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Cette usine française critique pour l'Ukraine est en difficulté

Un employé se promène dans l'atelier des Forges de Tarbes, qui produit des obus de 155mm utilisés par les forces armées ukrainiennes. L'avenir de l'usine est incertain.
Un employé se promène dans l'atelier des Forges de Tarbes, qui produit des obus de 155mm utilisés par les forces armées ukrainiennes. L'avenir de l'usine est incertain.Image: LIONEL BONAVENTURE / AFP

«La situation pourrie» de cette usine française risque de nuire à l'Ukraine

L’avenir des Forges de Tarbes, seul site français capable de produire des fûts d’obus de 155mm employés en Ukraine, est menacé par les difficultés financières de son propriétaire, suscitant l’inquiétude des salariés et des élus.
24.10.2026, 19:1224.10.2026, 19:12
Eloi ROUYER, Toulouse, France / AFP

L'inquiétude monte autour de l'avenir des Forges de Tarbes, seule usine française encore capable de produire des fûts d'obus de 155mm, notamment utilisés par les forces ukrainiennes, alors que son propriétaire rencontre d'importantes difficultés financières.

La députée Sylvie Ferrer (LFI, gauche radicale), élue des Hautes-Pyrénées (sud-ouest), résume:

«On est dans une dégringolade qui est très, très inquiétante»

Des employés désemparés

Le site industriel, l'un des derniers vestiges de l'ancien arsenal de Tarbes (sud-ouest), emploie actuellement une soixantaine de salariés produisant les fûts d'obus notamment utilisés par les dizaines de canons Caesar fournis par la France à l'Ukraine.

En 2023, le groupe Europlasma, propriétaire du site depuis deux ans, promettait une modernisation de cette usine vieillissante pour augmenter les cadences et atteindre les 15 000 obus produits par mois en 2025. Sylvie Ferrer affirme:

«Là, je crois que pour fin novembre, ils finissent de produire 30 000 corps d'obus (réd: prévus pour l'année 2026) et ensuite, c'est l'inconnu.»

Dans une lettre ouverte rendue publique début octobre, les salariés confient leur désespoir: «nous avons le sentiment de ne pas être soutenus, ni entendus», affirment-ils, demandant «solennellement l'intervention de l'Etat».

Sylvie Ferrer.
Sylvie Ferrer.Image: LAURENT DARD / AFP

Ils expliquent n'avoir jamais vu venir les investissements promis et déplorent l'absence de communication de la direction.

Un sentiment d'amertume qui empire

L'actualité du groupe a également fait grandir leur inquiétude, deux autres sites d'Europlasma, Fonderie de Bretagne (ouest) et le métallurgiste Valdunes (nord), étant pour l'un en liquidation judiciaire et pour l'autre en quête d'un repreneur.

José Navarro, syndicaliste CGT dans les Hautes-Pyrénées, qui s'exprime pour les représentants actuels de son syndicat dans l'usine, réticents à prendre la parole après les poursuites judiciaires engagées par la direction contre deux de leurs prédécesseurs, affirme:

«On est dans une situation où on est en état virtuel de cessation de paiement. On va vers une saisine du tribunal de commerce et un redressement judiciaire des Forges de Tarbes.»

Déplorant l'absence d'écoute gouvernementale alors que «ça fait des semaines et des mois que la situation est pourrie», José Navarro raconte:

«Les salariés sont particulièrement amers»

Interrogés, les ministères de l'industrie et des armées n'ont pas donné suite. Et l'amertume des salariés a été encore avivée la semaine passée lorsque l'information d'un signalement au parquet de la situation de l'usine par la Direction générale de l'Armement (DGA) a été rendue publique.

Sollicitée, la DGA, dont des représentants se sont rendus sur site mi-octobre, explique avoir saisi la procureure de Tarbes pour «lui signaler des décisions de gestion récentes de l'entreprise qui semblent avoir précipité la dégradation rapide» de sa situation financière.

Europlasma se «tient naturellement à la disposition des autorités compétentes», a affirmé vendredi le groupe, dans un communiqué.

Enquête parlementaire

Le groupe, initialement spécialisé dans le secteur de la dépollution, a largement creusé ses pertes en 2025, selon ses derniers résultats annuels publiés en juin, reconnaissant des «tensions de trésorerie» en raison notamment du «caractère déficitaire de la majorité de ses activités».

Il a annoncé en avril sa volonté de céder ses activités de défense et être en discussion avec «un industriel français», mais, huit mois plus tard, aucune annonce n'est venue confirmer ces premières informations.

Carole Delga.
Carole Delga.Image: Imago

Les dirigeants du groupe ont aussi été auditionnés dans le cadre d'une enquête parlementaire sur la «prédation des capacités productives par les fonds spéculatifs».

La présidente socialiste de la région Occitanie, Carole Delga, appelle le gouvernement à agir et dénonce:

«Il n'est pas acceptable qu'une usine aussi stratégique pour la défense nationale mais aussi européenne soit soumise à tant d'incertitudes.»

«Les investissements doivent être faits pour maintenir le site en bon fonctionnement», ajoute-t-elle, alors que la préfecture des Hautes-Pyrénées a pris, le 9 octobre, un arrêté demandant la mise en conformité de certains équipements de l'usine d'ici fin décembre, faute de quoi leur mise à l'arrêt sera ordonnée.

D'autres élus vont plus loin et accusent Europlasma de «fraude», comme le député LFI Aurélien Saintoul, membre de la Commission de la défense de l'Assemblée. Interrogée, la direction d'Europlasma n'a pas répondu aux sollicitations.

Aurélien Saintoul.
Aurélien Saintoul.Image: XAVIER GALIANA / AFP

Etant donné l'urgence de la situation sur les sites du groupe, a précisé Aurélien Saintoul, le groupe LFI entend déposer à l'Assemblée un amendement demandant sa nationalisation.

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