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Jeff Bezos, patron d'Amazon et homme le plus riche du monde.
Jeff Bezos, patron d'Amazon et homme le plus riche du monde. Image: sda

Jeff Bezos VS les syndicats: dernier round du combat contre Amazon

Amazon devra-t-il autoriser les syndicats aux Etats-Unis? Une décision va se prendre ces jours-ci dans l’Etat ultraconservateur de l’Alabama.
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03.04.2021, 08:4205.04.2021, 18:17
Philipp Löpfe
Philipp Löpfe
Philipp Löpfe
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«Si tu réussis à New York, tu peux réussir partout», chantait un jour Frank Sinatra. Le Sud des Etats-Unis connaît maintenant une nouvelle version de ce classique:

«Si tu peux gagner à Bessemer, tu peux gagner partout.»

De quoi s’agit-il? Bessemer, c’est un bled au centre de l'Etat très conservateur d’Alabama, c'est là:

Mais actuellement, la ville est au centre de la politique américaine, du moins en ce qui concerne les futures relations entre les travailleurs et les employeurs. À Bessemer, Amazon exploite un centre logistique où travaillent 6000 employés. Ils veulent rejoindre un syndicat, pendant que Jeff Bezos (le grand patron) et compagnie s’efforcent d’empêcher cela.

Entre-temps, les travailleurs sont allés voter: le résultat sera dépouillé dans les prochains jours. Ce sera historique, car ce qui se passe à Bessemer est bien plus qu’un conflit de travail local, ce sera déterminant pour l’avenir des syndicats aux Etats-Unis.

Bernie Sanders, politicien connu pour être à gauche de l'échiquier politique américain, s’est rendu à Bessemer pour soutenir les travailleurs d'Amazon.
Bernie Sanders, politicien connu pour être à gauche de l'échiquier politique américain, s’est rendu à Bessemer pour soutenir les travailleurs d'Amazon.Image: sda

Amazon estime être dans son droit. L’entreprise paie déjà un salaire minimum de 15 dollars de l’heure et offre une couverture d’assurance maladie confortable par rapport aux conditions de vie américaines. Que veulent les travailleurs de plus?

Ils se sentent humiliés et réduits au rang de robots. L’hyper-taylorisme règne chez Amazon. Winslow Taylor a inventé vers la fin du 19ème siècle le soi-disant «management scientifique», c’est-à-dire qu’il a décomposé chaque processus de travail en différentes parties et a déterminé en combien de temps le travailleur devait l’exécuter.

Jeff Bezos a poussé ce principe à l’extrême chez Amazon. Les travailleurs doivent accomplir des séquences de travail fixées dans un laps de temps déterminé et sont étroitement surveillés. Même les pauses-toilettes ne peuvent pas durer plus de quatre minutes. Damon Silvers, du syndicat A.F.L-C.I.O (Fédération américaine du travail – Congrès des organisations industrielles) décrit cela dans le New Yorker comme suit:

«Amazon a défini un ordre optimal d’étapes de travail et veut que les employés le suivent à la lettre, et Amazon a la possibilité d’observer les employés en train de travailler à tout moment.»

Les travailleurs se révoltent contre ce système rigide. Perry Connelly, l’un des employés concernés, explique au Financial Times:

«Ils me disent pendant combien de temps j’ai le droit d’utiliser les toilettes. Je suis un adulte, ça prend le temps qu’il faut.»
Perry Connelly, employé d'Amazon

Amazon craint, en revanche, la situation en Europe. En France, où les employés sont organisés en syndicats, Amazon a dû fermer ses six centres logistiques pendant la crise du Covid-19. En Italie, les travailleurs sont rentrés chez eux en réclamant des «horaires de travail plus humains». Aux Etats-Unis en revanche, il n’y a eu que quelques brefs arrêts de travail.

En Europe, comme ici à Milan en Italie, l'entreprise a moins d'emprise sur ses employés.
En Europe, comme ici à Milan en Italie, l'entreprise a moins d'emprise sur ses employés.Image: EPA ANSA

Cela devrait maintenant aussi changer en Amérique du Nord. Les syndicats estiment qu’ils ont de bonnes chances de remporter ce conflit. En voici les raisons:

  • Amazon compte aujourd’hui environ un million d’employés et est le deuxième plus grand employeur du pays après Walmart. L’entreprise est florissante. Grâce au confinement, le chiffre d’affaires a augmenté de 38% en 2020 et plus de 500 000 travailleurs ont été embauchés. Jeff Bezos à lui seul se serait enrichi d’environ 70 milliards de dollars l’année dernière.
Un travailleur proteste devant les bâtiments d’Amazon aux Etats-Unis.
Un travailleur proteste devant les bâtiments d’Amazon aux Etats-Unis.Image: sda
  • Au vu de ces chiffres, les revendications des travailleurs semblent plus que justifiées. Ils reçoivent également des encouragements des tout grands. Bernie Sanders s’est rendu spécialement à Bessemer pour soutenir les travailleurs, pendant que le président Joe Biden, le président américain, a mis en garde les employeurs contre l’intimidation des travailleurs.

C’est, pourtant, justement ce que font les dirigeants d’Amazon. Ils ont agencé le vote de manière inutilement compliquée et ont fait surveiller les bureaux de vote par vidéo. Les représentants syndicaux n’ont pas été autorisés à entrer dans l’enceinte de l’entreprise. À l’intérieur du centre de logistique, des slogans antisyndicaux étaient affichés partout et les supérieurs faisaient régulièrement la leçon à leurs subordonnés sur les raisons pour lesquelles ils devaient voter non.

Cependant, Amazon pourrait se retrouver perdant. Ce n’est pas seulement la gauche qui soutient les syndicats. Pour une fois, les conservateurs s’y joignent aussi. Marco Rubio par exemple, un sénateur républicain de Floride, a également appelé à voter oui pour les syndicats. Pourquoi cela?

Amazon est le représentant par excellence de ce qu’on appelle depuis peu le «woke capitalism». «Woke» est le terme générique pour le multiculturalisme libéral. Les conservateurs se battent eux aussi sans relâche contre ce woke capitalism. Ajoutez à cela le fait que Jeff Bezos possède également le Washington Post, journal libéral de gauche, aussi dans le viseur des conservateurs. Voilà pourquoi la droite veut aussi voir Bezos subir une défaite.

Jeff Bezos est aussi un représentant typique du woke capitalism.
Jeff Bezos est aussi un représentant typique du woke capitalism.Image: sda

Enfin, l’action ouvrière du Sud des Etats-Unis fait partie de la lutte contre le racisme et pour les droits des Noirs. Trois employés sur quatre du centre logistique concerné sont noirs. «Bessemer est maintenant notre Selma» explique le révérend William Barber, un ecclésiastique réputé. Selma est le lieu – aussi en Alabama – où le mouvement pour les droits civiques dirigé par Martin Luther King a mené une marche de protestation légendaire à travers le pont local.

L’action à Bessemer n’est donc que le début d’une longue lutte. «Jeff Bezos a intérêt à se préparer», déclare Nina Turner, sénatrice démocrate, au Financial Times. «Nous avons uni le mouvement ouvrier au mouvement pour les droits civils. Grâce à tous les progrès que nous avons faits, nous allons continuer à répéter cela.»

Cet article a été traduit de l'allemand par Anne Castella.

Et maintenant, un peu de détente: la vie de couple en 14 cartoons amusants

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La vie de couple en 14 cartoons amusants
source: imgur / imgur
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