«L'univers va s'étendre de plus en plus vite et ce sera la fin»
L'Américain Saul Perlmutter a reçu en 2011, avec Brian Schmidt et Adam Riess, le prix Nobel de physique pour la découverte de l'expansion accélérée de l'univers. Dès septembre, un nouveau télescope de la Nasa doit fournir des explications à leur théorie.
Nous l'avons rencontré à Lindau, en Allemagne, au bord du lac de Constance.
Vos recherches sur le cosmos ont fait sensation dans le monde entier. Qu'y avait-il de si révolutionnaire dans vos découvertes?
Saul Perlmutter: Nous savons depuis les années 1930 qu'il existe une expansion de l'univers. Et la question était: ralentit-elle sous l'effet de la gravité? Nous avons mesuré cela et il s'est avéré qu'elle ne ralentit pas, mais qu'elle accélère.
Cela signifie-t-il que les lois physiques ne fonctionnent pas?
Eh bien, nous pensons que toutes les lois fonctionnent, mais il faut désormais un petit élément supplémentaire, peut-être une énergie supplémentaire, que nous appelons pour le moment «énergie noire».
On suppose qu'il existe environ 70% d'énergie noire et 25% de la matière noire.
Nous n'en avons pas encore la certitude. C'est pourquoi nous essayons de rendre les mesures toujours plus précises.
Comment mesurez-vous cela?
Jusqu'à présent, nous avons utilisé le télescope spatial Hubble et le télescope James-Webb. Mais pour ce type de mesure, on souhaite disposer d'un instrument avec un champ de vision beaucoup plus large. Et c'est exactement ce que propose le nouveau télescope spatial Nancy Grace Roman de la Nasa. Le projet démarre entre fin août et début septembre. Nous disposerons alors du nouveau télescope.
Qu'en attendez-vous?
L'attente est que ce télescope nous permette de trouver des milliers et des milliers de ces étoiles en explosion, c'est-à-dire ces supernovæ que nous utilisons comme marqueurs de distance dans l'univers. Nous attendons donc une mesure beaucoup plus détaillée de l'histoire de l'expansion. Nous pensons qu'elle a ralenti durant la première moitié de son existence, puis accéléré durant la seconde.
Mais il y a aussi le Big Bang, l'expansion originelle. Et la physique connaît les trous noirs qui, selon une théorie, pourraient tout engloutir dans l'univers. Il existe donc des forces contraires considérables à l'expansion. Les choses ne pourraient-elles pas alors s'approcher d'un scénario de grand effondrement plutôt que d'étirement?
Cela dépend fortement de la raison pour laquelle l'expansion accélère actuellement. Si elle accélère à cause d'une énergie noire qui ne change pas au fil du temps, alors l'univers va s'étendre de plus en plus vite et devenir tout simplement de plus en plus vide.
En admettant que les choses se passent comme vous le dites; le Soleil se sera consumé et notre monde aura disparu. Pourtant, l'esprit humain est incapable de se représenter une telle durée, de l'ordre de centaines de billions d'années.
Mais les instruments, eux, le peuvent.
C'est notre chance. Nous avons le temps de penser l'impensable, et peut-être de nous sauver. Peut-être que les êtres humains parviendront à s'enfuir dans un univers parallèle. Peut-être construira-t-on des vaisseaux spatiaux antigravitationnels qui nous sauveront de l'appétit vorace des trous noirs. Peut-être trouverons-nous l'une de ces bulles de vide apparues lors de la formation de l'univers.
Pourquoi ne rencontrons-nous aucune autre civilisation?
Justement parce que l'univers est si grand. Mais c'est précisément pour cette raison que d'autres civilisations pourraient aussi être très, très éloignées les unes des autres. Et alors nous ne les rencontrerions jamais. Ce serait très triste.
Einstein disait: Dieu ne joue pas aux dés. Etes-vous d'accord?
Je suis frappé aujourd'hui par le nombre d'indices qui suggèrent qu'il pourrait exister un véritable hasard dans l'Univers. Mais la question n'est pas encore définitivement tranchée. (trad. ysc)
