France: un ex-magnat des assurances rattrapé par une affaire de viols
Accusé de traite et de viols sur une Marocaine mineure, l'ancien magnat français des assurances Jacques Bouthier, 79 ans, voit la perspective d'un procès se rapprocher, quatre ans après son inculpation.
Le Parquet de Paris a demandé au juge d'instruction de le renvoyer devant la cour criminelle départementale ainsi que quatre complices présumés, dont son épouse.
Fondateur et ancien PDG d'Assu 2000 (rebaptisé Vilavi), Bouthier avait été mis en examen et incarcéré en mai 2022, après avoir été dénoncé par Aïcha (prénom d'emprunt), une Marocaine arrivée à 16 ans en France.
Déscolarisée et coupée de liens sociaux, elle aurait été contrainte de se prostituer, étant «réservée» pendant plusieurs années à Jacques Bouthier.
«Déviergée»
Il l'hébergeait, lui faisait miroiter des papiers, et la payait parfois, en échange de rapports sexuels, selon l'enquête. «Je l'ai "déviergée" quand elle devait avoir 16 ou 17 ans», fanfaronne Bouthier dans une conversation téléphonique, sur écoute.
Bouthier, libéré sous contrôle judiciaire pour raisons médicales, a tout démenti, reconnaissant seulement avoir abusé de «la vulnérabilité» de jeunes femmes en situation précaire, qu'il hébergeait en échange de rapports, selon le réquisitoire.
Le Parquet demande aussi que l'ex-patron soit jugé pour association de malfaiteurs, ayant «usé de son argent et de son influence (pour) maintenir et séquestrer» Aïcha dans l'une de ses garçonnières, «dans un contexte de prostitution forcée».
L'abuseur piégé
La jeune femme a tendu le piège qui conduira à la chute de Bouthier. Lorsqu'il lui réclame de lui fournir une fille plus jeune, Aïcha lui présente une adolescente de 14 ans, enrôlée dans un camp de Roms en région parisienne.
Bouthier, torse nu dans un lit, proposera 200 euros à l'adolescente contre «un petit câlin tranquille». Le Parquet demande qu'il soit jugé pour une agression sexuelle commise à cette occasion.
Aïcha, qui filme la scène, s'enfuit avec les vêtements et les papiers de Bouthier. Elle ira ensuite se confier aux policiers, conduisant à la chute du multimillionnaire.
L'affaire aura aussi des répercussions au Maroc, où d'anciens collaborateurs de Bouthier seront condamnés en 2024 pour des faits distincts, de traite et de harcèlement sexuel, chez Assu 2000 à Tanger.
Le dossier se double d'un volet corruption : Jacques Bouthier est accusé d'avoir cherché à étouffer l'affaire via des proches qui devaient faire «sauter» la plainte d'Aïcha et la faire renvoyer au Maroc. Un million d'euros a été versé.
Dans ce volet, le parquet précise à l'AFP avoir requis un autre procès, pour corruption et association de malfaiteurs en vue de la préparation d'un enlèvement. Cinq prévenus sont concernées, dont un ancien membre du GIGN, une unité d'élite de la gendarmerie, et trois policiers. (ats/mrs)
