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Le Vatican rouvre ses mus

Une peinture de la Chapelle Sixtine. Image: sda

Découvrez tout le texte du Vatican sur le mariage homosexuel

C’est un document qui répond à un «besoin de clarification» sur un «sujet controversé». Watson le publie en intégralité pour que vous vous fassiez votre propre opinion. Il est en deux parties: la première est une «note explicative», la deuxième un «commentaire» sur ladite note.



Le texte a été reproduit dans son intégralité. Les parties en italique sont les mêmes que dans le texte original. Les parties en gras sont un choix de Watson et ne figurent pas telles quelles dans la version de base. A noter aussi que les notes de bas de page ont été supprimées mais peuvent être retrouvées en cliquant, en bas d’article, sur le lien qui renvoie vers le service de presse du Vatican.

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Image: press.vatican.va

Responsum (réd: réponse) de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi à un dubium (réd: doute) au sujet de la bénédiction des unions de personnes du même sexe.

Question: L’Eglise dispose-t-elle du pouvoir de bénir des unions de personnes du même sexe? Réponse: Non.

Note explicative

Dans certains milieux ecclésiaux se diffusent aujourd’hui des projets et des propositions de bénédictions pour les unions entre personnes du même sexe.

Il n’est pas rare que de tels projets soient motivés par une volonté sincère d’accueil et d’accompagnement des personnes homosexuelles, auxquelles sont proposés des cheminements de croissance dans la foi, «afin que ceux qui manifestent une tendance homosexuelle puissent bénéficier de l’aide nécessaire pour comprendre et réaliser pleinement la volonté de Dieu dans leur vie».

Dans ces cheminements, l’écoute de la parole de Dieu, la prière, la participation aux actions liturgiques ecclésiales et l’exercice de la charité peuvent jouer un rôle important en soutenant l’engagement à lire sa propre histoire et à adhérer à son propre appel baptismal de façon libre et responsable, car «Dieu aime chaque personne et l’Église fait de même», refusant toute discrimination injuste.

Parmi les actions liturgiques de l’Église, une importance particulière revient aux sacramentaux, «signes sacrés par lesquels, selon une certaine imitation des sacrements, des effets surtout spirituels sont signifiés et sont obtenus grâce à l’intercession de l’Église. Par eux, les hommes sont disposés à recevoir l’effet principal des sacrements, et les diverses circonstances de la vie sont sanctifiées».

Le Catéchisme de l’Eglise catholique précise, ensuite, que «les sacramentaux ne confèrent pas la grâce de l’Esprit saint à la manière des sacrements, mais par la prière de l’Eglise ils préparent à recevoir la grâce et disposent à y coopérer». Au genre des sacramentaux appartiennent les bénédictions, par lesquelles l’Eglise «appelle les hommes à louer Dieu, les invite à demander sa protection, les exhorte à mériter, avec la sainteté de leur vie, sa miséricorde».

En outre, «instituées en quelque sorte à l’imitation des sacrements, elles se rapportent toujours et principalement à des effets spirituels, qu’elles obtiennent par l’imploration de l’Eglise».

Par conséquent, pour être cohérent avec la nature des sacramentaux, lorsqu’une bénédiction est invoquée sur certaines relations humaines, il est nécessaire – outre l’intention droite de ceux qui y participent – que ce qui est béni soit objectivement et positivement ordonné à recevoir et à exprimer la grâce, en fonction des desseins de Dieu inscrits dans la Création et pleinement révélés par le Christ Seigneur.

Seules les réalités qui sont en elles-mêmes ordonnées à servir ces plans sont donc compatibles avec l’essence de la bénédiction donnée par l’Eglise. Pour cette raison, il n’est pas licite de donner une bénédiction aux relations ou partenariats, même stables, qui impliquent une pratique sexuelle hors mariage (c’est-à-dire hors de l'union indissoluble d’un homme et d’une femme ouverte en soi à la transmission de la vie), comme c’est le cas des unions entre personnes du même sexe.

La présence dans ces relations d'éléments positifs, qui en eux-mêmes doivent être appréciés et valorisés, n'est cependant pas de nature à les justifier et à les rendre ainsi légitimement susceptibles d’une bénédiction ecclésiale, puisque ces éléments se trouvent au service d’une union non ordonnée au dessein du Créateur.

