chars roulaient sur le champ de bataille, les avions de chasse ouvraient la guerre aérienne, les sous-marins coulaient des navires marchands, et des canons géants, comme la «Grosse Bertha» allemande, étaient livrés directement au front, sortis tout droit des chaînes de production des usines Krupp.

Aujourd'hui, ce sont les drones et les missiles de croisière, les systèmes Patriot pour la défense antiaérienne, mais le principe reste le même: la supériorité technologique est censée décider du sort de la guerre. Au début du 20ᵉ siècle, le télégraphe a révolutionné les communications des troupes, tout comme aujourd'hui Starlink et les satellites de l'armée américaine.

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L'histoire ne se répète pas

Il existe des différences entre les guerres, l'histoire ne se répète pas. La Première Guerre mondiale, tout le monde voulait la mener: Prussiens et Habsbourg, Français et Anglais, Russes et Ottomans. Une guerre populaire, telle qu'on la connaissait dans le passé, devait clarifier les rapports de force en Europe. Cela semblait alors justifié.

La guerre en Ukraine, personne ne voulait la mener, à l'exception de Vladimir Poutine. Le 24 février 2022, il a ordonné l'attaque massive des troupes terrestres russes. Poutine est le prototype du nouveau tsar, qui ne respecte ni le droit international ni aucun accord entre les peuples. Il n'est guidé que par le droit du plus fort. Donald Trump revendique lui aussi sans aucune gêne ce prétendu droit pour lui-même.

Le droit du plus fort, cependant, n'existe pas. Qui s'en prévaut se met dans son tort. Ce prétendu droit ne garantit d'ailleurs aucun succès, ni militaire ni politique.

A propos de l'intervenant
Uwe Vorkötter compte parmi les journalistes les plus expérimentés d'Allemagne. Depuis quatre décennies, il analyse la politique, l'économie et la société; il a observé de près les chanceliers Helmut Schmidt et Kohl. En tant que rédacteur en chef, il a dirigé le Stuttgarter Zeitung, le Berliner Zeitung et le Frankfurter Rundschau. Il a été directeur de publication de Horizont, un média spécialisé dans le secteur de la communication.
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Image: Reinaldo Coddou H.

Un échec sur toute la ligne

La Russie, cet empire immense doté de richesses quasi inépuisables en soldats et en ressources, cette puissance mondiale dotée de l'arme nucléaire, a manqué tous ses objectifs. Vaincre l'Ukraine, remplacer le gouvernement de Kiev par un régime fantoche acquis à Moscou, affaiblir l'Otan, ériger une zone tampon contre l'Occident... Rien de tout cela n'a été atteint, rien de tout cela n'est encore atteignable.

Peut-être Poutine s'assurera-t-il, au final, le contrôle de Donetsk et de Lougansk; la Crimée, elle, ne lui sera plus contestée. Mais même celui qui suit la logique cynique de la force se doit de constater que cette campagne s'achève en débâcle, sur le plan géopolitique comme économique.

Sur le plan humanitaire, cela va sans dire. La Suède et la Finlande ont rejoint l'Otan, les Européens se réarment. L'Ukraine deviendra membre de l'Union européenne. L'économie russe souffre des sanctions. Poutine combat désormais aussi sur le front intérieur, où des drones ukrainiens incendient des terminaux pétroliers, et où l'essence se fait rare dans les stations-service. Un demi-million de soldats russes sont vraisemblablement tombés en Ukraine, jusqu'à présent. Pour quoi?

Le président russe, Vladimir Poutine.
Le président russe, Vladimir Poutine.Image: Imago

La recette du succès rapide

Poutine pensait que la soumission de l'Ukraine serait réglée en quelques jours, tout au plus en quelques semaines. Il a été victime d'une erreur de jugement répandue chez les dirigeants politiques qui s'érigent en chefs de guerre. Donald Trump était lui aussi fermement convaincu de pouvoir, en l'espace de quelques semaines, écarter la menace nucléaire que représente l'Iran, faire disparaître le programme de missiles et, au passage, mettre fin au pouvoir des mollahs.

