Cette île pourrait jouer un rôle décisif contre Moscou
Au premier regard, Gotland a tout d’une île paisible. Ses ruelles médiévales et sa côte longue et plate lui confèrent un charme particulier. Mais aux yeux de l’Otan, elle est devenue un point stratégique majeur en mer Baltique, notamment parce qu’elle se situe à seulement 300 kilomètres au nord de l’enclave russe très militarisée de Kaliningrad (ci-dessous).
C’est pourquoi la Suède, à laquelle appartient l’île, la transforme depuis plusieurs années en une véritable forteresse capable de résister à une éventuelle attaque russe. Le tout avec le soutien des alliés de l'Alliance.
Sur Gotland, il n’est toutefois plus seulement question de se protéger contre des attaques classiques. Depuis plusieurs mois, les autorités et les services de sécurité observent une série de «menaces hybrides»: des dommages à des infrastructures critiques, un câble sous-marin endommagé ainsi que des perturbations des communications radio qui ont temporairement paralysé le trafic aérien et les services de secours.
La situation préoccupe l’Otan. On en veut pour preuve le vaste exercice militaire organisé la semaine dernière. Environ 18 000 soldats issus de 13 pays se sont entraînés à défendre l'île contre une éventuelle attaque. Il s’agissait du premier entraînement de cette ampleur sur Gotland depuis l’adhésion de la Suède à l’Alliance atlantique en 2024.
Devenue une véritable forteresse
Dans un entretien accordé au magazine Politico, l’expert suédois Niklas Granholm décrit Gotland comme la pièce maîtresse de la défense régionale. Depuis ce petit territoire, des avions de combat peuvent rallier n’importe quelle capitale des pays baltes en quelques minutes. Il permet également de surveiller les principales voies maritimes par lesquelles les Etats membres de l’Otan achemineraient renforts et approvisionnements en cas de crise.
Pour l’Alliance, le scénario est clair: si la Russie parvenait à prendre le contrôle de l’île et à y déployer des systèmes de défense aérienne, il deviendrait beaucoup plus difficile pour l’Otan de soutenir ses membres baltes par voie aérienne ou maritime en cas d’agression russe. A l’inverse, tant que l’Otan contrôle Gotland, elle peut grandement contenir la liberté de manœuvre de la marine russe dans la zone.
C’est pour cette raison que Stockholm y renforce massivement ses capacités militaires, à l'inverse de ce qu'on avait observé après la fin de la guerre froide. Depuis le début de l’invasion en Ukraine, le gouvernement suédois a rétropédalé. Il a déjà investi plus de 200 millions d’euros dans de nouvelles infrastructures, selon Politico. L’armée a réactivé des positions de défense aérienne et reconstitué un régiment blindé sur Gotland.
Bientôt des systèmes Iris-T
Toujours selon le média en ligne, le commandant du régiment de Gotland, Andreas Gustafsson, a annoncé en marge de l’exercice de l’Otan que les effectifs allaient encore être agrandis. Des unités devraient prochainement s’ajouter aux quelque 4500 soldats actuellement stationnés sur place. L'armée souhaite également disposer de systèmes d’artillerie supplémentaires, dotés d’une plus grande portée. Dès 2028, des systèmes modernes de défense aérienne Iris-T devraient aussi être déployés.
Car la menace ne se limite plus aux attaques militaires conventionnelles. Depuis plusieurs mois, autorités et services de renseignement surveillent une série de ce qu'ils qualifient de «menaces hybrides»: atteintes à des infrastructures critiques, détérioration d’un câble sous-marin et perturbations des communications radio ayant temporairement interrompu le trafic aérien ainsi que l’activité des services de secours.
Le chef d’état-major suédois, Michael Claesson y voit un schéma classique des opérations d’influence russes. Selon Politico, l’exercice militaire visait également à identifier les failles de sécurité et à les corriger. Stockholm entend ainsi éviter que Gotland ne tombe rapidement aux mains de la Russie en cas d’attaque.
(Traduit de l'allemand par Valentine Zenker)

