«Une énorme erreur»: le nouveau patron de Nestlé critique Trump
Cette semaine au Forum de Davos, le gouverneur de Californie, Gavin Newsom, a utilisé des mots très clairs face aux médias internationaux. Le démocrate de 58 ans évoquait l'attitude générale adoptée face à Donald Trump:
Il aurait dû apporter «un tas de genouillères», a ironisé Gavin Newsom, tant tout le monde semblait prêt à se mettre à genoux devant le président américain. Selon lui, il était temps de se lever pour lui faire face.
Un impact négatif sur le combat pour le climat
Peut-être que le nouveau patron de Nestlé, Philipp Navratil, fait partie de cette rare catégorie de dirigeants qui osent encore se redresser. Le Zurichois, qui a remplacé à la surprise générale le Français Laurent Freixe en septembre dernier, s’est en tout cas récemment permis de critiquer Trump devant un public relativement large.
Comme l’a révélé le Financial Times, la scène s’est déroulée lors d’un événement destiné au personnel, en décembre.
A cette occasion, Philipp Navratil a tenu Trump en partie responsable du fait que Nestlé et d’autres entreprises parlent aujourd’hui beaucoup moins de durabilité. En cause, notamment, les efforts du président pour démanteler les réglementations environnementales et balayer le réchauffement climatique comme une simple invention.
Disparu de l’agenda
Il y a cinq ou même trois ans, les discussions avec les investisseurs étaient remplies de questions sur la durabilité. C'est ce qu'a expliqué Philipp Navratil, cité par le quotidien économique britannique, qui s’appuyait sur des enregistrements vidéo.
Il faut dire que Nestlé est régulièrement la cible de critiques de la part d’organisations environnementales. Mais le patron du groupe a constaté que, aujourd’hui, «aux Etats-Unis, le sujet a complètement disparu de l’agenda». Il a dit:
C'est «une énorme erreur», a encore souligné le directeur général de Nestlé. Face aux collaborateurs, il a insisté sur le fait que le groupe restait fidèle à ses objectifs environnementaux. «Nous n’y avons pas renoncé, mais nous devons en parler davantage», a-t-il déclaré.
Le silence des dirigeants
En réalité, la durabilité n’est pas la seule thématique à être passée à l’arrière-plan chez de grands groupes, comme BP ou Coca-Cola. Le greenhushing, cette tendance à taire volontairement ses engagements environnementaux, continue de se répandre.
Dans le sillage de la campagne électorale de Donald Trump et de son retour à la Maison-Blanche, de nombreuses entreprises ont également reculé quant à leurs politiques d’égalité des chances et de lutte contre les discriminations. Par crainte de mesures de rétorsion venues des Etats-Unis, les mots «diversité» et «inclusion» ont même été, dans bien des cas, classés comme tabous en interne.
Avec un chiffre d’affaires annuel d’environ 30 milliards de francs, les Etats-Unis constituent le principal marché de Nestlé. Le groupe veveysan, propriétaire de marques comme KitKat, Nespresso et San Pellegrino, emploie 36 000 personnes et exploite 112 sites sur le continent américain. Nestlé s’est fixé pour objectif d’atteindre la neutralité carbone d’ici 2050, et prévoit d'ici 2030 de réduire de 50% ses émissions par rapport à 2018.
Traduit de l'allemand par Joel Espi