Les hommes les plus puissants du monde, à la tête des plus grandes armées du monde, succombent à l'illusion de la guerre courte, tout comme les responsables politiques prussiens qui avaient déjà élaboré, dès la Première Guerre mondiale, le concept de la guerre éclair, le Blitzkrieg. Chez les Français, la recette du succès rapide s'appelait l'«attaque brusque».

Voilà ce que la guerre du 21ᵉ siècle a en commun avec les catastrophes du 20ᵉ siècle: il est tellement plus facile de la commencer que d'y mettre un terme. Trump en a fait l'amère expérience récemment dans le bras de fer diplomatique avec les Iraniens. Poutine a envoyé à Kiev son vieil ami oligarque Roman Abramovitch, afin de sonder si l'on pouvait discuter. Mais de quoi? De la capitulation? Ce n'est pas pour cela que les Ukrainiens se battent depuis quatre ans, quatre mois et trois semaines.

Pour l'instant, ce n'est qu'un espoir: que le temps de l'épuisement approche, que la conviction grandisse à Moscou que la guerre ne peut plus être gagnée sur le front. Et même si cette conviction grandit, le chemin vers la paix, et même vers un simple cessez-le-feu, reste semé de risques et d'incertitudes.

Qui viendra après Poutine?

Lorsque la Première Guerre mondiale s'est achevée en 1918, quatre monarchies se sont effondrées en Europe, le fascisme et le stalinisme sont entrés en scène, des empires coloniaux se sont désintégrés. La première à tomber fut la dynastie tsariste à Saint-Pétersbourg, renversée par une révolution: Nicolas II fut chassé du trône.

Pour l'heure, le pouvoir du tsar Vladimir ne semble pas menacé. Mais Poutine a 73 ans, il ne vivra pas éternellement, et encore moins régnera-t-il pour toujours . Sa tentative de restaurer l'empire tsariste (ou l'Union soviétique, qui fut le résultat de la Première Guerre mondiale) a échoué. En Ukraine, du moins. Ce qui se passera en Géorgie, en Moldavie, au Kazakhstan, qui peut le dire. Qui viendra après Poutine? La fin de la guerre ne crée pas encore un ordre d'après-guerre.

En 1984, le chancelier allemand Helmut Kohl et François Mitterrand se sont serré la main au-dessus des tombes de Verdun, 66 ans après la fin de la Première Guerre mondiale. Un grand geste historique.

Un président russe et un président ukrainien se serreront-ils un jour la main à Marioupol ou à Bakhmout, sur ces lieux d'horreurs passées? En l'an 2132? Il faudra peut-être des décennies avant que non seulement la guerre en Ukraine soit terminée, mais aussi avant que les habitants des deux pays puissent à nouveau se faire confiance, voire faire leur deuil ensemble.

Une question essentielle

«In Flanders Fields», c'est le titre du poème d'un médecin militaire canadien, engagé volontaire dans l'armée britannique, écrit sur le front belge de la Première Guerre mondiale. Il s'émerveillait devant les coquelicots qui fleurissaient sur les champs de bataille gorgés de sang, et devant le chant des alouettes qui défiait le tonnerre des canons. Le poème se poursuit en évoquant les soldats tombés qui, quelques jours plus tôt encore, étaient vivants, qui voyaient l'aube se lever et le soleil se coucher, qui aimaient et étaient aimés, avant de venir rejoindre les champs de Flandre.

Le coquelicot fleurit aussi en Ukraine, et c'est justement sa saison actuellement. Lorsque nous écrivons, lisons ou débattons à propos de la guerre à l'Est, nous devrions garder à l'esprit ces images: les coquelicots et les alouettes, les canons et les tombes. Cela ne répond pas aux questions de savoir qui dispose du plus grand nombre de soldats, des drones les plus innovants et du droit de son côté. Mais c'est alors la question la plus importante qui s'impose au premier plan: quand cette guerre de merde prendra-t-elle enfin fin?

Vladimir Poutine dans tous ses états
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Vladimir Poutine dans tous ses états
Poutine en mode chasseur, 2010.
source: ap ria novosti russian governmen / dmitry astakhov
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