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Donald Trump refuse d'entendre cette leçon ukrainienne

In this photo provided by the Ukrainian Emergency Service, firefighters put out a fire following a Russian air attack in Sumy, Ukraine, Saturday, July 25, 2026. (Ukrainian Emergency Service via AP)
Des pompiers luttent contre le feu après une attaque russe en Ukraine, le 25 juillet 2026.Image: AP Ukrainian Emergency Service

Cette leçon ukrainienne éviterait des erreurs coûteuses aux Etats-Unis

Malgré leur écrasante supériorité aérienne face à l'Iran, les Etats-Unis continuent de perdre des milliards. En cause: une guerre des drones mal maîtrisée.
02.08.2026, 18:0102.08.2026, 18:01
Kurt Pelda / ch media

Les Etats-Unis peinent à s'adapter au conflit avec l'Iran. Et ce n'est pas seulement parce que le président Donald Trump hésite à lancer une opération terrestre. Après quatre ans et demi de guerre en Ukraine, Washington n'a toujours pas tiré toutes les leçons de ce conflit. Ce constat vaut aussi, dans une certaine mesure, pour l'armée israélienne dans le sud du Liban, régulièrement visée par des drones à fibre optique du Hezbollah.

De nombreux militaires américains – comme une grande partie des états-majors européens, y compris celui de l'armée suisse – refusent d'admettre que les drones et l'intelligence artificielle ont bouleversé la conduite de la guerre. S'accrocher aux doctrines d'hier peut coûter très cher sur le champ de bataille. Les Etats-Unis affichent, en outre, une arrogance démesurée et sont convaincus que leur supériorité technologique les rend pratiquement invincibles. Or, les guerres perdues en Afghanistan et en Irak devraient servir d'avertissement à Washington.

Des milliards de dollars perdus

Après la guérilla et les bombes artisanales dissimulées au bord des routes, les drones de combat sont devenus la nouvelle arme du pauvre. L'expérience ukrainienne montre que les petits drones à quatre rotors, comme les drones de moyenne ou de longue portée, sont aujourd'hui pratiquement impossibles à neutraliser lorsqu'ils sont déployés en essaims et en grand nombre.

L'Iran a tiré les leçons de cette évolution et développe des engins sans pilote depuis plus de vingt ans. Face à de tels essaims de drones, mieux vaut disperser ses troupes, les rendre aussi difficiles à repérer que possible ou les déployer dans des installations souterraines.

Cela fait plus de 70 ans que les Etats-Unis n'ont plus été confrontés à une véritable menace aérienne. Au début des années 1950, pendant la guerre de Corée, des chasseurs soviétiques MiG-15, pilotés par des pilotes soviétiques et chinois, ont sérieusement mis à mal l'aviation américaine. L'Iran d'aujourd'hui ne dispose d'aucun équivalent: ses avions de combat étaient déjà complètement dépassés avant même le début de la guerre.

Les avions américains peuvent donc évoluer presque librement dans le ciel iranien, mais le régime des gardiens de la révolution riposte à coups de drones et de missiles. Les forces américaines subissent régulièrement des pertes importantes. Il ne s'agit pas seulement de pertes humaines, mais surtout de pertes matérielles, comme des radars ou des stations terrestres de communication par satellite. Depuis la fin du mois de février, les seules pertes matérielles sont estimées à plusieurs milliards de dollars.

Décentralisation et camouflage

Comment expliquer ces pertes? Comme l'Ukraine, les Etats-Unis utilisent désormais, eux aussi, des drones intercepteurs pour détruire les drones iraniens Shahed en approche. Mais il leur manque un système de défense aérienne multicouches, appuyé notamment par une artillerie antiaérienne moderne.

C'est précisément la combinaison de différents moyens de défense et d'un système de défense aérienne multicouches qui a permis à l'Ukraine d'abattre beaucoup plus de drones russes ces derniers mois, dont beaucoup sont des versions améliorées des Shahed iraniens («martyr» en persan).

Même à Odessa, ville portuaire particulièrement exposée, des bateaux télécommandés équipés de drones intercepteurs détruisent les appareils russes bien avant qu'ils n'atteignent les côtes.

La Russie utilise de nombreux drones Shahed de conception iranienne. Sur la photo: un drone Shahed iranien endommagé à Kiev, en juin 2025.
Un drone iranien endommagé à Kiev.Image: AP

Au début de la guerre contre l'Iran, les bases américaines au Moyen-Orient ne disposaient pas d'un nombre suffisant de bunkers offrant une protection efficace contre les drones. Depuis, l'armée américaine a commandé des éléments modulaires en béton et des bunkers préfabriqués. Mais une telle imprévoyance reste impardonnable. En Ukraine, il y a longtemps que les cantonnements des soldats situés à proximité du front sont tous protégés. Ils ont été transférés dans des caves, des bunkers enterrés ou des tunnels. Le camouflage et les filets de protection y occupent également une place essentielle.

Autre erreur qui aurait pu être évitée: concentrer les troupes et le matériel sur de grandes bases, notamment sur les bases aériennes. Même constat pour les radars fixes. Comme ils émettent en permanence des ondes radio, ils sont faciles à localiser et peuvent être détruits par des drones spécialement conçus à cet effet. En Ukraine, les radars restent mobiles et sont régulièrement mis hors tension. Cette mobilité sauve des vies et préserve des équipements valant plusieurs millions.

Ceci posé, il arrive encore que des officiers ukrainiens fassent preuve d'une incroyable incompétence en laissant des convois de ravitaillement entiers stationner en file indienne à proximité immédiate de stations-service ou de restaurants. Mais ces colonnes ne survivent pas longtemps, et les commandants responsables risquent d'être relevés de leurs fonctions et traduits en justice.

Les drones utilisés par l'Ukraine pour abattre les Shahed.
Les Ukrainiens utilisent ce type de drone pour abattre les Shahed.Image: EPA

La présence d'un grand nombre d'avions ravitailleurs américains sur les aéroports israéliens illustre parfaitement cette désinvolture. Il suffit de quelques clics sur Internet pour trouver des photos de Boeing KC-135 alignés les uns à côté des autres. Certes, ces appareils doivent être stationnés à proximité des pistes, et leur taille ne permet pas de les abriter dans des bunkers adaptés.

Ces ravitailleurs, dont le coût se chiffre en centaines de millions, devraient être dispersés autant que possible, au lieu d'être regroupés au même endroit et exposés à une seule attaque. Lors de précédentes attaques contre des bases aériennes israéliennes, l'Iran a tiré des missiles qui, à plusieurs kilomètres d'altitude, dispersaient de petites bombes capables de couvrir une vaste zone et de détruire des avions ravitailleurs.

Les Américains semblent compter sur l'excellence de la défense aérienne israélienne – probablement la meilleure au monde – pour mettre leurs appareils à l'abri des missiles iraniens. (trad.: mrs)

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