L'Iran pourrait voir émerger son «Napoléon» d'ici deux mois
La colère des habitants contre le régime est immense. Particulièrement dans l'ouest du pays, où la pauvreté est la plus forte, de plus en plus d'Iraniens descendent dans les rues.
La relative retenue observée dans les mégapoles de Téhéran, Ispahan et Chiraz a depuis longtemps disparu dans les provinces. Là-bas, les forces des mollahs tentent de réprimer les manifestations avec une brutalité sans merci. Selon des organisations de défense des droits humains, au moins 38 personnes ont été tuées, plus de 200 blessées et plus de 1200 Iraniens ont été arrêtés.
Vers un possible renversement
Sur les réseaux sociaux circulent des informations suggérant que la ville pétrolière d'Abadan, ainsi que plusieurs villes majoritairement peuplées de Kurdes, d'Azerbaïdjanais et de Lurs, seraient désormais sous le contrôle du mouvement de protestation. La police et l'armée y auraient changé de camp. Ces informations restent toutefois difficiles à vérifier à l'heure actuelle.
Face à la situation extrêmement explosive dans son pays, Reza Pahlavi, fils du Chah vivant aux Etats-Unis, a appelé la population iranienne à descendre «en masse» dans les rues ce jeudi et ce vendredi à partir de 20h. Il a ajouté que d'autres «appels à l'action» suivraient.
Dans son appel diffusé sur Internet, Reza Pahlavi a donné une impression de grande énergie. Reste toutefois incertain s'il peut se qualifier, par ses interventions de plus en plus dynamiques, comme successeur des mollahs. Pahlavi est actuellement considéré comme le candidat privilégié par les Etats-Unis et Israël, et bénéficie d'un soutien massif sur les réseaux sociaux, avec des dizaines de milliers de publications à son sujet.
Le souhait d'un leader fort
L'expert économique iranien Saeed Laylaz a déclaré, dans un entretien avec la chaîne Euronews:
La population espère ainsi l'émergence d'une sorte de «Napoléon Bonaparte» capable de remettre le pays sur les rails.
Face à une inflation de 55%, ce que souhaitent surtout les Iraniens, c'est l'efficacité. Selon Laylaz, ce «Bonapart» pourrait même venir des rangs du régime, à condition que les dirigeants actuels démissionnent. Après tout, des pays comme l'Arabie saoudite, l'Egypte ou la Russie sont eux aussi dirigés par des leaders forts.
Une contestation jusqu'aux bases du régime
Selon l'expert, un changement politique fondamental devrait se produire dans les deux prochains mois. Selon le service persan de la BBC, la population descend dans les rues de plus de 50 grandes villes iraniennes.
Parmi elles figurent également les villes saintes chiites de Qom et de Mechhed, traditionnellement considérées comme extrêmement loyales envers la République islamique. Sina Azodi, directeur des études sur le Moyen-Orient à l'université George Washington, a déclaré à la BBC:
L'aveu d'impuissance du président
Face à la situation qui se détériore, le président iranien semble dépassé. Dans un discours mardi soir, Masoud Pezeshkian a admis que la situation économique échappait au contrôle de son gouvernement.
Les tentatives pour freiner l'inflation galopante étaient vouées à l'échec, «car imprimer davantage de monnaie aggraverait encore les souffrances des plus démunis», a-t-il reconnu avec une franchise remarquable. Il a ajouté:
Il est en revanche peu probable que plus de 90 millions d'Iraniens soient prêts à le faire. Lors du week-end précédent, lorsque le rial iranien est tombé à un niveau historique de 1,46 million de rials pour un dollar, ils sont descendus dans les rues en masse pour la première fois depuis longtemps. Douze jours plus tard, les manifestations à l'échelle nationale se sont encore intensifiées.
Une possible répétition de l'histoire en vue
Le mardi, le Grand Bazar de Téhéran, lieu chargé de symboles historiques, a été le théâtre de violents affrontements avec la police pour la première fois. Ces incidents ont suivi un sit-in pacifique des commerçants, accusés par le gouvernement d'avoir aggravé la crise d'approvisionnement en Iran en stockant des denrées de première nécessité.
L'Etat iranien ne peut en réalité pas se permettre un conflit avec les commerçants du bazar: ce sont en effet eux qui, lors de la Révolution islamique de 1978, ont déclenché la chute du Chah de Perse par des semaines de grèves. A l'époque, le point de départ se trouvait dans la province pétrolière du Khouzistan, à la frontière avec l'Irak, où de graves émeutes avaient éclaté après un incendie dans un cinéma d'Abadan ayant fait 400 morts.
Traduit et adapté par Noëline Flippe
