Voici le plan du plus haut général de l’Otan en cas d'attaque russe
Le commandant suprême militaire de l’Otan, Alexus Grynkewich, a présenté, lundi, pour la première fois un concept de défense contre une attaque visant des Etats membres de l’alliance. Il y a exposé comment les 32 nations réagiraient à une agression, et a fait comprendre que l’Otan se battrait même si les forces armées américaines étaient engagées ailleurs.
«Notre alliance sert à préserver la paix», a souligné Alexus Grynkewich lors d’un forum sur la sécurité à Varsovie, en Pologne. Il ne doit toutefois y avoir aucun doute, a-t-il poursuivi:
La préparation opérationnelle exige toutefois de se préparer à tout ce qui est possible, et pas seulement à ce qui est probable.
La crainte grandissante d'une attaque de la Russie
Il a justifié la décision inhabituelle de rendre ce projet public par la situation tendue que connaît actuellement l'Europe:
Il veut, cependant, assurer aux citoyens «que nous avons la situation bien en main». Son message s’adresse aussi à ceux «qui envisagent de nous nuire».
Le général quatre étoiles américain n’a pas mentionné la Russie une seule fois pendant sa présentation, qui a duré 15 minutes. Il a parlé tout du long de «notre adversaire». Mais, plus de quatre ans après le début de la guerre en Ukraine, la trajectoire du chef du Kremlin, Vladimir Poutine, est jugée extrêmement préoccupante par les experts en sécurité. Les services de renseignement occidentaux partaient dernièrement du principe que la Russie pourrait être militairement en mesure de déclencher une nouvelle guerre en 2030 au plus tard.
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La Pologne, pays membre de l’Otan, fortifie actuellement sa frontière avec l’exclave russe de Kaliningrad avec le soutien de l’armée allemande. Varsovie observe aussi avec inquiétude la multiplication récente des attaques de drones russes sur le territoire ukrainien, directement à la frontière avec le reste de l'Europe.
Un plan en trois étapes vers la victoire
Les réflexions du commandant suprême, baptisées «Theory of Victory» (Théorie de la victoire), prévoient de vaincre militairement un éventuel agresseur en trois étapes.
Selon ce plan, les forces armées alliées doivent d’abord stopper l’attaque («Block»). Si l’adversaire continue de se battre, la force de son assaut serait alors brisée et toute nouvelle avancée empêchée («Blunt»). Si cela ne suffit pas non plus, les troupes adverses et l’ensemble du système militaire qui les soutient et les dirige doivent être écrasés («Break»).
L’Otan travaille sur la «Theory of Victory» depuis déjà plusieurs années, a affirmé Alexus Grynkewich.
Une défense préparée bien en amont
Comme l’a expliqué Alexus Grynkewich, la défense du territoire de l’Otan doit commencer avant même le premier tir de l’adversaire. Grâce aux services de renseignement, aux données issues de différents systèmes de reconnaissance et à leur exploitation, l’Otan doit détecter à un stade précoce les attaques imminentes. Cela donnerait à l’alliance le temps d’évaluer les intentions de l’adversaire et de positionner à temps ses propres forces armées.
Le général américain part donc du principe que l’Otan ne devrait guère être surprise par une attaque. Dans le même temps, un agresseur potentiel doit comprendre qu’il n’a aucune chance de faire plier l’alliance par une rapide escarmouche.
En cas de conflit, selon Alexus Grynkewich, ce sont surtout les troupes terrestres de l’Otan stationnées en première ligne qui doivent arrêter la première attaque, immobiliser et combattre les formations ennemies. Parallèlement, l’armée de l’air et la marine, avec le soutien des pôles espace et cyberespace, établiraient le plus vite possible la supériorité militaire de l'alliance dans les airs et en mer.
En cas d’attaques persistantes, des capteurs ultramodernes, des systèmes d’armes autonomes et des opérations étroitement coordonnées dans différents domaines militaires doivent faire en sorte que l’adversaire ne puisse ni avancer davantage ni reprendre l’initiative.
Se tenir prêt à l'escalade militaire
Si l’adversaire continue malgré tout d’attaquer ou engage des troupes supplémentaires, le commandant suprême de l’Otan prévoit de paralyser de manière ciblée son appareil militaire.
Il s'agirait ainsi d'interrompre ses voies de ravitaillement et d’approvisionnement, de neutraliser ses systèmes de commandement et de rendre ses unités attaquantes incapables de combattre. Serait employée une combinaison d’armes de haute précision et de grandes quantités de systèmes moins coûteux, utilisables en masse.
Il s’agit donc d’investir notamment dans des armes de précision à longue portée, des réseaux de capteurs et une infrastructure numérique pour la guerre en réseau. Alexus Grynkewich y trace une limite explicite. L’objectif n’est pas la défaite stratégique de l’adversaire, mais exclusivement la défaite militaire des forces qui attaquent l’alliance, a expliqué le commandant.
Alexus Grynkewich a aussi fait allusion à une disposition à la dissuasion et à l’escalade nucléaires. En ce sens, l’alliance pourrait «produire un effet massif» et «opposer une réponse proportionnée à chaque échelon d’escalade franchi par l’ennemi». Il a ensuite assuré:
La position ambivalente des Etats-Unis
Questionné sur la prise en compte, dans ce plan, d’un scénario dans lequel les Etats-Unis seraient engagés ailleurs, Alexus Grynkewich a répondu:
Sous Donald Trump, président des Etats-Unis, l’Amérique a réorienté ses priorités militaires vers d’autres régions comme l’Indo-Pacifique, la sécurité intérieure et l’hémisphère occidental. Matthew Whitaker, ambassadeur des Etats-Unis auprès de l’Otan, a confirmé lundi à Varsovie, selon un article de Politico, que l’Europe n’occupait que la quatrième place des priorités stratégiques de Washington.
Le Pentagone a déjà réduit ses contributions aux forces de crise de l’Otan. D’ici la fin de l’année, le ministère entend présenter un examen des forces armées américaines en Europe. (trad. ysc)

