Il a utilisé la technique du «traître» pour contrer Trump
watson sur la route des Midterms 🇺🇸
C’est quoi le mood aux Staaaates? Afin de mieux cerner l’état d’esprit des Américains, watson a décidé de prendre la route de Seattle (Washington) à Austin (Texas).
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Les Etats-Unis renouvelleront leur Chambre des représentants le 3 novembre prochain dans un climat politique tendu et avec un président Trump qui sait qu’il peut trébucher.
Armé de petites histoires pour mieux comprendre la grande, watson sillonne un pays que l’on croit connaître, secoué, mal-aimé et inquiet pour son avenir. Sans oublier, au passage, ses amusantes curiosités culturelles. Welcome on board!
Voter dans le camp adverse, c’est le choix étonnant de beaucoup de démocrates isolés dans les Etats les plus conservateurs des Etats-Unis. Une pratique qui avait fait un sacré tapage il y a quatre ans.
Rappelez vous: en juin 2022, la célèbre républicaine Liz Cheney appelait les démocrates à la soutenir lors des primaires républicaines du Wyoming. Aux prises avec une candidate très à droite et soutenue par le président MAGA, elle comptait sur son statut de républicaine ennemie de Donald Trump pour faire pencher la balance en sa faveur. En vain.
L’astuce? Le «crossover voting». Autrement dit, s’inscrire comme électeur républicain au dernier moment par pure stratégie électorale.
En 2026, cette pratique est toujours très répandue en terres ultraconservatrices, là où les candidats démocrates n’ont quasiment aucune chance d’être élus. C’est notamment le cas dans le Wyoming, l’Etat le plus trumpiste du pays.
En août dernier, de nombreux électeurs démocrates se sont une nouvelle fois «déguisés» en républicains pour sauver les meubles, à savoir tenter de faire élire l’ennemi le moins dangereux des primaires. Bob Woodall en fait partie. Ce photographe et éditeur de magazine à la retraite est installé depuis les années 70 dans la petite ville de Jackson, dans le comté de Teton, unique bastion démocrate de l’Etat.
Les «fous», comme notre interlocuteur les appelle, ce sont les candidats du Freedom Caucus, la faction extrémiste du parti républicain. Bob avait de bonnes raisons de craindre le pire: le Wyoming a été le premier Etat du pays où ce mouvement a réussi à prendre le contrôle d'une chambre législative.
C’était en 2024. Un scrutin durant lequel seuls 27% des électeurs inscrits s’étaient rendus aux urnes.
«Si les élus locaux penchent très nettement à gauche, nous n’existons pas ailleurs dans l’Etat, donc notre vote est capital», explique Bob Woodall, qui a un peu l’impression de vivre au milieu des loups, à Jackson. Il faut savoir qu’au Wyoming, à peine 10% des électeurs inscrits sont démocrates, la plupart dans le comté de Teton. C’est très peu.
Qu’est-ce que ça fait de devenir un «républicain de nom, seulement pour une journée» («RINO for a day» en anglais), comme il aime à se décrire? «Je n’ai pas l’impression de trahir mes valeurs quand je change d’orientation politique, car je sais profondément qui je suis», explique celui qui a pourtant grandi dans une famille républicaine, avec des parents actifs au sein du parti. Le Freedom Caucus est un groupe qui n’a rien à voir avec le Wyoming et qui tente de changer toutes les lois de l’Etat, on se doit de réagir».
Si de nombreux démocrates ont switché lors de la primaire 2026, ce fut néanmoins plus difficile que les années précédentes, car Trump et les républicains, en guerre contre cette pratique, ont réussi à leur mettre de sérieux bâtons dans les roues.
Une loi votée interdit désormais aux électeurs du Wyoming de modifier leur affiliation politique durant les 96 jours précédant les primaires. En clair, les petits margoulins démocrates doivent s’inscrire sur les listes ennemies à l’avance et à l’aveugle, sans connaître les candidats définitifs. «C’est effectivement plus contraignant et il faut anticiper le processus... Mais ça ne m’a pas découragé de faire mon devoir», sourit Bob, conscient que cette spécificité peut étonner le reste du monde.
Le parti est-il OK avec le «crossover voting»?
Vous l’aurez compris, au Wyoming, comme dans les autres Etats furieusement conservateurs, les primaires démocrates comptent pour du beurre, ou presque, hormis lors des scrutins locaux dans les rares bulles bleues. Face à cette vague de «crossover voting» des électeurs, comment réagit le parti démocrate de la région?
Pour le savoir, on est allé boire un café avec la présidente des démocrates du comté de Teton. Annette Osnos nous confirme qu’il «s’agit d’une pratique courante ici» et explique que c’est «le fait que nos primaires soient fermées qui pousse la population à agir ainsi. Cela signifie que vous ne pouvez recevoir qu’un seul bulletin de vote pour l’un des partis». Comprenez: si un électeur décide de voter chez les républicains, il ne pourra pas en faire de même dans son propre camp.
Le problème, c’est que les armes à disposition des démocrates «ne sont pas nombreuses» pour combattre l’écrasante majorité de républicains vivant dans le Wyoming: «Vous pouvez rédiger des tribunes libres dans le journal local ou encore participer aux rassemblements comme No Kings».
Annette se sent-elle malgré tout chez elle dans cet Etat très rouge? «Oui, je me sens vraiment chez moi ici, même si les démocrates y sont très peu nombreux. Je vis dans une petite communauté où tout le monde se connaît bien. On peut aussi y avoir une présence plus visible et plus active, ce que j'apprécie beaucoup», conclut la présidente des démocrates du comté de Teton.
Bob et ses amis «faux républicains» ont sans doute eu raison de «trahir» leur parti cette année. Même s’il est impossible de connaître le nombre exact de «RINO for a day», force est de constater que le Freedom Caucus s’est pris une série de gifles historiques durant les primaires républicaines du Wyoming, au point de perdre sa majorité à la Chambre des représentants de l’Etat.
Selon les médias locaux, «14 législateurs sortants ou candidats alignés avec ce groupe ultraconservatreur» ont été battus par leurs adversaires républicains. De quoi donner un gros coup de frein à leur volonté de couper à la tronçonneuse dans les budgets et de renforcer les restrictions sur le droit de vote et l'avortement.
Un hic toutefois: au niveau fédéral, les «fous» de Bob Woodall conservent pour l’heure leur aura, grâce notamment à la popularité de Harriet Hageman, députée à la Chambre et candidate au Sénat, qui a battu son adversaire modéré en août dernier. Bien qu’elle ne fasse pas officiellement partie du Freedom Caucus à Washington, elle défend une politique conservatrice très dure et bénéficie du lourd soutien de Donald Trump.
Ironie du sort, c’est elle qui avait terrassé Liz Cheney dans le Wyoming en 2022, déjà grâce à l’aide massive du gourou MAGA et... malgré le «crossover voting» des démocrates. Bob Woodall, lui, est toujours inscrit chez les républicains. Arrive-t-il dormir?
