Trump dispose de deux armes redoutables pour faire plier l'Ukraine
Des drones ukrainiens ont perdu leur connexion Internet en pleine mission. Plusieurs opérations militaires ont ainsi échoué, selon des informations provenant de Kiev. A l'origine de ces interruptions se trouverait un système satellitaire américain dont les forces armées ukrainiennes dépendent dans leur guerre contre la Russie.
Depuis le retour au pouvoir du président américain Donald Trump, l'année dernière, les livraisons d'armes et l'aide financière à l'Ukraine ont diminué. Washington menace désormais, semble-t-il, de suspendre également la transmission de renseignements militaires. A cela s'ajoutent les restrictions d'utilisation de Starlink signalées par Kiev.
Quels renseignements l'Ukraine reçoit-elle?
Le volume et la nature exacte des renseignements transmis restent en partie inconnus en raison du secret militaire. Les déclarations officielles ukrainiennes et les informations publiées dans les médias montrent toutefois que Kiev reçoit des données satellitaires et d'autres renseignements lui permettant de se défendre contre les frappes aériennes russes. Ces informations concernent notamment les préparatifs de l'aviation russe, comme le ravitaillement en carburant, le chargement des munitions et le décollage des appareils, ainsi que les tirs de missiles. Elles portent également sur la préparation d'attaques de missiles balistiques ou de drones, leur lancement et leurs cibles potentielles.
Kiev bénéficie aussi de renseignements essentiels à ses propres offensives. Il s'agit notamment des positions de la défense antiaérienne russe, qui permettent de déterminer les itinéraires pour la contourner. Sans ces informations, certaines attaques spectaculaires de drones ukrainiens contre des usines d'armement, des entrepôts, des centres de traitement de données et des raffineries russes, jusque dans la lointaine Sibérie, seraient difficiles à mener. L'Ukraine reçoit également des renseignements occidentaux sur les mouvements de troupes ainsi que sur l'emplacement des dépôts de munitions et des centres de commandement, qui peuvent alors devenir des cibles pour ses forces armées.
A quoi sert Starlink / Starshield en Ukraine?
Depuis le début de la guerre, l'armée ukrainienne utilise la connexion Internet par satellite fournie par Starlink pour communiquer sur le front. Ce système permet de disposer d'une connexion à haut débit jusque sur le terrain, même lorsque les infrastructures ont été détruites et que le réseau mobile ne fonctionne plus.
L'utilisation de drones navals et les frappes de drones contre l'arrière du territoire russe ont ouvert de nouvelles possibilités. Mais ce sont les antennes Starlink qui permettent aussi aux embarcations et aux appareils volants se déplaçant rapidement de rester connectés à Internet. Les images filmées par les drones peuvent ainsi être transmises presque en temps réel, tandis que les armes ukrainiennes peuvent être guidées à distance jusqu'à leur cible.
Il existe également un système destiné aux opérations militaires, baptisé Starshield. Il repose sur la même infrastructure satellitaire que Starlink, mais offre notamment un chiffrement renforcé et des équipements de réception spécifiques.
Quelles sont les conséquences d'une limitation du service?
Selon plusieurs médias ukrainiens, SpaceX a instauré sans préavis, dans la nuit de mardi à mercredi, une limitation de vitesse pour les terminaux militaires Starshield. Les appareils volants perdraient ainsi leur connexion dès qu'ils dépassent 160 kilomètres par heure. D'autres informations font état d'une perte de connexion à des vitesses encore inférieures, de 110 ou 120 kilomètres par heure.
Concrètement, cela signifie que les drones ukrainiens à longue portée, dont certains peuvent atteindre 300 kilomètres par heure, perdent temporairement leur connexion lorsqu'ils dépassent cette limite de vitesse. Il devient alors impossible de les piloter à distance de manière fiable.
Mercredi soir, le ministère ukrainien de la Défense a fait état d'une amélioration partielle des connexions. La limite de vitesse d'environ 160 kilomètres par heure restait toutefois en vigueur. Le ministère affirme être en contact avec SpaceX, les Etats-Unis et les partenaires de l'Otan afin de résoudre ces problèmes.
