Les Américains sont obsédés par la France
Il suffit parfois de cinq minutes de conversation. Un accent repéré de loin, quelques explications sur notre présence aux Etats-Unis et voilà le même froncement de sourcils, suivi de cette question:
Nous avons traversé l'Atlantique pour évoquer leur pays. Or, de l’Etat de Washington à celui du Wyoming, plusieurs de nos interlocuteurs interrompent nos questions pour demander des nouvelles du continent d’en face.
Kathryn, retraitée démocrate à Seattle. Keren, libraire conservatrice dans la petite ville d’Alberton, au Montana. Richard et son épouse, touristes venus de Géorgie pour profiter de Jackson Hole. Ou encore Amy, vendeuse dans une boutique de confiseries. Des sensibilités différentes, des milliers de kilomètres parcourus et cette même inquiétude pour un pays où ils ne sont, pour certains, jamais allés.
«C'est vraiment malheureux, ce qu'il se passe, déplore Richard, venu chasser et randonner, quand nous échangeons quelques mots dans une boutique de souvenirs. Ça m'attriste de voir ces bâtiments historiques détruits. Mais je ne comprends pas trop. Je ne savais pas que le gouvernement français était si catastrophique. Si?»
Derrière les images qui traversent l’Atlantique, plusieurs colères se superposent. Depuis septembre, des lycéens français manifestent notamment contre le manque d’enseignants et les classes surchargées. Une mobilisation suivie, le 17 octobre, de manifestations contre la vie chère, en marge desquelles ont éclaté des violences et des pillages.
A plusieurs milliers de kilomètres, les revendications paraissent parfois moins claires que les scènes de destruction. La question de Richard le résume: ils voient ce qui brûlent, mais peinent parfois à comprendre pourquoi.
Alors que les Américains font face à leurs propres défis politiques et que républicains et démocrates se disputent le contrôle du Congrès, la récurrence du sujet surprend.
Mais chez certains, parler de la France ramène très vite aux fractures américaines. Amy, démocrate d’une soixantaine d’années installée dans la région de Jackson Hole et farouchement opposée à Donald Trump, redoute ainsi l’après-scrutin:
Steven, un électeur démocrate originaire du Kansas, y voit lui aussi un jeu de miroir avec son pays: «La vie chère est un problème global! Et notre système éducatif est aussi à bout de souffle aux Etats-Unis. Avec Trump qui démantèle le Département fédéral de l'Education depuis qu’il est de retour, c’est encore pire. Nos enfants sont en danger, comme en France».
D’autres Américains croisés sur notre route ont, eux, le même discours que Donald Trump au sujet de la crise française, à savoir que tout est de la faute de l’immigration: «Ceux qui détruisent Paris, ce ne sont pas des étudiants français, mais des gens qui n'aiment pas la France, ils doivent quitter le pays», nous balance Ron, au détour d’une pause cigarette devant un bistro du Wyoming.
Si la crise qui déchire la France en ce moment retient l’attention des Américains que l’on croise sur notre route, ils ont évidemment des peurs pour leur pays. Alors que les sympathisants de la présidence redoutent, parfois à demi-mot, une défaite dans les urnes, les électeurs démocrates tremblent à l’idée d’une guerre civile et d’un Trump vengeur et furieux s’ils parviennent à arracher quelques sièges à l’ennemi.Réponse dans quelques jours.
