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Cessez de dire aux filles de sourire, elles ont mieux à faire!



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Natalie Coulter / the conversation

Un article de The Conversation

Les filles sont constamment invitées à sourire, que ce soit par des t-shirts sur lesquels on peut lire: «tout le monde aime une fille heureuse» ou encore par des hommes qui les sifflent sur la rue et leur disent de sourire.

Audrey Hepburn a déclaré un jour que «les filles heureuses sont les plus belles filles». Cette citation est récupérée aujourd'hui par le mouvement post-féministe pour créer des t-shirts, des taies d'oreiller et de la papeterie.

Mais sous le couvercle de cette pression sur les femmes d'être perçues comme insouciantes et heureuses, quelque chose de beaucoup plus dérangeant mijote.

Depuis 15 ans, j'étudie les expériences des jeunes filles, en particulier des préadolescentes de 8 à 12 ans, en matière de culture de consommation. La pression exercée sur elles pour qu'elles soient amusantes, heureuses et souriantes en dit long sur les attentes culturelles projetées sur les filles et la jeunesse.

Plaisir perpétuel?

Cette attente constante voulant que les filles doivent toujours être souriantes les «dépolitise» et les positionne comme des êtres dociles. Le «plaisir» agit ainsi comme une distraction par rapport à des questions politiques plus profondes, décourageant les filles de porter attention à l'exploitation et à la violence auxquelles elles sont confrontées dans le monde entier.

C'est comme si attirer l'attention sur la myriade de problèmes sociaux et politiques auxquels les filles sont confrontées, comme la crise climatique ou le sort des filles et femmes autochtones disparues et assassinées, risquerait de perturber le bonheur et le plaisir liés à la vie de jeune fille.

L'universitaire féministe Sara Ahmed écrit que le bonheur est promis à ceux qui s'engagent à vivre leur vie d'une manière incontestable qui ne bouleverse pas le statu quo. Remettre en question le statu quo en attirant l'attention sur ces questions perturbe cet idéal.

Si tout le monde aime une fille heureuse, comme le dit le t-shirt, alors les filles malheureuses ne peuvent pas être aimées : c'est un avertissement clair aux filles pour qu'elles maintiennent leur bonheur, sinon elles risquent d'être «psychologiquement et esthétiquement peu attrayantes».

On peut s'amuser avec les autres, mais à la base, il faut faire un effort individuel et être responsable de son propre plaisir. L'appel au sourire n'invite pas à célébrer la résolution des structures misogynes et patriarcales, qui sont souvent à l'origine du malheur.

Le bonheur et le plaisir sont des formes de féminisme populaire qui présentent l'égalité des sexes comme une émancipation individuelle éclipsant une critique structurelle féministe. Le malheur s'écarte du scénario post-féministe dans lequel les femmes - qui sont responsables de leur propre bonheur et de leur émancipation - doivent penser positivement et être inspirées pour faire des changements. L'accent est mis sur les actions individuelles plutôt que sur la conscience collective.

Ces exigences morales de bonheur et de plaisir individuels sapent la citoyenneté et les engagements envers la communauté.

Leadership des filles

L'appel au bonheur et à l'amusement permet aux structures et institutions patriarcales de se libérer des injustices, du malheur et des souffrances des filles du monde entier, et fait reposer sur les épaules des filles la responsabilité de leur propre bonheur. Mais les filles ne s'y plient plus, y compris Greta Thunberg, qui a brillamment rétorqué aux paroles de Trump.

Un mouvement mondial de jeunes dirigé par des filles - comme les militantes pour l'eau Autumn Peltier et Mari Copeny, la militante pour l'éducation Malala Yousufzai et la militante pour le climat Vanessa Nakate - s'oppose à ces récits. Elles luttent contre les changements climatiques et plaident pour le changement social en utilisant toute une gamme complexe d'émotions, dont le bonheur et le plaisir.

Ces filles refusent d'être discréditées par les critiques misogynes leur disant de «sourire davantage».

Cet article a été publié initialement sur The Conversation. Cliquez ici pour lire l'article original

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