Pourquoi le prix des F-35 pourrait s'envoler encore plus haut
Au départ, l’acquisition de 36 avions de combat F-35 devait coûter 6 milliards de francs à la Suisse. Les Etats-Unis ont ensuite réclamé un milliard supplémentaire, invoquant l’inflation, la hausse du prix des matières premières et d’autres coûts.
Le Conseil fédéral s’est alors vu contraint de réduire le nombre d’appareils de 36 à 30 afin de rester dans le cadre des 6 milliards de francs approuvés par la population lors de la votation du 20 décembre 2019.
Mais avec le programme d’armement 2026, le Conseil fédéral demande désormais un crédit supplémentaire de 395 millions de francs.
Son objectif est d’utiliser pleinement l’enveloppe financière approuvée par le peuple: les 6,035 milliards de francs de l’époque. Qui, en prenant en compte l’inflation, représentent aujourd'hui environ 6,4 milliards de francs.
Près d'un demi-million de surcoût?
Et de nouveaux indices laissent penser que le coût des 30 F-35A destinés à la Suisse pourraient encore renchérir. C’est ce que suggère le programme d’acquisition de 85 nouveaux F-35 inscrit par le Département américain de la Défense dans son budget 2027. Selon Defense News, une publication spécialisée dans les questions de défense et d’armement, 21,4 milliards de dollars y sont consacrés.
Aujourd’hui, si l’on rapporte les 6,4 milliards de francs au nombre d’appareils, la Suisse paie environ 213 millions de francs par F-35A.
Or, dans le budget américain 2027, un F-35A revient à environ 228 millions de francs après conversion. Chaque appareil coûte donc 15 millions de francs de plus aux Etats-Unis. Rapporté aux 30 avions suisses, cela représenterait 450 millions de francs supplémentaires.
Les 85 avions de combat mentionnés par le Département américain de la Défense pour 2027 comprennent 38 F-35A, la version achetée par la Suisse. S’y ajoutent 37 F-35C destinés à la marine. Cette variante, conçue spécialement pour les porte-avions, est équipée d’ailes repliables plus grandes et d’un train d’atterrissage considérablement renforcé. Elle coûte 19,6 millions de dollars de plus par appareil que le F-35A.
La commande comprend également 10 F-35B destinés au Corps des Marines. Cette version peut décoller verticalement et atterrir sur des pistes très courtes. Elle coûte 26,5 millions de dollars de plus qu’un F-35A.
Pas aussi simple que cela
Si l’on retranche le surcoût de ces deux versions spécialisées et que l’on applique un taux de change de 0,95 franc, on obtient un prix unitaire de 228 millions de francs pour un F-35A américain. L’Office fédéral de l’armement (Armasuisse) a confirmé que la Suisse avait calculé l’achat de ses F-35A sur la base d’un taux de change de 0,95 franc pour un dollar.
Interrogé sur ces calculs, Armasuisse souligne qu’il n’est pas possible de déduire automatiquement le prix unitaire des F-35A destinés à la Suisse à partir des 21,4 milliards de dollars prévus pour le programme F-35 dans le budget américain 2027. La porte-parole Lea Ryf explique:
La disponibilité, un autre point noir
Selon Defense News, le taux de disponibilité opérationnelle du F-35 est insatisfaisant depuis un certain temps. En 2024, il n’aurait atteint que 50%. Moins de la moitié des appareils étaient opérationnels à un moment donné, affirme le média spécialisé. La flotte restait ainsi nettement en dessous de l’objectif fixé à 65% de disponibilité.
Avec son projet de budget pour 2027, le Département américain de la Défense entend améliorer sensiblement la disponibilité du F-35.
Jules Horst, responsable du budget du Pentagone, a déclaré à des journalistes que le programme F-35 avait été «sous-financé dans le cadre du budget» ces dernières années. On ignore toutefois si cette faible disponibilité opérationnelle et ce sous-financement auront également des conséquences pour la Suisse.
Lockheed Martin travaille par ailleurs intensivement à la réduction des coûts du F-35. Le groupe analyse avec ses fournisseurs les facteurs qui contribuent à renchérir l’appareil.
Armasuisse rappelle, de son côté, que le nombre exact de F-35 que la Suisse pourra acquérir ne sera connu qu’une fois les négociations contractuelles entre le gouvernement américain et les fournisseurs terminées. Lea Ryf résume la position de l’office:
(btr/az)