L'expert militaire Yohann Michel, de l'Institut d'études de stratégie et de défense de Lyon, met en garde contre des conséquences importantes. Ces restrictions pourraient notamment perturber les frappes de drones ukrainiens à moyenne portée contre des cibles situées en Crimée occupée, dans les territoires de l'est de l'Ukraine sous occupation russe et en mer Noire, a-t-il déclaré mercredi à l'Agence France-Presse (AFP). La dépendance de l'Ukraine à Starlink est, selon lui, considérable.
Kiev dispose-t-elle d'alternatives à Starlink et aux renseignements américains?
D'autres membres de l'Otan, comme le Royaume-Uni et la France, peuvent également fournir à l'Ukraine des renseignements provenant d'avions de détection avancée et de satellites, mais dans des volumes plus limités. Ils ne peuvent toutefois pas remplacer les Etats-Unis.
Il existe certes plusieurs alternatives européennes à l'Internet par satellite de Starlink. Mais leur capacité à rivaliser avec le service américain en matière de couverture, de fiabilité et de débit n'a pas encore été testée à grande échelle, du moins dans les conditions de guerre auxquelles l'Ukraine est confrontée.
Que répondent les Etats-Unis à ces accusations?
L'administration Trump nie être à l'origine de ces restrictions. Un haut responsable américain a déclaré au média Axios que Washington n'avait rien à voir avec cette affaire. Selon ce même article, des responsables américains évoquent un problème technique.
Le patron de SpaceX, Elon Musk, a en revanche affirmé sur X que Starshield était contrôlé par le gouvernement américain. Selon lui, les décisions concernant d'éventuelles restrictions relèvent de l'armée américaine et, en dernier ressort, du président. SpaceX reste en revanche responsable du système commercial Starlink.
Outre la question de Starlink, des accusations avaient déjà émergé selon lesquelles les Etats-Unis partageraient moins de renseignements issus de leurs services de renseignement avec l'Ukraine qu'à l'accoutumée. Le président américain Donald Trump les a rejetées mardi.
La Commission européenne a également déclaré mercredi ne disposer d'aucun élément indiquant que les Etats-Unis auraient totalement interrompu la transmission de renseignements.
Où en sont les relations entre l'Ukraine et les Etats-Unis?
Les relations entre Donald Trump et Volodymyr Zelensky se sont nettement dégradées ces derniers temps. Le président américain est même allé jusqu'à réclamer le départ de son homologue ukrainien, affirmant que Zelensky faisait obstacle à un accord de paix et qu'il était responsable de la flambée des prix du diesel. Cette hausse s'explique pourtant principalement par la guerre menée par Trump et Israël en Iran.
Dans un entretien accordé mercredi au présentateur britannique Piers Morgan, Zelensky a affirmé se sentir trahi par Trump. Il a estimé qu'il était honteux que l'Ukraine perde un partenaire puissant.
Qu'est-ce qui a changé sur le plan politique et pourquoi?
Donald Trump fait depuis longtemps pression sur Kiev, en particulier, pour obtenir des concessions douloureuses en vue d'un accord de paix avec la Russie. A l'approche des élections au Congrès du 3 novembre, il souhaiterait afficher des succès afin de donner un nouvel élan à son Parti républicain.
C'est dans ce contexte que des représentants étasuniens auraient proféré une menace indirecte lors de discussions avec une délégation ukrainienne sur les moyens de mettre fin à la guerre, selon le New York Times. La partie américaine aurait exigé l'arrêt des frappes ukrainiennes contre les raffineries et évoqué, dans ce cadre, les renseignements militaires dont dépend de manière vitale l'armée ukrainienne.
Aucun lien n'a toutefois été établi entre cette exigence et les restrictions imposées à Starshield. Selon l'agence de presse Reuters, les drones ukrainiens utilisent d'autres moyens de communication pour frapper les raffineries situées loin à l'intérieur du territoire russe. Starlink ne fonctionne pas sur le territoire russe.
Reste à savoir si ces restrictions répondent réellement à des motivations politiques. Pour l'heure, rien ne permet de le déterminer. L'expert militaire Yohann Michel envisage plusieurs explications, allant des pressions exercées par l'administration américaine sur Kiev en raison de ses attaques contre des installations pétrolières russes à une simple mise à jour logicielle. (t-online/trad. hun)

