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L'Europe aimerait discuter avec Poutine, mais craint un piège

La cheffe de la diplomatie de l'Union européenne, Kaja Kallas, estime que la reprise des discussions entre l'Europe et la Russie n'est pas sans risques.
La cheffe de la diplomatie de l'Union européenne, Kaja Kallas, met en garde contre les risques liés à la reprise des discussions entre l'Europe et la Russie.Image: Imago

L'Europe aimerait discuter avec Poutine, mais craint un «piège»

La cheffe de la diplomatie européenne avertit l’UE contre un «piège» russe alors que grandit l’idée d'une reprise des discussions avec Moscou pour mettre fin à la guerre en Ukraine.
28.05.2026, 16:5528.05.2026, 16:55
Max DELANY, Limassol, Chypre / AFP

Les Européens doivent éviter le «piège» russe au moment où ils discutent de l'éventualité de nommer un médiateur européen pour la guerre en Ukraine, a averti jeudi la cheffe de la diplomatie de l'Union européenne, Kaja Kallas.

Au moment où les Etats-Unis sont distraits par l'Iran et que le président russe Vladimir Poutine semble sur la défensive, les Européens se demandent s'il n'est pas temps d'envisager de parler à Moscou. Et déjà des noms circulent pour désigner un éventuel médiateur européen.

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Une décision épineuse pour l'Union européenne

Lors d'une réunion des ministres des affaires étrangères de l'Union européenne à Limassol, sur l'île de Chypre, Kaja Kallas a mis en garde:

«Je pense que c'est un piège dans lequel la Russie veut nous faire tomber: que nous discutions de qui leur parle. Ne tombons pas dans ce piège. Une négociation est toujours un travail d'équipe.»

Elle a également ajouté qu'il fallait d'abord une «stratégie».

Le débat sur une reprise de contact avec la Russie s'est intensifié à mesure que la médiation américaine entre Kiev et Moscou s'est retrouvée dans l'impasse, et que l'attention du président américain Donald Trump a été monopolisée par l'Iran.

L'Ukraine, de son côté, presse l'Europe, jusqu'ici reléguée au second plan par Washington, d'intervenir et de jouer un rôle plus important.

«C'est précisément ce que l'Ukraine attend: que l'Union européenne se prépare dès maintenant», a souligné jeudi la ministre autrichienne des affaires étrangères Beate Meinl-Reisinger.

Mais, pour plusieurs autres ministres, l'important n'est pas là. Il faut d'abord contraindre le président russe à s'asseoir à la table de négociations, pour y discuter, de bonne foi, d'une paix juste et durable.

La ministre autrichienne des affaires étrangères, Beate Meinl-Reisinger.
La ministre autrichienne des affaires étrangères, Beate Meinl-Reisinger.Image: Imago

Augmenter la pression sur la Russie

Le chef de la diplomatie lituanienne, Kestutis Budrys, a quant a lui martelé:

«Ce n'est pas le moment de discuter de qui va mener les négociations (…) nous devons discuter de ce que nous faisons pour exercer une pression supplémentaire sur la Russie.»

Le Kremlin, désormais sur la défensive, cherche juste à gagner du temps, a assuré de son côté son homologue estonien Margus Tsahkna.

Vladimir Poutine s'est inséré dans le débat en suggérant le 9 mai que l'Europe choisisse comme médiateur son allié de longue date, l'ancien chancelier allemand Gerhard Schröder. Une perspective rapidement balayée par les 27 de l'UE.

Gerhard Schröder, ici avec Vladimir Poutine, en 2011.
Gerhard Schröder, ici avec Vladimir Poutine, en 2011.Image: Imago

Kaja Kallas, ancienne première ministre estonienne, s'est dite prête à jouer ce rôle, jugeant qu'elle saurait déjouer les «pièges» tendus par le Kremlin. Mais son opposition farouche au président russe la rend difficilement éligible, selon plusieurs diplomates européens.

Et avant de savoir qui, il est surtout essentiel de savoir de quoi on va parler, a-t-elle expliqué. Cette réunion à Chypre est «vraiment l'endroit pour discuter (…) des intérêts fondamentaux, des demandes essentielles» que les Européens doivent présenter à la Russie, a-t-elle précisé jeudi.

Un choix cornélien

La cheffe de la diplomatie de l'UE plaide depuis des mois pour la définition de lignes rouges avant tout dialogue avec Moscou.

Parmi celles-ci figurent l'exigence d'un cessez-le-feu avant l'ouverture de pourparlers, le refus de reconnaître le contrôle russe sur les territoires conquis et la garantie que Moscou soit tenu responsable de ses crimes.

Selon des diplomates européens, les discussions à Chypre ne devraient pas déboucher sur une position définitive de l'UE, ni sur un nom pour parler à Poutine. Celui de l'ancienne chancelière allemande Angela Merkel, l'une des architectes d'un précédent accord de paix imparfait avec Poutine sur l'Ukraine, ne semble plus d'actualité.

Si le représentant ne peut pas être choisi parmi les plus hauts responsables de l'UE, il devrait alors s'agir d'un chef d'Etat de l'un des 27 Etats membres. Le président finlandais Alexander Stubb, qui a noué de bonnes relations avec Donald Trump sur les parcours de golf, a manifesté son intérêt pour ce rôle. Il est certainement «très qualifié», a jugé sur ce point la ministre finlandaise des affaires étrangères Elina Valtonen, mais la vraie question est plutôt «comment mettre fin à la guerre».

Le président finlandais, Alexander Stubb.
Le président finlandais, Alexander Stubb.Image: Imago
Vladimir Poutine dans tous ses états
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Vladimir Poutine dans tous ses états
Poutine en mode chasseur, 2010.
source: ap ria novosti russian governmen / dmitry astakhov
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