L'Ukraine a compris comment arrêter Poutine
La guerre contre l'Ukraine dure déjà plus longtemps que la «Grande Guerre patriotique», nom donné par les Russes à la Seconde Guerre mondiale à partir de 1941.
Après bientôt quatre ans et demi d'une effroyable guerre d'usure, les signes que Moscou doit réévaluer ses objectifs de guerre se multiplient. Il n'est plus question d'écrasement total de l'Ukraine, qui était pourtant l'intention initiale de l'«opération spéciale».
Vladimir Poutine a évoqué une possible fin de la guerre lors du Forum économique de Saint-Pétersbourg, sans parler de victoire totale. Il a en revanche mentionné de possibles voies de médiation.
Cette lueur d'espoir est la conséquence d'une évolution militaire que de plus en plus d'analystes, et même de fervents blogueurs de guerre russes, considèrent comme un tournant.
Les contre-attaques ukrainiennes
La dynamique militaire tourne en faveur de Kiev. L'Ukraine, qui était auparavant soumise à une forte pression, est parvenue, grâce à son «mur de drones» et à une conduite des combats révolutionnaire assistée par intelligence artificielle, à stopper les vagues d'assaut russes et même à les repousser partiellement.
Le président ukrainien Volodymyr Zelensky, le perdant «sans cartes» raillé par le président américain Donald Trump, s'est ainsi hissé au rang de puissance militaire qui sert désormais de modèle à l'Otan tout entier.
Avec la «campagne de missiles à moyenne portée», les lignes d'approvisionnement des territoires ukrainiens occupés sont systématiquement frappées depuis les airs. Les drones longue portée nouvellement développés par Kiev servent à des frappes ciblées contre l'industrie pétrolière russe, qui affectent directement l'économie de guerre de Poutine.
Ce sont ces actions concrètes sur le champ de bataille, ainsi que l'économie russe en chute libre, qui rapprochent l'Ukraine de la fin des combats. Et non les tentatives d'apaisement, les simulacres de négociations et les funestes «lignes rouges», qui n'ont fait que jouer en faveur du maître du Kremlin.
La pression sur Poutine s'intensifie
La perspective que l'Ukraine utilise bientôt des bombes planantes et des missiles à moyenne portée de fabrication nationale renforce la pression sur le dirigeant russe pour qu'il mette fin à cette agression absurde.
Cela confirme ce que l'ambassadeur allemand à Moscou, Rüdiger von Fritsch, a souligné récemment dans un podcast: des notions telles que le compromis et la concession sont des choses tout simplement inconnues pour Vladimir Poutine.
Au contraire, et comme il faut constamment se le rappeler, ce sont la puissance, la domination et la grandeur qui constituent les valeurs déterminantes de la vision du monde soviétique de cet ancien officier du KGB.
Rüdiger Von Fritsch en conclut que ceux qui croient encore qu'on aurait pu satisfaire Poutine en cédant volontairement des territoires ukrainiens sont dans une totale erreur de jugement. L'Ukraine, à l'inverse, montre précisément la seule façon d'arrêter un impérialiste convaincu.
Les Russes continuent de tuer
Il est néanmoins impossible de prédire à quel point Kiev est proche d'une paix à peu près juste. L'armée russe tentera une nouvelle grande percée dans le Donbass lors d'une offensive estivale qui sera sans nul doute sanglante. Le Kremlin poursuivra ses bombardements criminels des villes ukrainiennes pour tenter de briser le moral de la population.
Les Ukrainiens font face à cette logique de guerre avec persévérance, esprit de sacrifice, capacité d'adaptation et une remarquable force d'innovation. C'est là peut-être la leçon la plus importante de ces trop longues années de guerre: qui veut défendre sa liberté ne peut en fin de compte compter que sur sa propre volonté de résistance.
