Guerre en Iran: les signes d'une intervention au sol se multiplient
Dans le cadre de leur conflit, marqué par une nouvelle escalade des affrontements, les Etats-Unis et l'Iran se livrent à des manœuvres de dissuasion militaire afin d'imposer leur prise de contrôle du détroit d'Ormuz. Les Etats-Unis ont annoncé avoir mené des frappes sur l'Iran pour la neuvième nuit consécutive lundi, Téhéran ripostant une nouvelle fois par des attaques contre ses voisins du Golfe et revendiquant l'attaque de deux pétroliers dans le détroit d'Ormuz.
Lors de leur sixième vague d'attaques consécutive, les forces armées américaines ont visé des infrastructures civiles, telles que des ponts et des lignes de chemin de fer, ainsi qu'une tour de contrôle iranienne proche de la frontière avec le Pakistan. L'Iran a riposté par des tirs de missiles contre des Etats arabes du Golfe et affirme avoir bombardé pour la première fois une base militaire en Syrie. Téhéran a par ailleurs demandé aux rebelles houthis pro-iraniens du Yémen de préparer des attaques contre des navires en mer Rouge.
Les signes d'une escalade se multiplient
Ces combats alimentent les spéculations quant à un déploiement de troupes terrestres américaines, destiné à arracher à l'Iran le contrôle du détroit d'Ormuz. Le schéma des attaques américaines pourrait indiquer que Washington prépare l'occupation de la côte iranienne le long du détroit, estime Hamidreza Azizi, expert de l'Iran à la Fondation Science et Politique (SWP), à Berlin. Il a écrit sur X:
De son côté, le Wall Street Journal a rapporté que le président américain Donald Trump serait enclin à étendre la guerre. Un déploiement de troupes terrestres sur le territoire iranien ferait partie des options envisagées. Les cibles potentielles seraient notamment l'île de Kharg, centre névralgique de l'industrie pétrolière iranienne, ainsi que les zones côtières bordant le détroit d'Ormuz.
Arash Reisinezhad, de l'Université internationale de Floride, voit lui aussi des signes annonciateurs d'une offensive terrestre américaine planifiée. Les attaques américaines auraient d'abord visé les îles iraniennes du golfe Persique, puis les régions côtières, avant de cibler désormais également des objectifs dans le sud de l'Iran, a écrit Reisinezhad sur X. Ce schéma ne serait pas le fruit du hasard.
Des centaines de milliers de soldats nécessaires
Trump a déjà menacé à plusieurs reprises d'envoyer des soldats américains sur les îles iraniennes du Golfe. Les forces américaines rassemblées dans la région comptent notamment des unités spéciales destinées à ce type d'opérations. Une occupation durable de vastes portions du littoral iranien nécessiterait toutefois des centaines de milliers de soldats et une préparation de plus longue durée. Selon l'armée américaine, plus de 50 000 soldats sont actuellement stationnés dans la région.
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Pour Trump, une offensive terrestre serait politiquement risquée, car il doit affronter des élections de mi-mandat difficiles au Congrès en novembre et a promis à ses électeurs de mettre fin aux «guerres sans fin» des Etats-Unis au Moyen-Orient. Il est possible que l'escalade des attaques américaines vise à décimer systématiquement les capacités de défense du régime islamique dans la région du détroit d'Ormuz et à déstabiliser l'Iran en agitant la menace d'un déploiement de troupes terrestres.
Trump exige de l'Iran qu'il libère la navigation dans le détroit d'Ormuz, tandis que Téhéran insiste pour continuer à surveiller le trafic des pétroliers. Le négociateur iranien et président du Parlement, Mohammad Bagher Ghalibaf, avait évoqué jeudi de nouveaux efforts diplomatiques pour résoudre le différend autour du détroit d'Ormuz. Washington a ensuite indiqué que Trump restait ouvert aux efforts diplomatiques. Des discussions auraient également lieu entre les deux belligérants.
Des avions, des drones et des navires de guerre américains ont attaqué dans la nuit de jeudi à vendredi des dizaines d'installations militaires iraniennes, a annoncé le Commandement central américain (Centcom), compétent pour le Moyen-Orient. Des «infrastructures logistiques militaires» ont également été visées, selon la même source.
Des infrastructures civiles sous le feu
Selon les médias iraniens, les Américains ont touché six ponts, des lignes de chemin de fer et des lignes électriques le long du détroit d'Ormuz, ainsi qu'un aéroport. Dans la ville portuaire de Chabahar (sud), sur l'océan Indien, près de la frontière pakistanaise et située à des centaines de kilomètres du détroit d'Ormuz, une tour de contrôle chargée de surveiller le trafic maritime a été détruite. Les Etats-Unis affirment que le régime iranien utilise des infrastructures civiles à des fins militaires, notamment pour l'approvisionnement en munitions et le ravitaillement de ses troupes.
Dans ses contre-attaques quotidiennes, l'Iran vise des installations militaires américaines situées dans des Etats arabes du Golfe ainsi qu'en Jordanie. Selon des sources iraniennes, la base aérienne américaine d'Al-Udeid, au Qatar, le plus grand site américain de tout le Moyen-Orient, a été touchée vendredi. Le Koweït a annoncé qu'une centrale électrique et une usine de dessalement d'eau de mer avaient été endommagées lors des attaques iraniennes. Dans le nord de l'Irak, huit membres d'une milice irano-kurde ont trouvé la mort dans une attaque de missiles.
Les Iraniens affirment avoir étendu pour la première fois leurs représailles à la Syrie. Lors d'une «attaque surprise» contre la base d'Al-Tanf, à la frontière syrienne avec la Jordanie, de nombreux soldats américains auraient été tués, s'est félicité le Corps des gardiens de la révolution islamique, cité par l'agence de presse Tasnim. L'armée syrienne a démenti cette information, selon l'agence de presse AFP. Officiellement, les troupes américaines avaient quitté cette base en février.
Au Yémen, les rebelles houthis affirment avoir déployé des missiles et des drones supplémentaires le long des côtes de la mer Rouge. Des attaques contre des navires marchands dans cette zone pourraient bloquer l'accès au canal de Suez et porter un nouveau coup à l'économie mondiale. Les Houthis attendraient des ordres en provenance d'Iran, a rapporté l'agence de presse Reuters. (trad. ysc)
