Poutine compte «mettre l’Ukraine à genoux cet hiver»
Selon le colonel Markus Reisner, expert militaire autrichien, la Russie se prépare à mettre l’Ukraine sous pression cet hiver en lançant des frappes aériennes massives. Vladimir Poutine compte «mettre l’Ukraine à genoux cet hiver», a déclaré Reisner à l’agence de presse autrichienne APA.
Malgré les efforts de médiation des Etats-Unis, Reisner affirme ne voir «aucun signe d’ouverture du côté russe»:
Après la récente visite à Moscou du directeur de la CIA John Ratcliffe, la Russie a considérablement intensifié ses frappes aériennes contre l’Ukraine. «C’est en quelque sorte la réponse de Poutine à l’initiative américaine», a déclaré Reisner. Il cite également en exemple les attaques russes contre des aéroports situés aux alentours de Kiev.
En revanche, Reisner ne prévoit pas, dans l’immédiat, d’évolution majeure sur le front, qu’il estime «plus ou moins figé». Selon lui, il ne faut donc «pas s’attendre à de grands bouleversements» sur le plan «tactico-opérationnel». La situation pourrait toutefois évoluer si la Russie mobilisait des forces supplémentaires après les élections à la Douma.
Le talon d’Achille de l’Ukraine
Reisner porte un autre regard sur la situation au niveau stratégique. La Russie cible les stations-service et l’approvisionnement énergétique de l’Ukraine. «C’est là que Poutine concentre ses efforts. Il pense pouvoir profiter de cet hiver pour mettre l’Ukraine à genoux.»
L'expert autrichien pointe une faiblesse bien précise de la défense aérienne ukrainienne. Les missiles Patriot sont «indispensables pour se défendre contre les missiles balistiques et les missiles de croisière». Dans la nuit de lundi à mardi, l’Ukraine n’aurait réussi à abattre que la moitié des quelque 60 missiles russes. Et le spécialiste d'asséner:
Selon Reisner, les Etats-Unis ont «utilisé environ les deux tiers de leurs stocks de missiles Patriot» pendant la guerre contre l’Iran. Il précise toutefois: «Les Etats-Unis pourraient bien sûr encore en livrer, et d’autres pays en ont également à disposition.»
Reisner qualifie d’«échec absolu» le fait que les pays européens n’aient pas réussi à augmenter leur production de systèmes de défense antiaérienne. Dans le même temps, les Etats-Unis «appliquent deux poids, deux mesures». D’un côté, ils fournissent à l’Ukraine des renseignements pour mener des frappes à longue portée. De l’autre, ils refusent de lui livrer des missiles Patriot, «afin de laisser aux Russes des moyens de pression».
Reisner juge globalement positive la perspective de produire des missiles Patriot sous licence en Ukraine. Mais cette production ne pourrait commencer qu’au printemps ou à l’été 2027. «C’est là toute la question: que va-t-il se passer d’ici là? Si les Etats-Unis étaient vraiment sérieux, ils permettraient aussi aux Ukrainiens de disposer d’un certain nombre de missiles dans les mois à venir, afin de tenir jusque-là.»
Selon lui, la demande du président Volodymyr Zelensky, qui réclame 300 missiles, est «tout à fait réaliste».
Des nouvelles bases de drones en Russie
Pendant ce temps, la Russie aurait encore accru sa production de missiles de croisière et de missiles balistiques. «L’an dernier, le rythme de production était d’environ 130 à 150 unités, contre 200 aujourd’hui», a déclaré Reisner. La Russie utilise en outre des missiles nord-coréens, notamment de type KN-23.
Reisner juge également préoccupante pour l’Ukraine l’évolution des drones russes. Les Geran-2 utilisés jusqu’ici par le Kremlin étaient plus faciles à abattre en raison de leur vitesse relativement faible. Des modèles plus récents, comme le Geran-5, peuvent en revanche atteindre 600 km/h. «Cela rend leur interception extrêmement difficile pour l’Ukraine.»
Les images satellite montrent par ailleurs de nombreuses nouvelles bases de lancement de drones dans les territoires ukrainiens occupés ainsi que dans les régions russes frontalières. Ces installations sont «massivement» développées «en prévision de l’offensive hivernale». Selon Reisner, ces nouvelles rampes de lancement montrent que les Russes comptent encore intensifier fortement leur guerre aérienne dans les prochains mois.
Vers une multiplication des actes de sabotage
Parallèlement, Reisner s’attend à de nouvelles attaques hybrides contre l’Europe. La Russie chercherait à profiter de l’hiver pour frapper les infrastructures critiques de l’Ukraine tout en déstabilisant l’opinion publique en Europe. L’objectif serait d’amener les gouvernements européens à cesser de soutenir l’Ukraine.
Reisner s’attend également à une recrudescence des actes de sabotage. Il cite notamment les colis piégés expédiés de Lituanie en 2024, ainsi que la tentative de mettre hors service trois bâtiments de la marine allemande. Des attaques russes de portée limitée contre les pays baltes sont également «tout à fait envisageables». Reisner estime que l’Europe doit se préparer à de nouvelles escalades. (trad.: mrs)

