Voici l’«assassin au visage de bébé» qui a conquis le Texas
Donald Trump lui avait accordé près de quinze minutes d’insultes à lui tout seul, lors d’un meeting de campagne à Lubbock, au Texas, auquel watson a assisté la semaine passée. Il aura fallu davantage que des accusations de véganisme pour refroidir les ardeurs autour de James Talarico, fraîchement élu cette nuit au Sénat américain. C'est la première fois depuis 1988 que le Texas envoie un démocrate au Sénat.
Du tofu, du lait de soja et de la testostérone supposément en rupture de stock: ses adversaires républicains avaient transformé son assiette en affaire d’Etat. Ken Paxton, son concurrent, l’avait notamment surnommé «Talarico le Tofu». Si certaines élections se jouent dans un mouchoir, celle du Texas se réglait sur le barbecue.
Des bottes et une Bible
Le principal intéressé avait pourtant fourni quelques accessoires réglementaires. Ce Texan de huitième génération conduit un pick-up Chevrolet Colorado, porte des bottes Lucchese et a baptisé sa tournée «Clear Eyes, Full Hearts», en référence à la série culte Friday Night Lights.
Mais ne vous fiez pas à son look propret de séminariste: sa pugnacité dans les débats à la chambre des représentants du Texas lui a valu le surnom, parmi ses collègues, d'«assassin au visage de bébé», rappelle le New Yorker.
C’est un toutefois autre attribut qui a permis à ce jeune et charismatique politicien de s'attirer les faveurs d'une frange de républicains modérés lassés des frasques et des sbires de Trump: la religion. Profondément pieux, James Talarico, qui se forme pour devenir pasteur presbytérien, entend disputer à la droite son terrain de prédilection.
La victoire démocrate en vidéo 👇
Une foi qui ne reste pas à la porte des meetings. Elle entre, s’installe et prend le micro. Elle se joue aussi sur Instagram où, avec l'aide d'une poignée de collaborateurs aussi jeunes que combatifs, James Talarico entend moderniser les Ecritures auprès de ses trois millions d'abonnés.
Pas forcément facile à faire. En février dernier, le New Yorker racontait une séance de montage où l'ancien candidat redoute que les internautes passent leur chemin devant sa vidéo. «Je suis en concurrence avec le chien mignon et l’accident spectaculaire!» objecte-t-il. Il a trop l’air d’un politicien en train de prononcer un discours. Avant que son collaborateur ne lui rappelle que c’est précisément ce qu’il est.
«Les enfants vont le dévorer»
Avant les meetings, les plateaux TV et les réseaux sociaux, James Talarico avait pourtant un public autrement plus difficile à convaincre: des élèves de sixième. Lorsqu’il débarque en 2011 au collège Rhodes, dans un quartier défavorisé de San Antonio, le jeune diplômé de l’Université du Texas a 22 ans, une chemise impeccable, un blazer et aucune expérience de l’enseignement. «Les enfants vont le dévorer tout cru», se souvient avoir pensé sa collègue de l'époque, Tanya Flores, citée par le New York Times.
Ils lui réserveront finalement un meilleur accueil. James Talarico apprend à se faire apprécier. Dans sa salle baptisée «Zone de liberté», Jay-Z côtoie Mark Twain. Les élèves analysent des chansons de Katy Perry et Kanye West; Toy Story sert à expliquer la construction d’un récit.
Pour raconter son engagement, l’ancien prof revient volontiers à cette école. Avec des détails parfois contestés, comme le fait qu'il avait enseigné dans une classe de 45 élèves, dont certains s'asseyaient sur les climatiseurs, par manque de bureaux disponibles. Un chiffre qui, selon le New York Times, dépasse largement le maximum de 30 inscrits figurant dans les données officielles.
La chambre d’hôtel avant Harvard
Son autre récit fondateur commence dans une Ford Escort. James Talarico n'a que sept semaines lorsque sa mère, Tamara, confrontée à la violence de son père biologique, l’emmène dans l’hôtel où elle travaillait. Le directeur leur a prêté une chambre, le temps de trouver un appartement à Austin. Il attribue à cette femme son esprit combatif - mais aussi le fait que «l’amour véritable ne tolère pas la maltraitance».
Tamara épousera ensuite Mark Talarico, qui adoptera James et lui donnera son nom de famille. Le futur élu décrochera un master à Harvard avant d’entrer à la Chambre des représentants du Texas, en 2018.
De ce parcours, il tire un discours où les fins de mois occupent davantage de place que les bonnes manières des milliardaires. «Je veux simplement que les milliardaires paient leur juste part», explique-t-il au Times.
Le voilà désormais chargé de transformer ses sermons en lois. A Washington, aimer son prochain se négocie en commission et les bonnes intentions finissent volontiers dans un tiroir. James Talarico a toutefois déjà obtenu un premier résultat: rappeler à la droite chrétienne que Dieu n’avait pas signé de contrat d’exclusivité.