En outre, les bénédictions sur les personnes étant liées aux sacrements, la bénédiction des unions homosexuelles ne peut être considérée comme licite, car elle constituerait en quelque sorte une imitation ou un renvoi analogique à la bénédiction nuptiale invoquée sur l’homme et la femme qui s’unissent dans le sacrement de mariage, étant donné qu’«il n’y a aucun fondement pour assimiler ou établir des analogies, même lointaines, entre les unions homosexuelles et le dessein de Dieu sur le mariage et la famille».

La déclaration de l'illicéité des bénédictions des unions entre personnes du même sexe n’est donc pas, et ne souhaite pas être une discrimination injuste, mais plutôt rappeler la vérité du rite liturgique et de ce qui correspond profondément à l'essence des sacramentaux, tels que l’Eglise les comprend.

La communauté chrétienne et les Pasteurs sont appelés à accueillir avec respect et délicatesse les personnes à tendance homosexuelle, et sauront trouver les moyens les plus appropriés, en accord avec l’enseignement de l’Eglise, pour leur annoncer la plénitude de l’Evangile.

Que ces personnes, en même temps, reconnaissent la proximité sincère de l’Eglise – qui prie pour eux, les accompagne et partage leur cheminement de foi chrétienne – et en accueillent les enseignements avec une sincère disponibilité.

La réponse à la proposition de dubium n’exclut pas l'octroi de bénédictions individuelles aux personnes à tendance homosexuelle qui manifestent le désir de vivre en fidélité aux desseins révélés de Dieu, comme le propose l'enseignement de l’Église, mais elle déclare illicite toute forme de bénédiction qui tend à reconnaître leurs unions.

Dans ce cas, en effet, la bénédiction manifesterait l’intention non pas de confier à la protection et à l’aide de Dieu certaines personnes individuelles, dans le sens mentionné ci-dessus, mais d’approuver et d’encourager un choix et une pratique de vie qui ne peuvent être reconnus comme étant objectivement ordonnés aux desseins révélés de Dieu.

En même temps, l’Eglise rappelle que Dieu lui-même ne cesse de bénir chacun de ses enfants en pèlerinage dans ce monde, car pour Lui «nous sommes plus importants que tous les péchés que nous pouvons commettre».

Mais Il ne bénit pas et ne peut pas bénir le péché: Il bénit l’homme pécheur, afin que celui-ci reconnaisse qu’il fait partie de son dessein d'amour et se laisse changer par Lui. Car Il «nous prend comme nous sommes, mais ne nous laisse jamais comme nous sommes».

Pour les motifs ci-dessus mentionnés, l’Eglise ne dispose pas, ni ne peut disposer, du pouvoir de bénir les unions de personnes de même sexe dans le sens ci-dessus indiqué.

Le Souverain Pontife François, au cours d'une audience accordée au Secrétaire de cette Congrégation, a été informé du Responsum ad dubium susmentionné, avec la Note explicative annexe, et a consenti à leur publication.

Donné à Rome, au siège de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, le 22 février 2021, Fête de la Chaire de Saint-Pierre, Apôtre.

Commentaire

La présente intervention de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi est une réponse à une question – en termes classiques, à un dubium – soulevée, comme c’est normalement le cas, par des pasteurs et des fidèles qui ont besoin d'une clarification de principe sur un sujet controversé.

Face à l'incertitude suscitée par des déclarations ou des pratiques problématiques dans des domaines décisifs pour la vie chrétienne, il est demandé de répondre par l'affirmative ou la négative, puis d'exposer les arguments qui soutiennent la position adoptée.

Le but de l'intervention est de soutenir l’Eglise universelle pour mieux correspondre aux exigences de l’Evangile, de régler les controverses et de favoriser une saine communion dans le peuple saint de Dieu.

La question disputée intervient dans le cadre de la «volonté sincère d’accueil et d’accompagnement des personnes homosexuelles, auxquelles sont proposés des cheminements de croissance dans la foi», comme l’a indiqué le Saint-Père François, à l’issue de deux Assemblées synodales sur la famille: «afin que ceux qui manifestent une tendance homosexuelle puissent bénéficier de l’aide nécessaire pour comprendre et réaliser pleinement la volonté de Dieu dans leur vie».

