Les frappes en Iran exposent le «talon d'Achille» de Trump
Le pétrole et le gaz flambent ce lundi, le conflit engagé par les frappes américaines et israéliennes contre l'Iran ce week-end faisant redouter des perturbations de l'offre, alors que les investisseurs s'interrogent sur l'évolution de la crise.
Vers 08h45 GMT (9h45 heure suisse), le baril de Brent de la mer du Nord s'envolait de 8,66% à 79,18 dollars, après avoir touché 82,37 dollars plus tôt dans la même séance, loin des 61 dollars du début d'année. Le baril de WTI nord-américain gagnait, lui, 8,01% à 72,39 dollars.
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La crainte d'une crise prolongée
L'embrasement régional au Moyen-Orient compromet sévèrement le trafic maritime dans le détroit d’Ormuz, artère stratégique par laquelle transite environ 20% du pétrole consommé dans le monde (20 millions de barils par jour).
Face à l'explosion des primes d'assurance, les principales compagnies ont annoncé suspendre leurs traversées, entraînant de facto un arrêt quasi total du trafic.
En théorie, les pays importateurs de pétrole disposent de réserves, les membres de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), majoritairement des économies avancées, devant maintenir 90 jours de stocks. Cependant, comme prévient le cabinet américain de conseil en risque politique Eurasia Group:
De nombreux pays directement impactés
La dernière fois que les prix du brut ont dépassé 100 dollars, c'était au début de la guerre en Ukraine, à l'unisson des prix du gaz, contribuant à un cycle inflationniste prolongé.
Réagissant au conflit, l'Arabie saoudite, la Russie et six autres membres de l'alliance de pays exportateurs Opep+ ont augmenté dimanche leurs quotas de production de 206 000 barils par jour pour le mois d'avril. Jorge Leon, analyste chez Rystad Energy, estime:
Certes, des «infrastructures alternatives au Moyen-Orient peuvent être utilisées pour contourner les flux transitant par le détroit, mais l'impact net demeure une perte effective de 8 à 10 millions de barils d'offre de brut par jour», complète Leon.
Le risque est aussi celui de dégâts sur des infrastructures énergétiques de la région. Car plusieurs pays du Golfe figurent parmi les dix premiers producteurs mondiaux de pétrole et de gaz.
Certaines opérations ont été interrompues dans l'une des plus grandes raffineries saoudiennes, celle de Ras Tanura, exploitée par la compagnie pétrolière nationale Saudi Aramco, une attaque ayant provoqué un incendie au sein du complexe, selon le ministre de l'Energie.
Les raffineurs chinois pourraient aussi être particulièrement touchés par une perturbation prolongée des approvisionnements en pétrole iranien, dont ils achètent la très grande majorité.
Un risque majeur pour Donald Trump
«Le talon d'Achille de Trump, ce sont les prix pétroliers élevés», ajoute Michelle Brouhard, analyste chez Kpler, selon qui Téhéran pourrait chercher à maintenir hauts les prix du brut pour faire plier Washington, à quelques mois de l'élection américaine de mi-mandat en fin d'année.
Le gaz européen aussi est en très forte hausse: un cinquième du commerce mondial de gaz naturel liquéfié transite aussi par Ormuz, principalement en provenance du Qatar.
Le contrat à terme du TTF néerlandais, considéré comme la référence européenne, s'affichait en hausse de plus de 25%, à 40,375 euros, après être monté jusqu'à plus de 28%, un cours néanmoins plus bas que ce qui avait été atteint en janvier après une vague de froid.
Malgré cette hausse spectaculaire des prix, «il est peu probable qu'une perturbation grave et durable se produise» tant que le conflit ne dure pas trop longtemps, temporisent les experts d'Oxford Economics. En prévoyant un «impact de courte durée» sur les marchés, ils indiquent:
Selon une estimation donnée par Donald Trump au New York Times, les opérations américaines pourraient durer «quatre à cinq semaines».
