Voici ce qui empêche Trump et Zelensky de rompre définitivement
Alors que la guerre aérienne et terrestre continue de faire rage en Ukraine, les échanges diplomatiques entre Washington et Kiev restent particulièrement intenses. Voici les principales questions et réponses pour comprendre la situation actuelle.
Trump attaque Zelensky mais négocie, comment expliquer ce paradoxe?
Alors que beaucoup considèrent la rupture entre Donald Trump et l'Ukraine comme définitive, Zelensky négocie mardi en Norvège avec l'émissaire spécial du président américain.
Kiev et Washington cherchent probablement tous deux à montrer que leurs relations ne sont pas définitivement rompues. C'est d'ailleurs Zelensky lui-même qui avait sollicité cette rencontre auprès de la Norvège et de la Finlande.
L'issue des discussions avec l'émissaire spécial américain Steve Witkoff, le président finlandais Alexander Stubb et le premier ministre norvégien Jonas Gahr Støre reste pour l'heure incertaine. A son arrivée à Oslo, Zelensky a déclaré vouloir maintenir tous les contacts susceptibles de contribuer à la paix. Après plusieurs jours d'accusations réciproques, l'objectif est toutefois de déterminer si Washington et Kiev peuvent retrouver une position commune et à quelles conditions les Etats-Unis poursuivront leur soutien militaire, vital pour l'Ukraine.
Arrived in Norway with my team. Important meetings are scheduled: a trilateral with Jonas Gahr Støre and Alex Stubb, a bilateral with Steve Witkoff, and a meeting of all four of us. I will also have an audience with King Haakon VIII of Norway and a meeting with the Storting. We are maintaining all contacts that can help bring peace. We will also discuss strengthening our air defense and joint production. I am grateful to everyone who supports Ukraine and a dignified path to peace.
— Volodymyr Zelenskyy / Володимир Зеленський (@ZelenskyyUa) October 20, 2026
Selon les informations d'Axios, Steve Witkoff prévoit de se rendre en Russie après les discussions d'Oslo, dans l'espoir d'y rencontrer Vladimir Poutine. Un responsable de l'administration étasunienne a indiqué que l'émissaire souhaitait présenter des propositions en vue de la paix, élaborées conjointement par les Etats-Unis, les Ukrainiens et les Européens. Un signe supplémentaire que le dialogue reste ouvert entre Washington et Kiev.
Quelle stratégie Zelensky adopte-t-il actuellement?
Le président ukrainien ne laisse désormais plus passer toutes les attaques de Donald Trump. Une attitude qui lui vaut le soutien de sa population. Il a publiquement mis en garde son homologue contre le risque de se retrouver «du mauvais côté de l'histoire» à force de chercher à s'attirer les faveurs de Poutine. Selon un récent sondage, sa cote de popularité est passée de 43 à 57%.
Parallèlement, Zelensky mobilise tous ses relais auprès des responsables «raisonnables» de l'entourage de Trump. Avant même la rencontre d'Oslo, il s'est entretenu mardi par téléphone avec le secrétaire d'Etat américain Marco Rubio. Il s'est également adressé par visioconférence aux élus démocrates et républicains du Congrès américain.
Les discussions ont précisément porté sur les sujets qui suscitent actuellement le plus d'inquiétudes: le manque de missiles intercepteurs Patriot, l'absence de renseignements américains permettant d'alerter rapidement l'Ukraine des tirs de missiles russes, ainsi que les restrictions touchant les communications Starlink et Starshield.
De son côté, Marco Rubio a tenté d'apaiser les tensions à l'issue de cet échange. Donald Trump n'aurait donné aucune instruction visant à nuire délibérément à l'Ukraine. Le secrétaire d'Etat a reconnu l'existence de «tensions incontestables» lors de sa visite en Inde. Mais il a toutefois qualifié de fausse et de «scandaleuse» l'affirmation selon laquelle les Etats-Unis chercheraient intentionnellement à porter préjudice à l'Ukraine.
Zelensky a ensuite ostensiblement qualifié leur entretien de «substantiel» et remercié Marco Rubio pour sa «position claire». Dans une interview accordée au Corriere della Sera, le président ukrainien a également souligné l'importance des relations stratégiques avec les Etats-Unis.
Les Etats-Unis suspendent-ils volontairement leur aide pour contraindre Zelensky?
C'est actuellement la question centrale, à laquelle il est encore impossible de répondre avec certitude. Selon une enquête du Kyiv Independent, le secrétaire américain à la Défense Pete Hegseth retarderait actuellement l'autorisation de livrer un important lot de missiles intercepteurs Patriot. Ces missiles auraient pourtant déjà été payés par des pays alliés de l'Ukraine.
