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Peut-on faire un Covid long tout en étant vacciné?

Patienten mit Long-Covid-Symptomen werden am Mittwoch, 19. Mai 2021 in den Raeumen der Klinik Moncucco in Lugano durch den zustaendigen Arzt Pietro Antonini behandelt. In der multidisziplinaeren Ambulanz fuer Long-Covid-Patienten arbeiten Fachaerzte und medizinisch technisches Personal bei der Behandlung der aeusserst vielfaeltigen Symptome zusammen. Nach der akuten Phase leiden einige Covid-19-Betroffene noch monatelang an Atem-, Herz-, Haut-, psychischen, neuromuskulaeren, neurologischen, Nieren- und Stoffwechselproblemen..(KEYSTONE/Ti-Press/Alessandro Crinari)

Image: KEYSTONE/Ti-Press

Les données sur les risques de développer un Covid long lorsqu'on est vacciné sont parcellaires, mais voici ce que nous savons.

Yasmin Tayag / slate



Un article de Slate

Que la vaccination fonctionne ne fait aucun doute. Aux Etats-Unis, sur dix cas d'hospitalisations et de décès dus au Covid, plus de neuf sont survenus chez des personnes non vaccinées. La vaccination est très efficace pour prévenir les formes les plus graves du Covid, mais il arrive que même les personnes vaccinées développent ce que l'on appelle une «infection post-vaccinale» - et il semble qu'elle soit plus fréquente avec le très virulent variant Delta du coronavirus.

C'est une question ouverte: à quelle fréquence les infections post-vaccinales peuvent conduire à un Covid long?

L'un des aspects les plus déroutants du coronavirus, le Covid long, consiste en un ensemble de symptômes débilitants pouvant persister pendant des semaines ou des mois après la fin de l'infection. On consigne en général de la fatigue, un essoufflement, des palpitations cardiaques et du «brouillard cérébral», mais il arrive que certains malades développent des problèmes plus graves dans plusieurs organes, notamment les poumons, le cœur et le cerveau. Le problème, c'est qu'il n'existe pas de données fiables sur le Covid long consécutif à une infection post-vaccinale.

Le vaccin reste notre bouclier le plus puissant

De par ce manque de données, la plupart des experts évitent d'affirmer de manière définitive que les vaccinés peuvent développer un Covid long. Les Centres pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC) surveillaient tous les cas d'infections post-vaccinales, mais depuis le 1er mai, ils se focalisent sur ceux conduisant à une hospitalisation et à un décès, en exploitant les données recueillies par les agences sanitaires locales et étatiques. La décision a été prise pour «maximiser la qualité des données recueillies sur les cas ayant la plus grande importance clinique et de santé publique». Mais sans données complètes sur les infections post-vaccinales, il sera impossible de connaître la probabilité pour des vaccinés de contracter des infections entraînant des symptômes durables.

«A mon avis, il faudrait que les CDC suivent toutes les conséquences des infections post-vaccinales, pas seulement l'hospitalisation et le décès», m'écrit Akiko Iwasaki, professeure d'immunologie à l'Université Yale, à la pointe de la recherche sur le Covid long. «Même une infection légère ou asymptomatique peut conduire à un Covid long. Le suivi de ce phénomène à l'échelle nationale serait très instructif.» Iwasaki est l'une des seules expertes à avoir avancé sans ambages que les personnes entièrement vaccinées pouvaient quand même contracter un Covid long.

Mais encore une fois, les données manquent pour l'affirmer. A l'heure actuelle, nous ne disposons que de deux études sur les infections post-vaccinales se soldant par un Covid long. Dans une étude évaluée par des pairs et portant sur 1497 soignants vaccinés en Israël, publiée le 29 juillet dans le New England Journal of Medicine, 39 ont eu des infections post-vaccinales, avec 19% signalant des symptômes comme de la fatigue, des maux de tête et des douleurs musculaires durant plus de six semaines. Bob Wachter, président du département de médecine de l'Université de Californie à San Francisco, a déclaré sur Twitter: «Je ne suis pas certain qu'une forme légère d'infection post-vaccinale au variant Delta ne puisse entraîner un Covid long», avant d'ajouter que l'étude israélienne confirmait cette préoccupation.

