«Scandaleux»: une arme suisse utilisée par l'ICE à Minneapolis
La colère ne faiblit pas aux Etats-Unis après la mort, à un peu plus de deux semaines d'écart, de Renée Good et Alex Pretti dans les manifestations dans le Minnesota. Alors que les protestataires se soulèvent contre les raids de la police de l'immigration ICE, les membres de celle-ci répliquent à coups de sprays au poivre, gaz lacrymogènes et autres armes dites «non létales».
Parmi les équipements utilisés contre les manifestants, on retrouve notamment une arme d'origine suisse. Sur des images diffusées par les médias Evident Media et Status Coup et relayées cette semaine par le Tages-Anzeiger, on peut voir des policiers brandir des armes de la société B&T, basée à Thoune. Cette dernière avait déjà été impliquée dans une polémique après des blessures lors du soulèvement des «gilets jaunes» en France fin 2018.
Selon le journal alémanique, le modèle en question est un lanceur GL-06, élaboré en Suisse et produit en Floride pour le marché américain. Celui-ci est conçu pour tirer des grenades lacrymogènes et des balles en caoutchouc.
Des tirs illégaux
Les images des deux médias américains ont été authentifiées par l'ONG Bellingcat, spécialisée dans la vérification d'informations en source ouverte. On y voit notamment un agent de la Border Patrol (la police des frontières) tirer plusieurs grenades en l'espace de quelques minutes, la plupart à bout portant, directement dirigées vers les visages des manifestants.
Auprès de Bellingcat, Patrick Wilcken, spécialiste des questions militaires chez Amnesty International, qualifie d'illégale cette utilisation de l'arme. Selon le Tages-Anzeiger, les documents de B&T mettent d'ailleurs en garde contre la dangerosité de tirs au niveau de la tête et du cou.
Changer la loi suisse?
D'après le journal alémanique, le fabricant suisse possède une filiale en Floride en plus de son siège de Thoune. Un contrat pour la livraison de 329 lance-grenades a notamment été passé en 2018 avec le Département américain de la Sécurité intérieure.
Contacté par le média, le fabricant suisse s'est refusé à tout commentaire. Ce qui n'est pas le cas du conseiller national Fabian Molina (PS), qui juge «scandaleux» que des armes suisses soient utilisées contre des manifestants. Selon lui, la loi suisse sur le matériel de guerre devrait empêcher l'exportation d'armements vers les Etats-Unis et vers d'autres régimes autoritaires.
Egalement joint par le Tages-Anzeiger, Werner Salzmann, conseiller aux Etats UDC, renvoie pour sa part à la responsabilité des autorités américains et estime qu'il n'y a pas lieu de modifier la législation suisse sur les exportations d'armes.
A noter que le lance-grenades n'est pas la seule arme suisse impliquée dans les manifestations à Minneapolis. Samedi dernier, l'infirmier Alex Pretti avait en effet sur lui un Sig Sauer P320 au moment où il a été abattu par la police ICE. Une arme dont l'armée suisse a récemment décidé de faire son nouveau pistolet de service. (jzs)
