La Norvège va construire un tunnel maritime «unique au monde»
La Norvège veut réaliser une première mondiale avec un mégaprojet: un tunnel de 50 mètres de haut traversant une péninsule. A partir du début de l'année 2027, une ouverture sera creusée à l'explosif dans la roche. Elle sera environ vingt fois plus grande que celle d'un tunnel routier. Mais ce ne sont ni des trains ni des voitures qui y circuleront. Il n'y aura pas non plus de chaussée, mais une voie navigable: un canal de 36 mètres de large.
Au terme de cinq années de travaux, ce premier tunnel maritime de cette ampleur permettra à des paquebots de croisière, des pétroliers, mais aussi à des voiliers et des bateaux de pêche d'emprunter un raccourci de 1,7 kilomètre à travers la montagne. Ils traverseront ainsi la péninsule de Stad, sur la côte ouest de la Norvège, au lieu de la contourner.
Situé à 200 kilomètres au nord de Bergen, le tunnel reliera deux fjords. Il permettra non seulement de gagner du temps et de réduire les émissions, mais surtout de sécuriser un passage maritime tristement célèbre. Les eaux qui entourent Stad comptent parmi les plus dangereuses de la côte norvégienne en raison des hauts-fonds, des tempêtes fréquentes et des vents les plus violents du pays. Le service météorologique émet d'ailleurs régulièrement des alertes spécifiques pour cette langue de terre de 25 kilomètres de long.
Même les Vikings redoutaient ces eaux
Des dizaines d'épaves anciennes reposeraient au fond de la mer dans cette région. Au cours des dernières décennies, de nombreux accidents et situations d'urgence s'y sont également produits. Les navires de la ligne de croisière côtière Hurtigruten ont eux aussi été touchés à plusieurs reprises.
Mais les Vikings craignaient déjà les eaux traîtresses de la région de Stad: ils tiraient leurs embarcations à terre avant de les faire passer par un col jusque de l'autre côté de la péninsule. Les premières idées concrètes d'un tunnel remontent à 1874, à une époque où les progrès de l'ingénierie permettaient de construire des ouvrages tels que le tunnel du Gothard. Mais le projet de tunnel maritime est resté bloqué à maintes reprises au stade de la planification, tant ses dimensions, notamment financières, étaient considérables.
Le projet coûtera l'équivalent d'environ 700 millions de francs. Une somme importante, même pour la Norvège, riche de ses ressources pétrolières, d'autant que des économistes ont estimé que les bénéfices économiques de ce raccourci seraient limités. En 2025, le gouvernement social-démocrate a donc voulu abandonner le projet. «Il n'est pas justifiable», avait déclaré le premier ministre Jonas Gahr Støre. Tout laissait penser que le rêve de cet ouvrage gigantesque, qui éclipse largement tous les tunnels maritimes existants construits pour de petits canaux, touchait à sa fin.
Mais Jonas Gahr Støre avait sous-estimé l'influence du puissant lobby du secteur maritime et des régions côtières. Selon leurs représentants, la sécurité des marins et celle du trafic maritime, essentiel le long des immenses côtes du pays, étaient menacées, tout comme le développement économique, notamment celui de la pêche. Les réactions ont été particulièrement virulentes.
«Ne le méritons-nous pas?», lançait Britt Giske, de l'organisation Maritime Forum Nordvest. Le directeur de l'Association norvégienne des officiers de marine s'est également insurgé, en mai, contre les calculs coûts-bénéfices du gouvernement:
Le gouvernement a finalement dû céder lorsque le Parlement a menacé de bloquer son budget. Solidement implanté dans les régions rurales, le Parti du centre a alors imposé un compromis. Il a accepté de soutenir la politique climatique des sociaux-démocrates et des autres partis de gauche écologiste. En contrepartie, le financement du tunnel maritime a été approuvé. «C'est un projet unique au monde qui profitera à l'ensemble du littoral», s'est réjoui le président du Parti du centre, Trygve Vedum.
La région de Stad espère désormais bénéficier de contrats de plusieurs millions de francs pour les entreprises locales, ainsi que d'un nouvel élan économique sur l'ensemble du littoral. Aux yeux de nombreux habitants, ce tunnel spectaculaire deviendra également une attraction touristique unique. (trad. hun)
