Les Belges se déchirent à la télé pour des histoires de frites
Quelle est la meilleure friterie? La question peut provoquer des débats agités en Belgique, qui a même son émission télé sur le sujet, façon Top Chef. Voilà quatre saisons que la chaîne RTL-TVI diffuse ce concours culinaire à l'ambiance potache, au cours duquel un jury sillonne la partie francophone du pays, en quête de la frite idéale.
Variété, mode de cuisson et calibre
Trop grasse, trop sèche? Charnue ou légère? «Il y a parfois des frictions dans le jury, mais on trouve toujours le fameux compromis à la belge», autour d'un bon «paquet» (le terme belge consacré), s'amuse-t-il. Il faut dire que la friterie relève du patrimoine national. On en recense environ 4600 en Belgique. «Ce nombre reste stable depuis de nombreuses années», constate Bernard Lefèvre de l'Union nationale des frituristes, à propos d'un «marché qui se porte bien».
Chacun ses goûts, mais la bonne frite dépend de la variété de pomme de terre - «plutôt une bintje belge», conseille-t-il -, du mode de cuisson, «une double cuisson dans la graisse de boeuf» le concernant, et surtout du calibre. «Au-dessous de neuf millimètres, c'est trop fin, au-dessus de quatorze, trop gros», tranche ce représentant de la filière.
Chez Hill's Burger, à Woluwe-Saint-Lambert, en région bruxelloise, le frituriste Massimo Sefa a opté pour du calibre douze, soit deux millimètres de croûte et dix millimètres de chair onctueuse. Souriant, ce jeune homme de 23 ans tente de dissimuler son stress en ce jour de tournage. Attention! Les cinq jurés de La meilleure friterie sont dans la salle.
L'émission va lui offrir quoi qu'il arrive un grand coup de projecteur. Et une victoire ferait exploser ses ventes pendant plusieurs semaines, explique-t-il. Massimo a ouvert son établissement avec ses deux frères cadets, Lorenzo et Marco. Chez eux, la friterie est une histoire de famille: leur grand-père en possédait une dizaine à Bruxelles.
«On a la patate»
Les Sefa ne le savent pas encore, mais le jury a apprécié. «La frite est, wouah, délicieuse, croquante et épluchée à la main», ce qui ne se fait presque plus dans la profession, applaudit Fabienne De Corte, l'une des papesses en la matière, avec son truculent mari, Patrick De Corte, dans le jury lui aussi. Comme il le dit:
Notamment les sauces, pléthoriques, de la traditionnelle mayonnaise en passant par la sauce tartare, l'andalouse ou la samouraï.
Durant cette quatrième saison, une dizaine d'établissements batailleront pour tenter d'être sacrés. Avec en parallèle du jury, un bus de «fans» qui crient «on a la frite, on a la patate» quand ils ne se déguisent pas en cornet.
Issue qui fâche
Le programme a évidemment connu son lot de controverses. Le gagnant de la première saison n'avait par exemple pas plu à tout le monde. En cause: un bug technique lors du vote du public ou la critique d'un vainqueur, «choisi pour ses sauces plus que pour ses frites», médisaient certains.
Mais les problèmes techniques ont été résolus depuis et l'émission s'est solidement installée dans le paysage audiovisuel belge francophone. Et au-delà des clichés, la friterie est une institution qui se transforme, ajoute Bernard Lefèvre de l'Union nationale des frituristes. «Il y en a des halal, végétariennes, vegans, c'est tout à fait normal, la société évolue. On n'est pas le musée du folklore passé», insiste-t-il.
Il n'y croit pas trop, mais des entreprises comme Fries&Go se sont même lancées dans les distributeurs automatiques pour les salons professionnels ou les centres commerciaux.
Un sujet sensible.
(afp/vz)
