Poutine pourrait «perturber délibérément tout un continent»
Un satellite expérimental de l’entreprise Xona Space Systems a mesuré pour la première fois depuis l’espace l’étendue du brouillage des signaux GPS au-dessus de l’Europe et du Moyen-Orient. Ces perturbations proviennent principalement d’émetteurs installés au sol, utilisés par la Russie ainsi que par différents acteurs impliqués dans les conflits au Moyen-Orient.
Les données ont été recueillies par le satellite «Pulsar-0», qui orbite autour de la Terre à environ 500 kilomètres d’altitude. Au-dessus de l’Amérique du Nord, il a reçu un signal clair. En revanche, celui-ci s’est fortement dégradé au-dessus de l’Europe. Dans les zones les plus touchées, la puissance du signal est passée de 40 à seulement dix décibels-hertz, l’unité de mesure habituellement utilisée pour évaluer la qualité d’un signal satellitaire. Un niveau insuffisant pour utiliser le GPS de manière fiable.
Selon ces mesures, la zone touchée s’étend de la France, à l’ouest, jusqu’au Pakistan, à l’est. «Nous pensions observer quelques perturbations, mais elles sont bien plus importantes que ce que nous attendions», explique le cofondateur Kazuma Gunning au média américain Space.com.
Où est le problème avec le brouillage russe des GPS?
La principale nouveauté de ces mesures réside dans l’endroit où les perturbations sont détectées. Jusqu’à présent, on considérait surtout que la réception au sol était vulnérable. Il apparaît désormais que les satellites évoluant en orbite basse perdent eux aussi le signal. Or, nombre d’entre eux dépendent du GPS pour déterminer leur position et synchroniser précisément leur horloge. Sans ce signal, les satellites d’observation peinent davantage à viser leur cible et les opérateurs de vastes constellations, comme Starlink, perdent un outil essentiel pour éviter les collisions en orbite.
L’importance de ces systèmes se mesure aussi dans la vie quotidienne. Le GPS et d’autres systèmes comparables, comme Galileo, ne servent pas uniquement à guider les automobilistes. Les services de secours, la police et les pompiers s’en servent pour coordonner leurs interventions. Les réseaux électriques et de télécommunications utilisent également ces signaux pour synchroniser leurs infrastructures à la seconde près. Toutes ces applications restent vulnérables, car les signaux GPS, émis depuis une très grande altitude, arrivent relativement faibles au sol et peuvent être masqués par des émissions radio plus puissantes.
D’où proviennent les perturbations?
Le brouillage au sol est connu depuis plusieurs années. Selon Moscou, la Russie perturbe les signaux le long de sa frontière occidentale afin de se protéger contre les drones ukrainiens. Chaque mois, des dizaines de milliers de vols sont affectés dans cette région. Au Moyen-Orient, les différentes parties aux conflits utilisent elles aussi des brouilleurs pour repousser les drones et dissimuler les mouvements de navires.
Une seconde étude, également récente, pointe vers une autre source située dans l’espace. Une équipe dirigée par Todd Humphreys, chercheur à l’Université du Texas, attribue trois des 75 interruptions enregistrées depuis 2019 à des satellites russes d’alerte précoce, en particulier au satellite «Kosmos 2546».
Les autres incidents seraient également liés à ce même groupe de satellites russes, mais les chercheurs ne disposent pas encore de preuves définitives. Leur étude a été publiée sous forme de prépublication scientifique et n’a donc pas encore été évaluée par des experts indépendants.
Un signal plus puissant comme solution
Selon cette dernière étude, ces satellites sont destinés à détecter les lancements de missiles et les explosions nucléaires. Les perturbations toucheraient le GPS, le système européen Galileo ainsi que le système chinois BeiDou, mais pas le système de navigation russe.
La question de savoir si la Russie provoque volontairement ces interruptions reste débattue. Des spécialistes, comme Richard Bowden, de l’entreprise technologique espagnole GMV, estiment qu’il pourrait simplement s’agir de messages de service échangés entre les satellites et les stations au sol, et non de tentatives délibérées de brouillage.
L’équipe de Todd Humphreys considère, au contraire, qu’il s’agit de tests intentionnels et évoque une nouvelle étape dans la guerre électronique. Jusqu’à présent, les brouilleurs étaient principalement installés sur des navires, des véhicules ou des avions, ce qui limitait leur portée. Un émetteur placé en orbite pourrait en revanche «perturber délibérément tout un continent chaque jour», affirme Ramsey Faragher, du Royal Institute of Navigation à Londres.
Avec son réseau Pulsar, Xona développe sa propre alternative au GPS. Les signaux, émis depuis une orbite plus basse, devraient être plus puissants et donc plus difficiles à brouiller. L’entreprise prévoit de lancer un premier service, encore limité, au début de l’année 2027. (dsc/trad. hun)