Le tweet en question 👇

Cas d'infections post-vaccinales plus probables avec le Delta

La deuxième source, publiée sur le serveur de preprint medRxiv le 26 juillet, compile les résultats d'un sondage sur les réseaux sociaux portant sur la vaccination et l'infection au Covid. Le sondage avait été publié sur le groupe Facebook des Survivor Corps, une association de survivants du Covid-19 fondée par Diana Berrent en mars 2020. Sur les 1949 personnes à avoir répondu, 44 ont rapporté avoir souffert d'une infection symptomatique au Covid-19 après leur vaccination. Dans ce groupe, 24 ont consigné des symptômes de Covid long. Une personne déclare que son infection s'est soldée par un Covid long et une hospitalisation.

L'article, coécrit par Berrent, Harlan Krumholz, cardiologue à la faculté de médecine de Yale, et Daisy Massey, sa doctorante, n'a pas fait l'objet d'un examen par les pairs et ses méthodes sont loin d'être rigoureuses; les chiffres ne doivent en aucun cas être extrapolés pour s'appliquer à la population générale. «Je serai la première à dire que ces données ne sont pas excellentes», commente Berrent. «Mais c'est un signal important que nous devons mieux suivre ces cas.» Lorsque Iwasaki disait sur Twitter que des infections post-vaccinales pouvaient conduire à un Covid long, elle se référait à une première version de l'étude des Survivor Corps.

Selon un document interne des CDC obtenu par le New York Times, les cas d'infections post-vaccinales sont plus probables avec le variant Delta, de plus en plus répandu et hautement contagieux, et le dernier rapport des CDC montre que les vaccinés peuvent propager ce variant. Si la probabilité des cas d'infections post-vaccinales augmente, et que développer un Covid long en est une issue possible, alors les Etats-Unis doivent s'y préparer. Pour l'instant, comme l'indiquent les témoignages déchirants de malades du Covid long sans traitement significatif, nous le sommes terriblement mal.

Que l'on soit très clair: l'apparition de cas d'infections post-vaccinales, et le Covid long qui peut en résulter, n'est en rien un coup porté aux vaccins. Au contraire, la vaccination est notre bouclier le plus puissant contre le Covid long. Elle n'est peut-être pas parfaite, mais elle évite l'hospitalisation et la mort dans la plupart des cas. Vous ne pouvez pas développer une infection au Covid long si vous n'êtes pas infecté en premier lieu.

La vaccination peut atténuer certains symptômes

Les estimations de la proportion de personnes infectées qui développent un Covid long varient, mais le directeur du National Institute of Neurological Disorders and Stroke (NINDS), Walter Koroshetz, cite comme l'approximation la plus solide une étude publiée en juin dans Nature Medicine et portant sur 312 non-vaccinés à Bergen, en Norvège, atteints du Covid-19. Certaines personnes ont été hospitalisées pour leur infection, mais la plupart se sont isolées chez elles, ce qui indique que les formes étaient légères. Au bout de six mois, 61% des patients présentaient encore des symptômes. Fait troublant, 52% des personnes âgées de 16 à 30 ans ayant souffert d'un Covid-19 léger signalent des symptômes après six mois.

Interrogé sur la possibilité de transposer ces chiffres aux Etats-Unis, Koroshetz répond:

«Je pense que oui. Je ne vois pas pourquoi cela serait différent»

Koroshetz est l'un des codirecteurs de l'initiative RECOVER, un projet de grande ampleur des National Institutes of Health (NIH) visant à étudier le Covid long, financé à hauteur de 1,15 milliard de dollars réservé par le Congrès en décembre 2020. Le directeur des NIH, Francis Collins, a annoncé l'initiative en février, mais le NIH n'a pas attribué les premiers fonds aux institutions pour «soutenir l'infrastructure et le développement de la recherche de base» - préparant le terrain pour que des études réelles aient lieu - avant juin. A l'époque, Collins avait déclaré s'attendre à ce que les essais soient lancés «dans les semaines et les mois à venir».

