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«Rafah désigné comme lieu ‹sûr› par Israël est bombardé»

L'armée israélienne a bombardé la ville de Rafah tuant une centaine de personnes et libérant deux otages. Interview d'Amnesty International Suisse.
L'armée israélienne a bombardé la ville de Rafah tuant une centaine de personnes et libérant deux otages. Interview de Jean-Marie Banderet d'Amnesty International Suisse.Image: AP

Israël a désigné Rafah comme zone «sûre», mais la bombarde

L'armée israélienne a bombardé la ville de Rafah tuant une centaine de personnes et libérant deux otages en début de semaine. Ces frappes ciblant la ville où se sont réfugiées des centaines de milliers de personnes alertent Amnesty International.
13.02.2024, 16:5313.02.2024, 19:21
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Les images parvenues de la ville de Rafah à Gaza sont atroces. Des centaines de blessés et tués, des enfants mutilés et agonisants transportés d'urgence. L'armée israélienne a mené des raids aériens sur la ville qui réunit des centaines de milliers de réfugiés. Est-on à un point de basculement dans la guerre que mène Israël dans la bande de Gaza? watson a posé 7 questions à Jean-Marie Banderet porte-parole d'Amnesty International Suisse.

Lundi 12 février, l'armée israélienne a lancé des raids aériens sur les bâtiments de la ville de Rafah, à Gaza, tuant une centaine de personnes dont majoritairement des enfants, quelles sont les informations qui vous proviennent du terrain?
Amnesty condamne les frappes israéliennes sur la ville de Rafah, ces attaques interviennent dans une zone désignée «sûre» par l'armée israélienne. Sur les événements du 12 février, c'est relativement compliqué d'avoir des liens sur place. Il est encore trop tôt pour connaître exactement les conditions dans lesquelles ces frappes se sont déroulées.

«Nous demandons, depuis plusieurs mois, un cessez-le-feu et l'arrivée de l'aide humanitaire à Gaza, car d'innombrables vies ont été détruites»
Rafah, Gaza et la bande de Gaza.
Image: watson

Les images qui sont diffusées sont insoutenables et font état de nombreux enfants tués ou blessés, pensez-vous que ces actions auront un impact sur l'opinion publique?
Je vous répondrai avec une autre question: cela fait plus trois mois que nous assistons à des bombardements incessants avec de nombreux civils tués à Gaza. Comment expliquer que l'opinion publique ne soit pas déjà ébranlée et que la politique n'a toujours pas pris les mesures décisives pour un cessez-le-feu?

«Est-ce que les milliers de personnes tuées depuis trois mois dans le Nord de Gaza, nous vous ont pas pris aux tripes?»

Il n'y a donc pas de différence entre ce qui se passe à Rafah et les bombardements à Gaza, selon vous?
C'est la suite d'une séquence débutée par l'armée israélienne à Gaza, un déplacement du front vers le sud. La ville de Rafah à la frontière avec l'Egypte a été désignée comme «sûre» par l'armée israélienne. Celle-ci a envoyé des centaines de milliers de personnes s'y réfugier après les bombardements incessants du nord de Gaza. Maintenant que ces réfugiés s'y sont déplacés, le Sud est à son tour bombardé par l'armée israélienne. Il n'y a aucun lieu sûr à Gaza.

Votre organisation dénonce des frappes illégales au regard du droit international et affirme que «les forces israéliennes exterminent des familles entières en toute impunité», comment êtes-vous arrivés à cette conclusion?
Nous parlons ici d'enquêtes que nous avons menées sur des raids aériens qui ont eu lieu en décembre 2023 et en janvier 2024.

«Nous ne pouvons pas encore nous prononcer définitivement sur les frappes du 12 février à Rafah»

Ce que nous avons constaté lors de nos enquêtes précédentes, c'est qu'il n'y avait aucun élément qui indiquait que les immeubles d'habitation touchés par des frappes pouvaient être considérés comme des objectifs militaires, les frappes effectuées ciblaient délibérément des civils.

«Ces attaques de l'armée israélienne doivent faire l'objet d'enquêtes en tant que crimes de guerre»

Amnesty communique sur ses enquêtes en nommant les victimes et en montrant les photos, est-ce important de montrer les visages des personnes tuées?
Oui. Notre enquête porte sur les dommages causés à des civils, on mentionne donc leur nom, évidemment avec leur accord. Il est important de connaître leur identité. Cela humanise leurs souffrances, une approche d'autant plus importante dans une guerre où on a vu la déshumanisation de tous les côtés.

«Nous parlons de gens comme vous et moi, ils ont perdu leur famille, leurs enfants»

Nous menons des enquêtes à Gaza. Nous récoltons des témoignages, les recoupons avec d'autres informations, contactons directement les personnes sur le terrain. Nous effectuons un travail de documentation qui prend du temps à partir de vidéos et d'entretiens téléphoniques. On se base aussi sur la récolte de données via des images satellites ou d'autres données libres d'accès.

Vos dossiers sont-ils adressés à la Cour pénale internationale?
Pas aujourd'hui car la CPI n'a pas ordonné d'enquête. Si la CPI décide d'ouvrir une enquête, nous pourrons lui transmettre nos dossiers sur ce que nous pensons être un crime de guerre.

Amnesty travaille sur plusieurs volets concernant Gaza, que demandez-vous à la population, de manifester contre les bombardements?
Chacun est libre de se faire entendre comme il le veut. Nous souhaitons que chacun fasse valoir son opinion, qu'il parle de ce qu'il ressent et qu'il signe la pétition en ligne demandant un cessez-le-feu à Gaza. Nous attendons également du gouvernement que la Suisse utilise son siège au Conseil de sécurité de l'ONU pour oeuvrer pour un cessez-le-feu permanent et immédiat et continuer à soutenir l'aide essentielle que fournit UNRWA à Gaza. Trop de personnes sont tuées dont la majorité des femmes et des enfants. Sur le volet médiatique, nous nous adressons à vous, journalistes, qui avez un rôle d'amplificateur du message.

«Les faits existent, nos équipent récoltent des témoignages sur le terrain, la réalité doit être vue»

Quant au volet judiciaire, nous espérons que nos enquêtes facilitent le travail de la CPI. Nous continuons à appeler la CPI à ouvrir une enquête rapidement sur les crimes de guerre commis à Gaza. Car même en temps de guerre, il y a des règles et la population civile doit être protégée.

L'attaque du Hamas contre Israël, en images
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L'attaque du Hamas contre Israël, en images
Des habitants de la ville d'Ashkelon, dans le sud d'Israël, évacués par la police.
source: ap / tsafrir abayov
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Gaza après les bombes
Video: watson
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