Bombes lors de la visite de Macron: «Il y a deux hypothèses principales»
Maître de conférence à l’Université Lyon 2, Fabrice Balanche est l'auteur des Leçons de la crise syrienne (Odile Jacob, 2024). Il a vécu six ans en Syrie dans les années 1990. Il y est retourné début 2005, un mois après la chute de Bachar al-Assad. Il est depuis revenu en France.
Deux explosions ont retenti à Damas, en Syrie, à proximité de l’hôtel où le président Emmanuel Macron, en visite inédite en Syrie, a passé la nuit. Qui peut être derrière ces attentats, qui auraient fait dix-huit blessés, dont des policiers syriens?
Fabrice Balanche:
Daech attaque régulièrement les forces du président syrien Ahmed al-Charaa. Le 22 juin 2025, un attentat suicide contre une église chrétienne à Damas a fait 22 morts, une attaque attribuée à Daech. Le 2 juillet, un attentat à la bombe dans un café à Damas situé près du Palais de justice a fait neuf morts.
Quelle est l’autre hypothèse principale?
Dans le but de montrer qu’Ahmed al-Charaa ne parvient pas à stabiliser le pays. Cela dans le contexte de la venue d’Emmanuel Macron avec une cohorte d’hommes d’affaires français qui souhaitent voir comment ils pourraient investir en Syrie. Or faire exploser des bombes à proximité de l’hôtel du président français, en plein centre-ville de la capitale, montre que les services de sécurité syriens ne sont pas très efficaces et cela est de nature à refroidir les ardeurs des investisseurs potentiels.
Le but de cette visite est bien de nouer des relations économiques entre la France et la Syrie?
C’est l’un des objectifs. D’un point de vue symbolique, Emmanuel Macron est le premier dirigeant occidental à Damas depuis la chute de Bachar al-Assad, en décembre 2024. Le but est ici de participer à la reconstruction de la Syrie après une quinzaine d’années de combats sans merci.
Quel sens donner à ces liens entre la France et la Syrie?
Il faut bien voir qu’Emmanuel Macron a reçu, l’an dernier, Ahmed al-Charaa à la demande du Qatar. Or, à l’époque, peu avant cette visite, il y avait eu en Syrie des massacres d’Alaouites, la communauté de l’ancien dictateur Bachar al-Assad, qui avaient fait environ 1700 morts. Des membres des forces d’al-Charaa y avaient participé.
Quel rôle tient ici le Qatar?
Le Qatar est derrière l’actuel président syrien et il rend par ailleurs des services politiques et économiques à la France. Il fallait lui rendre l’ascenseur en recevant Ahmed al-Charaa à l’Elysée. Emmanuel Macron avait d’ailleurs été critiqué pour cela à l’époque.
Diriez-vous qu’Ahmed al-Charaa «fait le boulot»?
Il n’est pas pour rien dans l’isolement du Hezbollah au Liban. Il a fait tomber Bachar al-Assad. La Syrie est passée du côté pro-turque, pro-occidental. Donald Trump pense même à lui pour aller mater davantage le Hezbollah au Liban. Mais il fait à moitié le boulot d’un point de vue occidental, sinon américain, en refusant de signer la paix avec Israël en lui abandonnant le Golan annexé par l’Etat hébreu en 1981 après l’avoir conquis lors de la guerre des Six Jours en 1967.
Et au niveau intérieur?
C’est beaucoup dire que la Syrie est stabilisée, mais en tout cas, elle n’est pas partie en morceaux. Il y quand même eu en 2025 des massacres d’Alaouites et de Druzes, et la marginalisation des Kurdes, choses dans lesquelles les forces d'al-Charaa ont des responsabilités, assumées dans le cas kurde.
Dans sa trajectoire islamiste, il avait rompu avec l’Etat islamique, puis avec al-Qaïda, pour créer son groupe à lui, avec lequel il a renversé Bachar al-Assad. Il continue de faire peur à une partie des Syriens. Ce n’est pas le vent de liberté qu’on pouvait attendre sur la Syrie.