Dans le même temps, Kiev continue de déplorer les restrictions affectant Starlink et Starshield, ainsi que les interruptions des alertes américaines sur les tirs de missiles russes. Zelensky a cité aux parlementaires américains trois attaques russes pour lesquelles l'Ukraine n'avait reçu aucun avertissement préalable.
Kiev soupçonne des décisions motivées par des considérations politiques arbitraires. Washington rejette ces accusations. Selon Marco Rubio, l'absence d'alertes concernant les missiles pourrait s'expliquer par des «raisons techniques». La politique américaine envers l'Ukraine n'aurait «pas changé».
Rubio acknowledged that Patriot interceptors bought by Europe for Ukraine may still be awaiting Hegseth’s approval, saying the US constantly reviews whether they are needed elsewhere. He denied any political order to withhold support or early-warning intelligence from Kyiv. #Ukraine
— NOELREPORTS 🇪🇺 🇺🇦 (@NOELreports) October 20, 2026
Un responsable de l'administration étasunienne a également démenti toute rétention délibérée de missiles Patriot. L'Otan assure de son côté que les livraisons d'armes se poursuivent dans le cadre de son programme de financement «Purl».
Une seule chose est certaine à ce stade: plusieurs prestations américaines essentielles à l'Ukraine connaissent ou ont connu des problèmes. Rien ne prouve toutefois qu'il s'agisse d'une campagne de pression coordonnée par Donald Trump.
Pourquoi les missiles Patriot sont-ils au cœur des discussions?
Parce que la Russie a considérablement intensifié ses frappes aériennes et cible délibérément les infrastructures énergétiques ukrainiennes à l'approche de l'hiver. Moscou a poursuivi ses attaques mardi. Selon les autorités ukrainiennes, la dernière vague de frappes de missiles et de drones a fait au moins seize morts, dont deux enfants. De nombreuses régions ont également subi des coupures d'électricité.
Dans ce contexte, les dernières déclarations de Donald Trump sont particulièrement choquantes pour les Ukrainiens. Lundi, le président américain a affirmé devant des journalistes que Moscou s'était «bien comporté» en Ukraine et n'avait «pas fait grand-chose» récemment. Au même moment, la Russie menait pourtant de violentes attaques contre des villes et des installations énergétiques ukrainiennes. «Nous avons beaucoup donné à l'Ukraine et ils ne nous ont rien donné», a poursuivi Donald Trump, multipliant les attaques à sens unique.
“Russia, frankly, has been fine on Ukraine. They haven’t been doing much,” US President Donald Trump said. Just a couple of hours ago Russia killed one-year-old Angelina in her stroller in a park in Ukraine’s Kharkiv region. Her mother later died in hospital. An 11-year-old girl was also killed.
— KyivPost (@KyivPost) October 19, 2026
Le Patriot est l'un des rares systèmes capables d'intercepter de manière fiable les missiles balistiques russes. Interrogé par la chaîne allemande ntv, l'historien militaire et officier autrichien Markus Reisner explique que certaines livraisons ne comprennent que dix à quinze missiles. Ces stocks sont souvent épuisés dès le milieu du mois. Il prévoit donc un nouvel hiver extrêmement difficile. Selon lui, la question n'est pas de savoir si l'Ukraine y survivra, mais «à quel prix».
Que va-t-il se passer maintenant?
L'incertitude reste totale. Donald Trump se montre de plus en plus virulent envers l'Ukraine, fait des concessions économiques à la Russie et a «complètement rallié le camp de Poutine», selon les mots de l'ancien premier ministre suédois Carl Bildt. Dans le même temps, Washington maintient le dialogue avec Kiev, tandis que Zelensky tente de sauver ce qui peut encore l'être.
Face à cette situation confuse, Markus Reisner met en garde contre les prédictions hâtives. Donald Trump se distingue depuis des années par son imprévisibilité et sa politique pourrait à nouveau changer du jour au lendemain. Le colonel de l'armée autrichienne estime néanmoins qu'un cessez-le-feu est aujourd'hui encore plus probable qu'auparavant, tant la pression s'est accrue sur l'ensemble des protagonistes.
Quoi qu'il en soit, les Ukrainiens attendent avec impatience les élections américaines de mi-mandat, dans l'espoir d'un rééquilibrage politique à Washington. De plus en plus de républicains critiquent eux aussi la proximité affichée par Donald Trump avec Vladimir Poutine, estimant qu'elle ne lui rend pas service sur le plan électoral. Même Brit Hume, analyste politique en chef de Fox News, peine à comprendre le parti pris du président américain: «Cela passe mal. Les Américains détestent Poutine.» (trad. hun)
