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Il se souvient du G8: «L’Etat a réquisitionné mon restaurant»

Evian, il se souvient du G8: «L’Etat a réquisitionné mon restaurant»
En 2003, Evian s’isolait du monde pour le G8. Un Français qui a été dépossédé de son bistro pendant une semaine se souvient que les organisateurs l’ont appelé en urgence pour gérer un problème de papier toilette.images: keystone, watson

«Ils ont déboulé et vidé mon restau»: il a vécu le G8 de près

En 2003, Sylvain gérait un restaurant aux portes d'Evian. Un matin, des individus ont déboulé dans l’établissement que ce Français cogérait, pour le vider de son mobilier et installer des ordinateurs. Alors que le G7 approche, il raconte.
08.06.2026, 05:2808.06.2026, 05:28

Dans pile une semaine, la ville d’Evian-les-Bains sera coupée du monde, le Secret service de Trump régnera en maître et ses habitants seront marqués à la culotte avec des check-points à chaque coin de rue. Alors que la Suisse fait tout pour ne pas revivre les violences historiques de 2003, à Genève comme à Lausanne, watson est allé à la rencontre d’un restaurateur français qui a vécu le G8 de façon plutôt... originale.

«Un matin, ils ont déboulé et commencé à vider notre restaurant. J’ai été pris de panique»

Sylvain* vient tout juste d’enjamber la vingtaine lorsqu’il comprend que l’établissement dont il est le cogérant sera situé en zone 1 durant le sommet. Un périmètre qui comprend la ville d’Evian, mais également quelques communes proches à l’instar de Neuvecelle, Publier ou Amphion. Une zone ultra-sécurisée qui nécessite un macaron pour les bagnoles et un badge nominatif pour les résidents.

Dans un premier temps, il n’en sait pas beaucoup plus, mais une rumeur court: son restaurant pourrait être réquisitionné par l’Etat. «J’étais un peu étonné, puisque nous étions à quatre ou cinq kilomètres du centre. On m’avait dit que c’était une possibilité, mais on n’y croyait pas vraiment et on n’a jamais eu d’échange officiel à ce sujet», nous explique-t-il aujourd’hui, sur une terrasse de café en Suisse. Un flou artistique qui va pourtant se transformer en véritable opération commando: «Tout s’est passé très vite.»

«C’est simple: on se lève un matin, on arrive au boulot et il y a des mecs qui sont en train d'enlever nos tables et nos chaises, mettre de la moquette au sol, démonter la terrasse. J’ai tenté de les arrêter au début, j’avais la trouille»
Sylvain

Dans la foulée, Sylvain reçoit un message de la commune lui assurant que tout est normal et qu’il sera indemnisé. Le voilà contraint de céder les clés du bistro et de déguerpir jusqu’au départ des plus puissants chefs d’Etat de la planète.

En lieu et place de ses clients habituels? Le centre de presse. Quelques heures plus tard, les journalistes du monde entiers brancheront leurs ordinateurs et leurs imprimantes dans la salle à manger de Sylvain, mais également dans le centre sportif d’à côté, avec des box individuelles pour chaque média.

«J’ai vu arriver des palettes entières de matériel, tout était très rodé et vraiment impressionnant. Franchement, se faire réquisitionner son propre restaurant par l’Etat, c’est une sensation très étrange. Surtout quand on a à peine vingt ans.»
Sylvain

Se voir imposer des vacances forcées de son propre business par la présence de Poutine, Chirac, Blair, Berlusconi, Schröder, Koizumi, Chrétien et, of course, le fils Bush, ce n’est effectivement pas tout à fait le quotidien qui attend un gérant d’établissement public.

(L-R) French President Jacques Chirac, Canadian Prime Minister Jean Chretien, Russian President Vladimir Putin, British Prime Minister Tony Blair and German Chancellor Gerhard Schroeder confer as they ...
Il y a 23 ans, un tout autre monde: Poutine, bras croisés derrière le dos, face à Jacques Chirac, le premier ministre canadien Jean Chrétien, Tony Blair et Gerhard Schröder.Image: EPA

Pourtant, si les rues de Genève et de Lausanne se sont littéralement embrasées durant le sommet, pour Sylvain, tout s’est finalement bien passé. L’indemnisation a été corrélée au chiffre d’affaires et aucun dégât ne sera constaté sur place une fois de retour dans son établissement.

Mieux encore: les petites mains de l’Etat rendront non seulement les locaux rangés «presque comme avant», mais la «belle terrasse en bois» construite pour l’occasion deviendra celle du restaurant: «J’ai demandé et ça les arrangeait de ne pas avoir à la démonter».

Aucun couac, vraiment?

«Oh, j’ai bien une petite anecdote: ils m’ont un jour appelé en urgence parce qu'ils avaient besoin de ma clé pour ouvrir les distributeurs à papier toilette et changer les rouleaux!»

Si la réquisition de son bistro lui avait permis de vivre un G8 sans encombre, beaucoup de ses confrères au cœur d’Evian n’ont pas eu cette chance.

Quelques établissements avaient même dû fermer temporairement en raison d’un manque de clientèle, alors que la région subissait une vague de chaleur précoce deux mois avant la tragique canicule d’août. «Les restaurateurs avaient eu du mal à s’en sortir, oui. Ce n’est pas très étonnant: qui veut manger en terrasse avec des agents et des militaires qui contrôlent tout le monde du matin au soir?», réagit Sylvain.

«En tout cas, ce genre de sommet, c’est vraiment le branle-bas de combat», qu’il nous glisse en rallumant une clope. Comment ce frontalier qui bosse désormais en Suisse voit arriver le G7 dans sa région et dans quelques jours? «Disons que le monde a changé, la géopolitique est très fragile aujourd’hui, je n’ose même pas imaginer le niveau de sécurité. Il y a vingt-trois ans, les relations entre les pays étaient beaucoup plus paisibles.»

«Pour moi, comme pour des milliers de travailleurs, la vie et les transports vont se compliquer dès la semaine prochaine. J’ai décidé de dormir à Genève le temps du sommet, mais je ne verrai pas mes enfants pendant une semaine. Le G7 a déjà un impact considérable sur la population»
Sylvain

Dès le 11 juin, Evian-les-Bains et les communes alentour se figeront une nouvelle fois. Un bunker ultrasécurisé qui accueillera pourtant un nouvel acteur pas encore inventé en 2003: le smartphone.

«Je me disais la même chose avant notre rencontre, rigole Sylvain. Je n’ai pas une seule photo à vous montrer, à l’époque, je devais avoir un Nokia 3210, vous imaginez un peu? Cette année, avec la technologie, les drones, etc... on apprendra des choses un peu plus croustillantes depuis le centre-ville d’Evian, allez savoir!».

Réponse dans une semaine.

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