La France sous haute surveillance pour une nouvelle vague de manifs'
Quelque 70'000 policiers et gendarmes sont mobilisés samedi en France pour le troisième acte de la contestation contre la vie chère. Redoutant de nouvelles violences, les autorités ont éloigné les cortèges des centres-villes et renforcé les contrôles.
A Paris, le cortège doit s'élancer à 14h00 dans l'est de la capitale, après une décision du Conseil d'Etat annulant celle rendue vendredi par le tribunal administratif. Les manifestants défileront finalement de la porte de Bagnolet à la porte de Charenton, et non entre les places de la Bastille et de la Nation.
Les manifestants acceptent ce parcours «contraints, forcés et la mort dans l'âme», a déclaré à l'AFP Karl Ghazi, co-secrétaire général de l'UD CGT Paris. Des lycéens et étudiants doivent également participer au cortège, ainsi que le dirigeant de La France insoumise Jean-Luc Mélenchon.
A la mi-journée, la préfecture de police avait procédé à 1200 contrôles dans les gares et aux alentours de Paris. La coordination des Gilets jaunes a de son côté appelé à poursuivre le mouvement les 6 et 7 novembre, au lendemain d'une journée nationale de mobilisation intersyndicale prévue le 5 novembre.
Les autorités craignent une répétition des violences du 17 octobre, marquées notamment par des pillages, des incendies de bâtiments publics et des affrontements avec les forces de l'ordre. L'entourage du ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez dit anticiper des violences «tout au long de la journée» et «à partir de la tombée de la nuit».
Quelque 350 actions susceptibles de rassembler entre 350'000 et 450'000 personnes ont été recensées à travers le pays, selon une source policière. Une autre source évoque auprès de l'AFP un «climat pré-insurrectionnel», tandis que 70'000 policiers et gendarmes ont été mobilisés.
Les commerces sur leurs gardes
Les autorités ont privilégié des parcours éloignés des centres-villes afin de limiter les risques de dégradations. L'Alliance du commerce fait état d'une «tension» et de «craintes renouvelées» parmi les commerçants, tandis que CCI France rappelle que 600 des 2500 commerces touchés lors des précédents troubles n'ont pas rouvert.
Près du point de départ de la manifestation parisienne, certains commerçants ont barricadé leurs vitrines, tandis que d'autres ont décidé de rester ouverts en signe de «solidarité». Wael Boubaker, employé d'un café-brunch, recouvrait samedi matin sa vitrine de panneaux de contreplaqué alors que manifestants et forces de l'ordre commençaient à affluer.
«Tout le monde reste chez soi, personne ne viendra consommer», a-t-il regretté. Un couvre-feu a par ailleurs été décrété dans certains secteurs de Paris de 23h00 à 06h00 dans les nuits de samedi à dimanche et de dimanche à lundi, une mesure également adoptée dans plusieurs villes françaises.
A Bordeaux, le cortège a été autorisé, contrairement à la semaine précédente, mais la préfecture s'attend à une journée «difficile» et à de possibles «actions violentes». Plusieurs commerces du centre-ville se sont barricadés dès vendredi soir et les services municipaux retiraient samedi matin les vélos en libre-service de leurs bornes.
A Clermont-Ferrand, jusqu'à 2000 personnes ont manifesté à l'écart du centre sans incident majeur, selon la préfecture du Puy-de-Dôme. Quelques centaines de personnes ont également défilé dans plusieurs villes d'Ardèche, «sans aucune violence ni dégradation», selon le préfet.
A Lyon, les autorités ont autorisé un parcours hors de l'hypercentre, encore marqué par les violences du 17 octobre, durant lesquelles un bâtiment de l'Office du tourisme avait été incendié. A Marseille, seuls les rassemblements «déclarés» sont autorisés, tandis qu'à Rennes une manifestation initialement interdite a finalement obtenu le feu vert après une modification de son parcours.
L'entourage de Laurent Nuñez s'est également inquiété de l'utilisation sur les réseaux sociaux des termes «révolution» et «insurrection», alors que cette journée de mobilisation coïncide avec les festivités d'Halloween. «Le prétexte de la nuit d'Halloween ne sera pas un motif légitime pour se dissimuler le visage dans l'espace public» afin de «commettre des troubles à l'ordre public», a prévenu le ministre.
Cette troisième journée de mobilisation contre la vie chère intervient dans le sillage d'un mouvement lycéen et étudiant réclamant notamment la suppression de Parcoursup, la rénovation des établissements et davantage d'enseignants. Plusieurs manifestants, dont des mineurs, ont été grièvement blessés ou mutilés depuis la mi-septembre lors d'opérations de maintien de l'ordre, tandis que 1193 policiers et gendarmes ont été blessés, selon le ministre de l'Intérieur. (dal/ats/afp)
