Voici comment l'Europe pourrait frapper efficacement la Russie
Les Etats européens membres de l'OTAN ont renforcé leur défense. Il leur manque toutefois la capacité, sans l'aide des Etats-Unis, de frapper la Russie dans la durée.
Telle est la conclusion des politologues Margaryta Khvostova et Amelia Hadfield de l'université britannique de Surrey. Leur analyse a été publiée mardi 25 août par le groupe de réflexion Center for European Policy Analysis (CEPA).
Que devrait faire l'Europe?
Margaryta Khvostova et Amelia Hadfield ne plaident pas pour une guerre d'agression européenne. Elles décrivent, en revanche, la manière dont l'Europe pourrait réagir à une attaque russe et empêcher Moscou d'obtenir un succès militaire rapide.
Pour cela, l'Otan ne devrait pas se limiter à la défense de ses frontières. Les forces armées européennes devraient également être en mesure de frapper les troupes russes avec des attaques de moyenne et longue distance. Objectif: détruire le matériel des soldats sur le front, réduire leurs effectifs et perturber la préparation de nouvelles attaques.
Les politologues se réfèrent aux propos du chef d'état-major de l'armée britannique, Roly Walker. En juin, il déclarait que l'Allied Rapid Reaction Corps, sous commandement britannique, devrait être capable de réaliser ce que les unités ukrainiennes accomplissent aujourd'hui: affaiblir les forces russes par des frappes répétées, puis s'attaquer à leurs faiblesses.
Le Royaume-Uni souhaite donc déployer plus de systèmes télécommandés et autonomes sur le flanc est de l'Otan au cours de l'année à venir. Ils devraient pouvoir être opérationnels en moins de 30 minutes.
La stratégie inclut également des frappes en Russie. Selon une analyse de l'International Institute for Strategic Studies citée par Margaryta Khvostova et Amelia Hadfield, les armes à longue portée, la défense antiaérienne et les centres de commandement russes devraient être ciblés.
L'Europe doit gagner du temps
En 2026, sans la protection et les capacités militaires des Etats-Unis, les gouvernements européens doivent avant tout éviter une escalade, en ayant notamment recours à la politique.
Certes, les pays européens membres de l'Otan disposent de suffisamment d'effectifs et d'armes pour faire face à une éventuelle offensive russe. Sans les Etats-Unis cependant, ils ne pourraient pas garantir durablement la supériorité aérienne. Il serait également difficile de s'aligner à la puissance américaine en matière de renseignement, de cyberopérations et de frappes à longue portée.
L'Europe devrait donc combattre différemment. Comment? Premièrement, en empêchant une percée russe. Ensuite, en faisant valoir sa puissance économique et industrielle, symbole de sa capacité de résistance à long terme. En effet, d'après les deux chercheuses, l'Europe a intérêt à être plus endurante que la Russie.
Rappelons toutefois que les Etats européens mettent déjà en œuvre une partie de cette stratégie. La France, par exemple, a commandé 5000 drones militaires. L'Allemagne s'entraîne, quant à elle, à disperser des avions de chasse sur des aéroports civils afin qu'ils ne puissent pas être neutralisés. Enfin, la Pologne met en place une défense antidrone le long de sa frontière orientale.
Un problème persiste
Margaryta Khvostova et Amelia Hadfield estiment néanmoins que le réel problème n'est pas le nombre d'armes à disposition, mais le fait que les systèmes nationaux européens doivent être interconnectés pour être efficaces.
Prenons l'exemple des avions de reconnaissance suédois. Ces derniers devraient pouvoir fournir des cibles à des unités de missiles polonaises ou norvégiennes. Des canaux de communication communs, des munitions suffisantes, une logistique efficace ainsi que des règles politiques permettraient de prendre des décisions rapides en cas d'urgence.
En l'absence d'une telle coordination, l'Europe disposerait, certes, d'armes modernes, mais pas d'une force capable de réellement frapper la Russie sans aide américaine. Elle risquerait également de ne pas réussir à tenir bon si la guerre venait à se prolonger.
(dsc/t-online)