Il s’agit d’une invitation à évaluer avec un discernement approprié les projets et les propositions pastorales proposés à cet égard. Dans ce cadre, il y a aussi les bénédictions données aux unions de personnes du même sexe. Il est dès lors demandé si l’Eglise a le pouvoir de donner sa bénédiction: c’est la formule contenue dans le quaesitum.

La réponse – le Responsum ad dubium – est expliquée et motivée dans la Note explicative ci-jointe de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, datée du 22 février 2021, à la publication de laquelle le pape François lui-même a consenti.

La Note est centrée sur la distinction fondamentale et décisive entre les personnes et l'union. De sorte que le jugement négatif sur la bénédiction des unions de personnes du même sexe n’implique pas un jugement sur les personnes.

Les personnes avant tout. Vaut pour elles, et c’est un point de non-retour, ce qui est déclaré au n.4 des Considérations à propos des projets de reconnaissance juridique des unions entre personnes homosexuelles de la même Congrégation et rappelé par le Catéchisme de l’Eglise catholique: «Selon l’enseignement de l'Eglise, les hommes et les femmes avec des tendances homosexuelles “doivent être accueillis avec respect, compassion et délicatesse. On évitera à leur égard toute marque de discrimination injuste”».

Cet enseignement est rappelé et réitéré par la Note. Quant aux unions de personnes du même sexe, la réponse au dubium «déclare illicite toute forme de bénédiction qui tend à reconnaître leurs unions». Illicéité que la Note explicative renvoie à un triple ordre de raisons, en relation les unes avec les autres.

La première est donnée par la vérité et la valeur des bénédictions. Celles-ci appartiennent au genre des sacramentaux, lesquels sont des «actions liturgiques de l’Église» qui demandent une cohérence de vie avec ce qu'ils signifient et engendrent. Significations et effets de la grâce que la Note expose de manière concise.

Par conséquent, une bénédiction sur une relation humaine exige que celle-ci soit ordonnée à la réception et à l’expression du bien qui lui est dit et donné.

Nous en arrivons ainsi à la deuxième raison: l’ordre qui rend apte à recevoir le don est fonction des « desseins de Dieu inscrits dans la Création et pleinement révélés par le Christ Seigneur». Desseins auxquels ne répondent pas les « relations ou partenariats, même stables, qui impliquent une pratique sexuelle hors mariage», c’est-à-dire «hors de l'union indissoluble d'un homme et d'une femme, ouverte en soi à la transmission de la vie». C’est le cas des unions entre personnes du même sexe.

Pas seulement de celles-ci, cependant, comme si le problème ne se posait que pour de telles unions, mais de toute union qui entraîne l'exercice de la sexualité en dehors du mariage, ce qui est illicite du point de vue moral, selon l'enseignement continu du Magistère de l’Eglise.

Cela suppose un pouvoir que l’Eglise n’a pas, car elle ne peut pas disposer des desseins de Dieu, qui seraient autrement désavoués et niés. L’Eglise n’est pas l’arbitre de ces desseins et des vérités de vie qu’ils expriment, mais leur fidèle interprète et messagère.

La troisième raison est donnée par l'erreur, à laquelle on serait facilement conduit, d’assimiler la bénédiction des unions de personnes du même sexe à celle des unions matrimoniales.

En raison de la relation que les bénédictions sur les personnes entretiennent avec les sacrements, la bénédiction de telles unions pourrait d'une certaine manière constituer «une imitation ou un renvoi analogique à la bénédiction nuptiale», donnée à l'homme et à la femme unis dans le sacrement du mariage. Ce qui serait erroné et fallacieux.

Pour les raisons indiquées ci-dessus, «la bénédiction des unions homosexuelles ne peut être considérée comme licite». Cette déclaration ne porte en rien préjudice à la considération humaine et chrétienne dans laquelle l’Eglise tient chaque personne.

À tel point que la réponse au dubium «n’exclut pas l’octroi de bénédictions individuelles aux personnes à tendance homosexuelle, qui manifestent le désir de vivre en fidélité aux desseins révélés de Dieu, comme le propose l'enseignement de l’Eglise».

Les deux textes dans leur intégralité, c’est ici!

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Lundi, le Saint-Siège a réaffirmé que l'homosexualité est un péché et il n'est donc pas question de bénir les couples du même sexe. Une exclusion inacceptable pour l'évêché de Saint-Gall.

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