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Elizabeth II

70 ans du règne d'Elizabeth II: 1992, la pire année de la reine

Elizabeth II au milieu des décombres du château de Windsor, en novembre 1992.
Elizabeth II au milieu des décombres du château de Windsor, en novembre 1992.image: keystone
Elizabeth II

Divorce, scandales, incendie: 1992, la pire année du règne de la Reine

La 40e année sur le trône aurait dû être synonyme de festivités et de gloire pour Elizabeth II. Il n'en sera rien. Elle restera gravée dans sa mémoire comme l'une des pires de son règne, sur fond de scandales familiaux et déboires conjugaux.
02.06.2022, 18:44
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«1992 n'est pas une année sur laquelle je reviendrai avec plaisir. Elle s'est avérée être une annus horribilis

Les mots sont lâchés. Prononcés d'une voix lasse, vidée, exsangue après des mois de catastrophes en série. Annus horribilis... une expression qui restera dans les annales.

Le 24 novembre 1992, tout de vert vêtue, la reine donne un discours devant 500 personnes au Guildhall.
Le 24 novembre 1992, tout de vert vêtue, la reine donne un discours devant 500 personnes au Guildhall.image: shutterstock

Elle qui s'est toujours appliquée si soigneusement à ne rien laisser filtrer, Elizabeth II apparaît désormais abattue. Au point de sortir de sa réserve habituelle.

Nous sommes le 24 novembre 1992, au Guildhall, lors d'un discours à l'occasion de ses 40 ans de règne. Au fond, la souveraine n'est plus à ça près: cette année n'est que le point culminant d'une décennie de difficultés pour la monarchie. «Les années 90 sont certainement les pires. Ce sont les années où les Windsor sont les plus impopulaires», résume le journaliste spécialisé Thomas Pernette, au micro de RTL.

Le Fergie «toe-job»

C'est peu dire que l'année a débuté... du mauvais pied. Le 19 mars, le prince Andrew se sépare officiellement de son épouse, Sarah Ferguson. Quelques mois plus tard, «Fergie» fait la une du Sun en se faisant léchouiller les orteils par son conseiller financier.

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Manque de bol, l'intéressée se trouve justement en Ecosse avec belle-maman la Reine et beau-papa le Prince, lorsque le tabloïd en question atterit sur la table du petit-déjeuner. Malaise.

Séparations en cascade

Mais peut-être Elisabeth II a-t-elle trop la tête ailleurs, ce mois de mars 1992, pour s'inquiéter des frasques de son fils et de sa bru. Une semaine plus tôt, le 12 mars, elle a dû se résoudre à faire ses adieux au «joyau de la monarchie britannique»: l'île Maurice, fraîchement indépendante. En quittant définitivement la monarchie, le pays se libère de la tutelle de la reine. Cruelle désillusion pour celle qui considérait ce bout de royaume comme l'un de ses pays préférés. Plus qu'un caprice, cette perte incarne avant tout le symbole d'un déclin. La fin inexplorable de l'influence britannique dans le monde.

Elizabeth II en visite sur l'île Maurice, en 1972.
Elizabeth II en visite sur l'île Maurice, en 1972.

Quelques semaines plus tard, la princesse Anne, la fille d'Elizabeth, divorce à son tour. Un mariage de 18 ans dissous en quatre minutes chrono et en l'absence des deux principaux concernés. Mais surtout, le premier divorce de la famille royale depuis 56 ans, soit une sérieuse entorse à la tradition familiale.

Le 9 juin, nouvelle déflagration, nouveau coup porté aux coutumes de la maison Windsor: la parution d'une biographie explosive sur Lady Diana par le journaliste Andrew Morton. Le livre réunit tous les ingrédients pour régaler la presse à scandale: des infidélités du prince Charles (peut mieux faire pour l'héritier du trône d'Angleterre), aux troubles alimentaires de Lady Di et à ses tentatives de suicide, en passant par ses relations houleuses avec le reste de la famille royale.

Les confessions de Lady Di au journaliste Andrew Morton feront trembler les bases (plus si) solides de la monarchie.
Les confessions de Lady Di au journaliste Andrew Morton feront trembler les bases (plus si) solides de la monarchie. image: keystone

Bref: un cauchemar éveillée pour Elizabeth II, qui s’efforce, depuis des années, de cloisonner l'intimité des Windsor entre les murs du palais de Buckingham.

«En fait, 1992 explose à la figure des Windsor et d'Elizabeth II, et c'est le drame»
Thomas Pernette

Le conte de fées est brisé. Si même les Windsor sont «des humains et malheureux en mariage»... Alors à quoi bon avoir une famille royale? D'aucuns, en tout cas, n'hésitent pas à la remettre en question.

Six mois après le publication du livre qui achève définitivement de salir la figure déjà bien pâlichonne de la monarchie, Charles et Diana annoncent leur séparation, le 9 décembre. On connait la suite. Cinq ans plus tard, Diana Spencer périt dans un tragique accident de voiture.

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image: keystone

Les flammes de l'enfer

Mais nous en sommes pas encore là. Retour à cette sinistre année de 1992, qui ne peut s'achever autrement que dans les flammes. Le 20 novembre, un gigantesque incendie se déclenche au château de Windsor, l'une des résidences officielles de la reine.

A l'origine du feu: un bête incident. Un projecteur laissé allumé trop près d'un rideau. Bilan: quinze heures d'incendie, une centaine de pièces du château entièrement détruites, des millions de livres de dégâts, des années de reconstruction nécessaires.

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image: ap

Une image reste de cet incident. Celle d'Elizabeth, déambulant au milieu des décombres fumants, en bottes et en ciré. Très seule.

«C’est la première fois qu’on la voit vraiment émue»
Marc Roche, journaliste et écrivain, Paris-Match

«Il y a cette scène extraordinaire où le prince Andrew, son fils cadet, est à ses côtés et aimerait la prendre dans ses mains pour la rassurer, et il ne peut pas le faire, parce que le protocole interdit qu’on touche la reine, même son propre fils.»

Pour le peuple britannique, l'image symbolise tout le drame d’une dynastie désemparée.
Pour le peuple britannique, l'image symbolise tout le drame d’une dynastie désemparée.image: ap

«Et donc la reine est seule devant ce désastre, l’incendie de son château préféré, l’incendie qui détruit le siège du pouvoir royal.»

Son discours au Guildhall intervient seulement quatre jours plus tard. Sa voix, encore éraillée à cause des fumées, en porte les stigmates:

«Je me demande parfois comment les générations futures jugeront les événements de cette année tumultueuse. J'ose dire que l'histoire adoptera un point de vue légèrement plus modéré que celui de certains commentateurs contemporains. La distance est bien connue pour enchanter, même les vues les moins attrayantes. Après tout, elle présente l'avantage inestimable du recul.»

Mais s'il est bien une chose qui caractérise ces 163 petits centimètres de femme royale, c'est bien sa ténacité et sa résistance à toutes épreuves.

La preuve demain, dans le dernier épisode de notre série!

Sans filtre, extrait du film de Ruben Östlund
Video: watson
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