«Je ne laisserai jamais Trump briser ma famille»
watson sur la route des Midterms 🇺🇸
C’est quoi le mood aux Staaaates? Afin de mieux cerner l’état d’esprit des Américains, watson a décidé de prendre la route de Seattle (Washington) à Austin (Texas).
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Les Etats-Unis renouvelleront leur Chambre des représentants le 3 novembre prochain dans un climat politique tendu et avec un président Trump qui sait qu’il peut trébucher.
Armé de petites histoires pour mieux comprendre la grande, watson sillonne un pays que l’on croit connaître, secoué, mal-aimé et inquiet pour son avenir. Sans oublier, au passage, ses amusantes curiosités culturelles. Welcome on board!
«J’ai effectué beaucoup de courses avec des fans de Trump et de l’autre mec démocrate, mais vous êtes le premier à me demander de vous emmener du rallye de l’un à celui de l’autre.»
Notre chauffeuse Uber a du boulot, mais beaucoup de mal à circuler ce mardi soir à Lubbock, Texas. Il faut dire que le contexte est proprement hallucinant. Downtown, le président est venu soutenir en personne le candidat républicain du Texas au Sénat, alors que son adversaire démocrate rassemblait ses troupes dans une autre grande salle, à l’est de la ville, dans un quartier latino bien connu.
Oui, simultanément.
Résultat : plusieurs dizaines de milliers de personnes, grimées en rouge ou en bleu, ont littéralement envahi Lubbock, Texas, une ville de 250 000 âmes. Il fallait donc avoir un sacré don d’ubiquité pour tout voir de nos propres yeux.
En quittant les trumpistes et le Civic Center, on s’attendait à tomber sur une foule démocrate certes motivée, mais moins dense, au Fiesta Center, à dix minutes de route. Grossière erreur. James Talarico, 37 ans, était attendu comme une rock star par une file de groupies longue de plus de deux kilomètres.
Un événement unique pour un enjeu historique. Car l’ancien enseignant compte sur un populisme économique et une foi chrétienne dénuée de guerre culturelle pour faire basculer le Texas au Sénat. Et le ring n’est pas anodin, puisque Lubbock est la deuxième ville de plus de 100 000 habitants la plus conservatrice des Etats-Unis.
Si la foule est si nombreuse ce mardi soir, c’est aussi parce que les derniers sondages promettent à Talarico un léger avantage sur le républicain Ken Paxton, notamment selon RealClearPolling, et que le Texas n’a plus envoyé de démocrate au Sénat depuis trente-huit longues années.
Il est 18h41 lorsque James Talarico gare enfin son bus noir de campagne derrière le Fiesta Center. Le public est en transe, les cris résonnent loin dans cette banlieue grise et les portables s’arment en direction du «sauveur démocrate».

La moyenne d’âge est beaucoup plus basse qu’au meeting de Trump, venu soutenir son poulain en difficulté. Dans la file interminable, des grappes de potes qui ont sorti les pancartes et les outfits pour l’occasion. C’est simple, on se croirait à un concert de Taylor Swift: «Oui, exactement, Taylor Swift! Talarico est notre héros aujourd’hui au Texas, la folie est totale!», nous hurle une jeune femme trop occupée à filmer la star pour répondre à nos questions.
Une autre jeune partisane est plutôt fière d’avouer qu’elle débarque dans le panier de crabes qu’est la politique.
Devant le Fiesta Center, une forte personnalité attire toute l’attention. Dans un accoutrement qui ne passe pas inaperçu et refuse de choisir entre Halloween et le militantisme politique, Suzy Temple déploie une énergie communicatrice devant le Fiesta Center.
Dans un rare moment de calme, on parvient à la faire atterrir pour une courte interview: «Je peux venir avec vous en Suisse après les élections?», que nous balance cette pétillante dame qui a «encore suffisamment d’élégance pour ne pas tout gâcher» en révélant son âge.
Si Suzy est très en colère contre Donald Trump, elle n’a pas toujours été une électrice démocrate: «Vous savez, voter n’est pas toujours quelque chose de cérébral. J’ai ressenti quelque chose au plus profond de mon âme, à un moment dramatique pour les Etats-Unis».
Le lyrisme qui jaillit des mots de Suzie n’est pas là pour faire joli. Son changement de maillot politique ne s'est pas fait sans douleur et elle a dû prendre la suite de sa vie privée avec philosophie. Ce n’est pas tous les jours qu’une Texane passe au bleu.

Il est passé 19 heures. Le show de Talarico a démarré dans la salle. A l’extérieur, une nuée de militants qui ne pourront pas entrer, faute de place. Ce qui n’a pas l’air de frustrer grand monde: «Tant pis, on est encore plus visible et bruyant au bord de la route. C’est d’être sur place qui est important», nous glisse un homme d’une trentaine d’années, avant que l’on quitte les lieux.
Notre chauffeur Uber du retour est un «conservateur historique», qui voudrait qu’ils «disparaissent tous», pour pouvoir à nouveau circuler en ville. L’un des mieux notés de l’application. «C’est la véritable Amérique ici, profonde et sincère. Vous êtes journaliste? J’espère que vous savez rester le plus neutre possible», qu’il nous balance. Avant de conclure:
En bons Suisses, on lui dira simplement qu’on fait ce que l’on peut.
Bonne nuit, Lubbock.
Dors bien sur tes deux extrêmes d’un soir.
