Controverse: l'UE raye deux oligarques russes de la liste des sanctions
Pourquoi la France et le Luxembourg ont plaidé en faveur d'oligarques russes
«Honteux et injustifiable»: c'est ainsi que le ministre ukrainien des affaires étrangères, Andriy Sybiha, a commenté la décision des Etats de l'Union européenne de retirer les deux hommes d'affaires russes Alicher Ousmanov et Mikhaïl Fridman de la liste des sanctions de l'UE.
A Moscou, on fêterait désormais l'événement. L'Ukrainien a parlé d'une «humiliation de l'UE» et d'«une division parmi les Européens».
The decision to delist Usmanov and Fridman is shameful and unjustifiable.
— Andrii Sybiha 🇺🇦 (@andrii_sybiha) September 22, 2026
Moscow is celebrating because it got what it wanted: a sense of impunity, the humiliation of the EU, and division among Europeans.
But there is still a way to spoil the celebrations in Moscow. I urge all…
En effet, le différend autour des deux milliardaires russes a creusé de profonds fossés au sein de l'UE pendant des semaines. Les Etats baltes que sont l'Estonie, la Lettonie et la Lituanie se sont opposés, en protestant, à une levée des mesures punitives. Mais, à la fin, ils ont dû céder.
L'alternative aurait été risquée: sans accord, l'ensemble de la liste, qui compte plus de 3000 personnes et organisations sanctionnées, serait arrivée à expiration mardi à minuit pile. Le premier ministre letton Andris Kulbergs a ainsi parlé d'un choix entre une solution «mauvaise et une bien pire».
Et la suisse dans tout ça?
Alicher Ousmanov et Mikhaïl Fridman peuvent remercier la France et le Luxembourg. Ceux-ci se sont imposés contre toutes les résistances et ont obtenu la radiation des deux oligarques. Alicher Ousmanov comme Mikhaïl Fridman sont désormais à nouveau en mesure d'accéder à leurs avoirs bloqués, d'entrer dans l'UE et d'y faire des affaires.
En Suisse aussi, les sanctions devraient bientôt être levées. Jusqu'ici, le Conseil fédéral a toujours repris les décisions de l'UE avec un certain retard.
Mais pourquoi la France et le Luxembourg se sont-ils démenés pour les deux Russes? L'explication est simple: ils ont placé leurs intérêts nationaux au-dessus des intérêts communs de l'UE.
Qui est Alicher Ousmanov pour la France?
Les discussions sur les sanctions sont soumises, à Bruxelles, au plus grand secret. On sait néanmoins désormais que la France cherchait à obtenir la libération d'un Français condamné à dix ans de prison en Azerbaïdjan pour des accusations d'espionnage. Un accord aurait été conclu sous la médiation de l'Ouzbékistan, avec le président duquel Alicher Ousmanov a des liens familiaux.
De fait, un jour après la décision de l'UE, le président azerbaïdjanais, Ilham Aliyev, a signé le décret de libération du Français.
Avec une fortune actuelle d'environ 14 milliards de dollars (11,5 milliards de francs), Alicher Ousmanov, 73 ans, fait partie des Russes les plus riches. Il a commencé ses activités à la fin des années 1980 en fabriquant des sacs en plastique, une denrée rare en Union soviétique et donc lucrative.
Il est toutefois devenu bien plus riche grâce à ses affaires dans les métaux et les mines. Son entreprise Metalloinvest est devenue l'un des plus grands producteurs de minerai de fer de Russie. Des investissements dans les télécoms, les médias et les technologies s'y sont ajoutés plus tard.
Il a été sanctionné par l'UE en 2022 au motif qu'il aurait des «relations particulièrement étroites» avec Poutine et mènerait des affaires en son nom. Alicher Ousmanov l'a toujours contesté et a aussi agi en justice contre les affirmations selon lesquelles il serait l'«oligarque préféré» de Poutine.
Un enregistrement téléphonique publié en 2026 a en revanche montré à quel point ses accès à Moscou sont restés bons. Dans celui-ci, le ministre des affaires étrangères, Sergueï Lavrov, enjoint son homologue hongrois Péter Szijjártó de se battre à Bruxelles pour Alicher Ousmanov: «Regarde, je t'appelle au nom d'Alicher», a dit Sergueï Lavrov.
Des milliards réclamés au Luxembourg par Mikhaïl Fridman
Pourquoi le Luxembourg voulait retirer Mikhaïl Fridman de la liste des sanctions est évident: le banquier russe a poursuivi le grand-duché, où sa société d'investissement a son siège, en réclamant 16 milliards de dollars (13,2 milliards de francs) de dommages et intérêts. Cela correspond à peu près exactement à l'ensemble de sa fortune et à environ la moitié du budget de l'Etat luxembourgeois.
Selon des juristes, il est possible que Mikhaïl Fridman obtienne gain de cause avec sa plainte, ce qui a visiblement rendu le gouvernement luxembourgeois nerveux.
L'histoire de Mikhaïl Fridman diffère nettement de celle d'Alicher Ousmanov. Il n'est pas devenu riche sous Vladimir Poutine, mais appartient à la génération d'oligarques des années Boris Eltsine. Il a accumulé une fortune pendant les privatisations chaotiques des conglomérats d'Etat soviétiques. Le cœur de son empire est l'Alfa-Bank, qu'il a fondée et qu'il dirige avec son partenaire d'affaires Piotr Aven.
Mikhaïl Fridman a lui aussi été sanctionné en 2022. L'UE lui reprochait des «liens forts» avec l'administration Poutine et le qualifiait de financier important dans l'entourage du Kremlin. Mikhaïl Fridman l'a contesté. Un tribunal de l'UE lui a donné raison en 2024, raison pour laquelle l'UE l'a de nouveau sanctionné sur une autre base. Désormais, cette mesure punitive a elle aussi disparu. (trad. ysc)