«Si le virus déclenche une réponse auto-immune, cela entraînera des symptômes à long terme»

L'objectif de RECOVER consiste à trouver des traitements pour les patients présentant des symptômes persistants du Covid-19. Pour ce faire, les scientifiques devront d'abord déterminer les causes biologiques du Covid-19, précise Koroshetz. Plusieurs hypothèses existent déjà, et Iwasaki s'arrête sur trois. Premièrement, le virus pourrait simplement persister dans l'organisme après l'infection et provoquer des symptômes. Ensuite, un «fantôme» du virus - des fragments comme des protéines et de l'acide ribonucléique (ARN) - pourrait être en cause. Ou bien ce serait une réponse auto-immune qui serait à l'œuvre, déclenchée par l'infection initiale. Selon Iwasaki, cette dernière hypothèse est cohérente avec le fait que certains individus entièrement vaccinés font quand même un Covid long.

«On s'attend à ce que l'immunité induite par le vaccin élimine la majeure partie du virus entrant et empêche la propagation du virus aux organes éloignés. Il me semble peu probable que des réservoirs viraux s'établissent chez une personne entièrement vaccinée. Cependant, si le virus déclenche une réponse auto-immune, cela entraînera des symptômes à long terme»

Akiko Iwasaki, professeure d'immunologie à l'Université Yale

De manière encourageante, la recherche montre que la vaccination peut atténuer certains symptômes du Covid long. Iwasaki constate que jusqu'à 30 à 40% des personnes sont soulagées par la vaccination. Selon elle, la vaccination pourrait avoir pour effet d'amoindrir les cellules immunitaires autoréactives à l'origine des symptômes. Elle collabore actuellement avec Survivor Corps à une étude sur l'impact de la vaccination sur les personnes souffrant de Covid long, inspirée par un autre sondage du groupe sur Facebook.

«Cette situation dévaste des millions de gens»

L'initiative RECOVER sera une entreprise de grande envergure, qui suivra dans le temps les personnes atteintes de nouvelles infections aiguës par le Covid-19, ainsi que celles qui ont été infectées précédemment et souffrant de Covid long. Des études d'autopsies et de dossiers médicaux électroniques permettront respectivement de faire la lumière sur les dommages à long terme causés par ces symptômes et sur les facteurs jouant sur la guérison. Cet effort finira par produire des données indispensables sur le Covid long, mais pas aussi rapidement qu'il le faudrait. «Tandis que les NIH tergiversent et font leur petite tambouille bureaucratique, des gens souffrent et meurent», tance Berrent. Koroshetz admet la frustration des patients qui souffrent et des médecins qui tentent de les traiter:

«Avec l'initiative RECOVER, nous avons œuvré constamment pour la lancer, elle et tous ses éléments. Je dois m'excuser pour le temps qu'il aura fallu pour transférer l'argent dans la recherche. C'est beaucoup plus rapide que notre processus habituel, mais je dois quand même présenter mes excuses aux gens»

Il est nécessaire de comprendre la pathologie du Covid long pour développer des thérapeutiques et des diagnostics permettant à terme d'éviter des souffrances supplémentaires et des difficultés économiques, commente Iwasaki. «Il y a un nombre croissant de patients qui ont survécu au Covid-19 et qui finissent par développer des effets débilitants à long terme comme une fatigue sévère et un dysfonctionnement cognitif, ce qui les empêche de reprendre leur travail et de mener une vie normale», ajoute-t-elle. «Cette situation dévaste des millions de gens de par le monde.»

Le sondage Facebook des Survivor Corps sur les cas d'infections post-vaccinales associées à un Covid long est toujours en cours et public. Pour l'instant, la fondatrice de l'association veut surtout faire connaître le Covid long et convaincre les CDC de rendre obligatoire la déclaration de tous les cas d'infections post-vaccinales.

«On doit prendre les choses en mains là où personne ne s'en occupe et c'est ridicule. Mais si c'est nécessaire, nous sommes là»

Akiko Iwasaki, professeure d'immunologie à l'Université Yale

Cet article a été publié initialement sur Slate. Watson a changé le titre et les sous-titres. Cliquez ici pour lire l'article original

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