Opération anti-LGBT+ en Turquie: 62 personnes incarcérées
Soixante-deux personnes ont été placées en détention provisoire depuis lundi en Turquie, a-t-on appris de différentes sources. Vingt-neuf autres doivent comparaître mercredi à Istanbul.
Selon l'association de défense des droits humains MLSA, 13 personnes ont été incarcérées mardi soir à Ankara, dont sept membres de Kaos GL, l'une des plus importantes associations de défense des droits LGBT+ en Turquie, ainsi que cinq personnes transgenres et une journaliste.
Egalement arrêtées dimanche, 28 autres personnes ont été placées en détention provisoire mardi soir sur décision d'un tribunal de Mersin (sud), a rapporté l'agence de presse privée DHA, citant le parquet local.
Lundi, 21 autres personnes avaient déjà été incarcérées à Izmir (ouest), la troisième ville du pays, ainsi qu'à Aydin (ouest), accusées aussi pour la plupart du crime d'«obscénité» et d'aide à la prostitution, selon les communiqués des parquets.
Le ministre de la Justice, Akin Gürlek, avait annoncé dimanche l'ouverture de poursuites judiciaires «contre 162 suspects, neuf associations et 13 entreprises» dans 15 provinces turques, après une vaste opération menée au cours de la nuit dans des bars gays et aux domiciles de militants LGBT+.
Selon l'association turque des avocats pour la justice (AIH), près de 110 personnes ont été arrêtées dimanche à travers la Turquie, dont 29 qui doivent comparaître mercredi à Istanbul. L'AIH a ajouté que 106 autres ont par ailleurs été détenues mardi à Istanbul pour avoir protesté contre ces interpellations. D'autres arrestations ont eu lieu à Ankara et Izmir, selon des témoins.
Homophobie au sommet de l'Etat
Ce vaste coup de filet, qui a suscité des condamnations internationales, s'inscrit dans le cadre de la «Décennie de la famille» proclamée par le président Recep Tayyip Erdogan, afin de «protéger nos enfants, l'institution familiale et l'ordre social», a souligné le ministre turc de la Justice.
L'homosexualité n'est pas réprimée pénalement en Turquie, mais elle est largement réprouvée et l'homophobie y est répandue jusqu'au sommet de l'Etat, le président Erdogan qualifiant régulièrement les LGBT+ de «pervers», auxquels il impute la chute drastique de la natalité.
Selon l'ONG Amnesty International, «cette répression généralisée (...) n'a absolument rien à voir avec la protection des familles et vise uniquement à porter davantage atteinte à une communauté déjà durement éprouvée par des décennies de discrimination et d'intimidation». (ats)
