Le retrait des Etats-Unis de l’Otan a déjà commencé
Combien de temps encore le secrétaire général de l’Otan, Mark Rutte, pourra-t-il maintenir les apparences? Le différend sur le Groenland est déjà relégué au second plan. Tout irait pour le mieux. Les Etats-Unis resteraient «pleinement engagés» envers l’alliance de défense, a encore assuré le Néerlandais lors de la réunion de l’Otan début février à Bruxelles.
Vraiment? Comment expliquer alors que, après le secrétaire d’Etat Marco Rubio en décembre, le ministre de la Défense Pete Hegseth ait été absent à son tour d’une réunion formelle alors qu’il représente le membre le plus puissant de l’Otan, et ce pour la deuxième fois déjà?
Une telle absence est tout à fait exceptionnelle. Si l’on excepte l’ancien chef du Pentagone Lloyd Austin, qui avait dû annuler à la dernière minute en 2024 pour cause de cancer, il faut remonter à plus de vingt ans en arrière. En 2003, peu après l’invasion de l’Irak par l’administration Bush, Colin Powell avait estimé que ce n’était peut-être pas le bon moment pour rencontrer ses homologues de l’Otan. A l’époque, l’alliance était en proie à un conflit ouvert sur l’attaque contre le pays de Saddam Hussein, menée sous la bannière américaine de la «guerre contre le terrorisme» et sous de faux prétextes.
Les officiers supérieurs sont essentiels à l'Otan
Mais même si l’on veut bien excuser l’absence de Hegseth et de Rubio, une chose est claire: le retrait des Etats-Unis de l’Otan, leur désengagement de l’Europe, est déjà en cours.
La semaine dernière, l’Otan a annoncé que la direction des deux quartiers généraux opérationnels de Naples (Italie) et de Norfolk (Etats-Unis) passerait des mains américaines à des mains européennes. Le premier est responsable du flanc sud, le second dirige les opérations dans l’Atlantique Nord. Avec Brunssum, aux Pays-Bas, les trois commandements opérationnels de l’Otan sont désormais dirigés par des Européens.
Ce qui peut sembler être une simple redistribution bureaucratique au sein de l’alliance est en réalité d’une importance militaire capitale. Car une structure de commandement fonctionnelle constitue la colonne vertébrale de toute armée. On peut posséder des avions, des chars et des soldats en abondance; s’ils ne peuvent pas être engagés efficacement, l’armée devient inopérante. Sans tête, même les muscles les plus puissants ne servent à rien.
Le problème est le suivant: avec le départ de deux généraux américains, c’est toute une équipe hautement qualifiée qui s’en va et qu’il sera très difficile de remplacer. Et l’exode des Américains se poursuit également aux échelons inférieurs.
Seul un Américain peut commander des Américains
Le commandant d’un quartier général de l’Otan est généralement un général ou un amiral quatre étoiles. A chaque étoile correspondent environ quarante officiers. Un pays de l’Otan doit donc fournir 160 officiers pour assister un général quatre étoiles. Il ne s’agit pas de sous-officiers, mais de cadres supérieurs de l’état-major général, disposant d’au moins sept années d’expérience pratique, de préférence dans un contexte international. Et ces profils ne poussent pas sur les arbres.
A Naples et à Norfolk, ce sont désormais un Italien et un Britannique qui prennent le commandement. En interne, l’Allemagne est récemment devenue le contributeur numéro un au sein de l’Otan. La Bundeswehr fournit environ 30 étoiles de généraux à l’alliance, soit 1200 officiers. Et prochainement, l’actuel inspecteur général de la Bundeswehr, Carsten Breuer, pourrait être élu président du comité militaire de l’Otan, l’organe militaire suprême. «L’Allemagne veut assumer ses responsabilités», déclarait jeudi le ministre de la Défense Boris Pistorius à propos de cette candidature.
Mais il faudra encore beaucoup de temps avant que les Européens puissent réellement prendre le relais des Etats-Unis. Le «Supreme Allied Commander in Europe» (Saceur), c’est-à-dire le commandant suprême des forces de l’Otan en Europe, est traditionnellement un Américain. Actuellement, il s’agit du général de l’armée de l’air Alexus Grynkewich. Cela s’explique notamment par une règle non écrite selon laquelle seuls des généraux américains peuvent commander des troupes américaines. Et malgré tout, il reste encore de nombreux soldats américains en Europe.
Surtout, au sein de l’Otan, seuls les Etats-Unis sont actuellement capables de fournir une chaîne de commandement réellement intégrée et pleinement opérationnelle sous une direction unique. Cela s’est également vérifié lors d’un exercice mené à l’automne dernier en Europe de l’Est par dix Etats européens membres de l’Otan. Sous commandement français, une brigade multinationale et son matériel ont été déployés à marche forcée à travers l’Europe vers la Roumanie et la Bulgarie. L’objectif était de tester le fonctionnement d’une telle opération sans leadership américain.
Selon certaines sources, l’exercice aurait révélé non seulement d’importants problèmes logistiques, mais aussi de graves défaillances dans la structure de commandement. Conclusion: malgré le réarmement en cours, une Otan européenne sans les Etats-Unis resterait largement incapable d’agir de manière efficace dans les années à venir. (trad. hun)
