L’affaire des laits infantiles met Nestlé et Danone sous pression
L'association Foodwatch a annoncé, jeudi, avoir déposé plainte contre X auprès du Tribunal judiciaire de Paris, suite au rappel massif de laits infantiles des groupes suisses Nestlé et Hochdorf, mais aussi des entreprises françaises Danone, Lactalis et Vitagermine.
L'organisation de défense des consommateurs s'associe avec huit familles de neuf enfants tombés malades et «disséminées partout en France», a souligné l'avocat de Foodwatch, François Lafforgue, lors d'une conférence de presse suivie par l'agence AWP. Il demande des investigations contre les entreprises impliquées dans le rappel massif de laits infantiles initié en décembre, en raison de la présence de céréulide, une toxine causée par une bactérie, dans de nombreux lots.
«Les faits sont particulièrement graves» et «touchent des bébés de moins de six mois» et même «des prématurés», a expliqué Ingrid Kragl, directrice de l'information et des enquêtes. Selon elle, «aucune excuse» n'est «entendable, même si le fournisseur est chinois, les entreprises devaient s'assurer de la qualité» de leur lait. C'est effectivement une société de Wuhan, Cabio Biotech, qui est pointée pour avoir fourni la matière première, l'huile arachidonique, dans laquelle a été détectée la bactérie Bacillus cereus.
Troisième plainte contre Nestlé
«Nous avons affaire à des récidivistes», s'est exclamée la directrice générale Karine Jacquemart, pointant que c'est «la troisième fois que nous portons plainte contre Nestlé», rappelant le scandale des pizzas contaminées Buitoni en 2022 et celui des eaux filtrées illégalement, notamment Perrier, «car il a fallu attendre qu'il y ait des dizaines d'enfants malades et que les autorités mènent les enquêtes», pointant aussi l'épisode de salmonelles chez Ferrero.
L'ONG souhaite que le «pôle de santé publique» du tribunal de Paris puisse «se saisir de cette affaire», afin de «déterminer les responsabilités autour de huit infractions» a souligné Me Lafforgue. Foodwatch ajoute qu'elle s'est manifestée auprès des parquets de Bordeaux et d'Angers, où deux procédures pénales ont été ouvertes suite à des décès suspects de nourrisson.
Nombreuses infractions
Les infractions portent sur «la mise en danger d'autrui», «l'atteinte de l'intégrité physique», mais aussi par rapport au code rural, «le fait d'avoir mis et laissé sur le marché des produits préjudiciables à la santé et le fait de ne pas retirer des produits qui pourraient être dangereux», ou encore des infractions au «code de la consommation: défaut de signalement aux autorités sanitaires» et «tromperie sur les qualités du produit», a détaillé l'avocat.
Dans «notre plainte, on voit bien un lien entre les familles des bébés» et «les laits Guigoz (Nestlé), Babybio (Vitagermine) et Picot (Lactalis)». Foodwatch souligne notamment que:
Diffusant les excuses adressées par le patron de Nestlé, Philip Navratil, ce dernier «nie tout lien entre ses produits et les bébés malades», a déclaré Kragl. Or «les autorités belges, brésiliennes et luxembourgeoises ont communiqué officiellement sur le lien établi entre la consommation de lait Nestlé et les enfants malades», a-t-elle assuré. Le rappel de produits du groupe romand touche une soixantaine de pays.
De son côté, Jacquemart a appelé les parents de bébés ayant consommé les marques de lait infantile concernées «de ne surtout pas jeter les boîtes», qui peuvent «constituer des preuves».
La semaine dernière, la ministre française de la Santé Stéphanie Rist assurait que tous les lots de laits infantiles concernés par une possible contamination d'origine bactérienne avaient «été retirés» du marché. De son côté, Nestlé a exprimé ses «plus sincères condoléances aux familles qui sont en deuil» à la suite du décès de deux nourrissons. «Comme déclaré par les autorités, rien n'indique à ce stade de lien entre ces tragiques événements et la consommation de nos produits», soulignait la filiale française du groupe veveysan dans un communiqué. (jah/ats)
