L'Europe aimerait discuter avec Poutine, mais craint un «piège»
Les Européens doivent éviter le «piège» russe au moment où ils discutent de l'éventualité de nommer un médiateur européen pour la guerre en Ukraine, a averti jeudi la cheffe de la diplomatie de l'Union européenne, Kaja Kallas.
Au moment où les Etats-Unis sont distraits par l'Iran et que le président russe Vladimir Poutine semble sur la défensive, les Européens se demandent s'il n'est pas temps d'envisager de parler à Moscou. Et déjà des noms circulent pour désigner un éventuel médiateur européen.
👉 L'actu en direct sur la guerre en Ukraine, c'est ici
Une décision épineuse pour l'Union européenne
Lors d'une réunion des ministres des affaires étrangères de l'Union européenne à Limassol, sur l'île de Chypre, Kaja Kallas a mis en garde:
Elle a également ajouté qu'il fallait d'abord une «stratégie».
Le débat sur une reprise de contact avec la Russie s'est intensifié à mesure que la médiation américaine entre Kiev et Moscou s'est retrouvée dans l'impasse, et que l'attention du président américain Donald Trump a été monopolisée par l'Iran.
L'Ukraine, de son côté, presse l'Europe, jusqu'ici reléguée au second plan par Washington, d'intervenir et de jouer un rôle plus important.
«C'est précisément ce que l'Ukraine attend: que l'Union européenne se prépare dès maintenant», a souligné jeudi la ministre autrichienne des affaires étrangères Beate Meinl-Reisinger.
Mais, pour plusieurs autres ministres, l'important n'est pas là. Il faut d'abord contraindre le président russe à s'asseoir à la table de négociations, pour y discuter, de bonne foi, d'une paix juste et durable.
Augmenter la pression sur la Russie
Le chef de la diplomatie lituanienne, Kestutis Budrys, a quant a lui martelé:
Le Kremlin, désormais sur la défensive, cherche juste à gagner du temps, a assuré de son côté son homologue estonien Margus Tsahkna.
Vladimir Poutine s'est inséré dans le débat en suggérant le 9 mai que l'Europe choisisse comme médiateur son allié de longue date, l'ancien chancelier allemand Gerhard Schröder. Une perspective rapidement balayée par les 27 de l'UE.
Kaja Kallas, ancienne première ministre estonienne, s'est dite prête à jouer ce rôle, jugeant qu'elle saurait déjouer les «pièges» tendus par le Kremlin. Mais son opposition farouche au président russe la rend difficilement éligible, selon plusieurs diplomates européens.
Et avant de savoir qui, il est surtout essentiel de savoir de quoi on va parler, a-t-elle expliqué. Cette réunion à Chypre est «vraiment l'endroit pour discuter (…) des intérêts fondamentaux, des demandes essentielles» que les Européens doivent présenter à la Russie, a-t-elle précisé jeudi.
Un choix cornélien
La cheffe de la diplomatie de l'UE plaide depuis des mois pour la définition de lignes rouges avant tout dialogue avec Moscou.
Parmi celles-ci figurent l'exigence d'un cessez-le-feu avant l'ouverture de pourparlers, le refus de reconnaître le contrôle russe sur les territoires conquis et la garantie que Moscou soit tenu responsable de ses crimes.
Selon des diplomates européens, les discussions à Chypre ne devraient pas déboucher sur une position définitive de l'UE, ni sur un nom pour parler à Poutine. Celui de l'ancienne chancelière allemande Angela Merkel, l'une des architectes d'un précédent accord de paix imparfait avec Poutine sur l'Ukraine, ne semble plus d'actualité.
Si le représentant ne peut pas être choisi parmi les plus hauts responsables de l'UE, il devrait alors s'agir d'un chef d'Etat de l'un des 27 Etats membres. Le président finlandais Alexander Stubb, qui a noué de bonnes relations avec Donald Trump sur les parcours de golf, a manifesté son intérêt pour ce rôle. Il est certainement «très qualifié», a jugé sur ce point la ministre finlandaise des affaires étrangères Elina Valtonen, mais la vraie question est plutôt «comment mettre fin à la guerre».
