Pourquoi les Houthis résistent aux plus grandes puissances militaires
Les attaques contre l'aéroport international de Riyad ont montré de manière spectaculaire ce dont les Houthis sont aujourd'hui capables. Samedi, un missile a frappé l'aéroport, faisant douze morts et plus de 300 blessés. Dans la nuit de dimanche à lundi, le terminal a de nouveau été touché, faisant une victime supplémentaire.
Malgré l'un des systèmes de défense antiaérienne les plus modernes au monde, l'Arabie saoudite n'a pas réussi à intercepter les missiles. Parallèlement, les Houthis ont conquis de vastes territoires au Yémen et contrôlent aujourd'hui le détroit stratégique de Bab el-Mandeb.
Depuis des années, les Houthis affrontent pourtant des adversaires qui, sur le papier, leur sont largement supérieurs. L'Arabie saoudite, les Etats-Unis, le Royaume-Uni et Israël ont mené des milliers de frappes contre leurs positions. Sans parvenir à les faire plier. Bien au contraire: ce qui n'était au départ qu'un mouvement rebelle est devenu une redoutable puissance militaire.
«Ceux qui s'imaginent que les Houthis sont de simples combattants en sandales n'ont rien compris», affirme l'expert allemand en sécurité Nico Lange au quotidien Bild. Selon ses estimations, leurs forces pourraient compter jusqu'à 200 000 hommes. Il les considère comme l'une des organisations militaires non étatiques les mieux équipées au monde.
Comment les Houthis sont-ils devenus aussi puissants? Leur ascension s'explique par cinq facteurs.
Un arsenal redoutable fourni par l'Iran
L'Iran est le principal soutien étranger des Houthis. Selon Marieke Brandt, spécialiste du Yémen à l'Académie autrichienne des sciences, Téhéran aurait commencé à soutenir systématiquement le mouvement vers 2009-2010. Aujourd'hui, les Houthis disposent de missiles balistiques, de missiles de croisière, de drones, de missiles antinavires et de drones navals. Un arsenal qui leur permet de frapper non seulement l'Arabie saoudite, mais aussi Israël et les navires qui transitent par la mer Rouge.
Selon l’agence Associated Press (AP), un rapport d’experts de l’ONU publié en 2024 révèle l’étroite coopération militaire entre les Houthis et leurs alliés. L’Iran et ses partenaires leur fournissent des armes, des compétences techniques et une formation militaire. Selon l’expert militaire Michael Knights, les Houthis ont acquis en cinq ans des capacités que le Hezbollah libanais avait mis vingt ans à développer.
Une importante production d'armes locale
L'aide iranienne ne suffit pas à expliquer la résistance des Houthis. Au fil des années, la milice a développé sa propre industrie de l'armement. Elle est aujourd'hui capable de fabriquer au Yémen des missiles et des drones relativement simples, mais aussi d'intégrer des composants importés dans ses propres systèmes d'armes.
En 2025 déjà, un haut responsable américain de la Défense reconnaissait auprès du média spécialisé The War Zone que Washington ignorait la taille exacte de l'arsenal des Houthis, mais aussi la provenance de toutes leurs armes. Selon le Pentagone, une part importante de leur production militaire est assurée au Yémen même. Les Houthis se distinguent notamment par leur capacité à améliorer sans cesse leurs systèmes d'armes, à les tester et à tirer les leçons de leurs échecs.
Les Houthis lancent aujourd'hui des attaques associant drones, missiles de croisière et missiles balistiques, qui se déplacent à des vitesses différentes, afin de saturer les défenses antiaériennes adverses. Cette tactique, également très répandue en Ukraine, leur sert non seulement à frapper l'Arabie saoudite, mais aussi à préparer leurs offensives terrestres.
Des centaines de milliers de combattants
Au fil des ans, les Houthis sont passés d'un groupe rebelle relativement modeste à une organisation de masse fanatisée. Selon un rapport d'experts de l'ONU, ils auraient recruté jusqu'à 350 000 combattants en 2024, contre seulement 30 000 environ en 2015.
Cette montée en puissance s'explique aussi par le fait que les Houthis ne sont plus depuis longtemps un simple mouvement de guérilla. Depuis la prise de Sanaa, la capitale, en 2014, ils contrôlent une grande partie du nord du pays, très peuplé, et y ont pris le contrôle des administrations et des structures militaires. Marieke Brandt les décrit ainsi auprès de l'agence de presse allemande DPA comme une «force quasi étatique lourdement armée», dotée de vastes réseaux de recrutement. Leur autorité s'appuie aussi sur un endoctrinement idéologique poussé et un régime militarisé qui leur permet de surveiller étroitement la population.
Un territoire montagneux difficile d'accès
La géographie joue en faveur des Houthis. Leur bastion, dans le nord-ouest du Yémen, se trouve dans une région montagneuse difficile d'accès. Ils peuvent y disperser leurs combattants, leurs missiles, leurs drones, leurs sites de production et leurs dépôts, et en abriter une partie sous terre.
L'Arabie saoudite a bombardé leurs positions pendant des années à partir de 2015. Dès 2024, les Etats-Unis et le Royaume-Uni ont également lancé des frappes massives. Selon AP, les forces américaines ont utilisé quelque 2 000 munitions contre plus de 1 000 cibles lors de leur offensive, intensifiée par Donald Trump en 2025. La facture des munitions à elle seule dépasse 750 millions de dollars. Malgré ces frappes, les Houthis ont continué à mener des opérations militaires et ont même abattu sept drones américains MQ-9 Reaper.
Le problème est qu'une campagne de frappes aériennes peut détruire des infrastructures, mais pas assurer durablement le contrôle d'un territoire. Pour cela, il faudrait déployer des troupes au sol. Or, ni l'Arabie saoudite ni les Etats-Unis ne veulent risquer une nouvelle guerre terrestre, qui nécessiterait des centaines de milliers de soldats et pourrait entraîner de lourdes pertes.
La division et la faiblesse de leurs adversaires
Mais le principal facteur des récents succès des Houthis se trouve peut-être dans le camp adverse. Leurs ennemis sont profondément divisés. Les troupes gouvernementales, les forces soutenues par l'Arabie saoudite et les séparatistes appuyés par les Emirats arabes unis ont des objectifs différents. Ils se sont même affrontés au début de cette année. Selon Thomas Juneau, spécialiste du Yémen, le gouvernement reconnu par la communauté internationale est fragmenté, faible, miné par les dissensions et la corruption. Autant de faiblesses que les Houthis exploitent systématiquement.
La prise de la ville portuaire de Mokha a révélé l'ampleur des faiblesses du camp adverse. Selon CNN, les Houthis n'ont rencontré que très peu de soldats gouvernementaux lors de leur avancée. Une source a même affirmé que 80% de l'armée yéménite n'existait que sur le papier: de nombreux «soldats fantômes» continueraient ainsi de toucher leur solde sans faire réellement partie des effectifs. Les Houthis auraient également obtenu, grâce à des fuites provenant d'une milice ennemie, des renseignements sur l'emplacement de dépôts.
Tous ces facteurs jouent en faveur des Houthis. L'Iran leur fournit des technologies et un savoir-faire militaire, tandis qu'au Yémen, ils fabriquent leurs propres armes et recrutent de nouveaux combattants. Le relief montagneux rend leur élimination difficile, et leurs adversaires sont trop faibles et trop divisés pour tirer parti, sur le terrain, des succès obtenus par les frappes aériennes. En un peu plus de dix ans, les Houthis sont ainsi devenus une force que même des Etats bien mieux équipés militairement ne sont pas parvenus à neutraliser durablement. (trad.: mrs)
