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Le président du Paraguay destitué après un scandale bancaire

Le président du Paraguay destitué après un scandale bancaire

Santiago Peña a été destitué après la faillite d'une banque ayant gelé les avoirs de millions de Paraguayens.
07.11.2026, 08:1507.11.2026, 08:15
epa13359483 Pedro Alliana (C), who previously served as vice president, is sworn in before Congress as Paraguay?s new president in Asuncion, Paraguay, 06 November 2026. Paraguayan President Santiago P ...
Pedro Alliana.Keystone

A l'issue d'une crise bancaire majeure, le Paraguay a investi vendredi un nouveau président, Pedro Alliana, dont le prédécesseur Santiago Peña, à peine destitué, doit comparaître samedi devant le parquet pour s'expliquer sur ce scandale.

Alliana, 52 ans, a affirmé dans sa première brève allocution devant le Sénat qui l'a investi que «les compatriotes qui traversent une situation très difficile à cause du chaos financier seront pleinement indemnisés. Nous ne les laisserons pas seuls».

Président du Paraguay depuis 2023, proche allié de Washington, Peña, 47 ans, dont le mandat s'achevait en principe en 2028, a été destitué après que le Sénat l'a reconnu, à l'unanimité, coupable de «mauvais exercice de ses fonctions», en lien avec la débâcle de la banque Ueno.

La crise bancaire, qui a rapidement viré à la crise politique profonde, a éclaté mardi avec la mise sous tutelle pour insolvabilité par la Banque centrale (BCP) d'une banque en ligne florissante ces dernières années, Ueno Bank.

L'intervention de la BCP a gelé les dépôts de près de trois millions de personnes, le nombre de clients que revendiquait Ueno, soit près de la moitié de la population du pays. Des entreprises, des institutions et des fonds de pension ont aussi été affectés.

«Qu'il finisse en prison»

Pedro Alliana, issu du même Parti Colorado (conservateur), que Peña, avait lui aussi été mis en cause dans la crise bancaire. Mais dans son cas, le Parlement avait voté contre un procès en destitution.

Quelques centaines de personnes rassemblées à l'extérieur du Parlement ont accueilli la destitution de Peña par des cris de joie et des chants.

«Enfin, enfin Santiago Peña est parti, enfin justice a été rendue !», s'extasiait auprès de l'AFP Jessica Aquino, employée de 32 ans.

«Maintenant, on veut qu'il nous rende notre argent et qu'il finisse en prison!»

«Un bonheur! On a obtenu ce qu'on voulait, la condamnation, le procès et voilà!» abondait Jonathan Riverola, 24 ans, un étudiant dont la famille est directement affectée. «Mais pas si content, car son successeur va être Alliana», du même parti conservateur hégémonique, tempérait-il.

A peine une heure après sa destitution, Santiago Peña a été assigné à résidence. Puis, tard dans la nuit de vendredi à samedi, il a été transféré depuis son domicile vers une installation militaire pour des raisons de sécurité. Des images de la télévision ont montré trois camionnettes quitter la résidence présidentielle sous les insultes, les coups de pied et les jets d'oeufs d'un groupe de manifestants qui a été dispersé par la police avec des tirs de balles en caoutchouc.

La procureure Silvia Margarita González Vester a annoncé aux journalistes que le président déchu sera entendu samedi par le parquet à 11H00 (15H00 GMT), pour les délits présumés d'abus de confiance, trafic d'influence et gestion à des fins personnelles.

Lors du procès en destitution, des sénateurs ont accusé l'ex-président d'avoir «permis, toléré et de ne pas avoir corrigé un détournement de fonds des retraites vers une banque liée au cercle présidentiel». Autrement dit, d'«avoir subordonné l'intérêt public à des intérêts privés», a lancé le sénateur Adrián Vaesken.

Peña était avant même sa présidence et jusqu'à 2025 actionnaire de la holding financière propriétaire d'Ueno bank, ont rappelé des sénateurs.

Reversements aux lésés

Peña, absent à l'audience, était défendu par ses avocats, qui ont questionné la validité du procès, car le Parlement «n'a pas compétence pour juger une personne qui a décidé de renoncer à sa charge», a plaidé un des conseils, Ricardo Preda, en référence à la démission présentée jeudi par le chef de l'Etat d'alors.

Mais le Parlement avait refusé cette démission, rendant inévitable un procès en destitution par le Sénat. S'il l'avait acceptée, Peña serait devenu sénateur à vie, comme le prévoit la Constitution pour les ex-présidents, et aurait joui d'une immunité parlementaire.

La Banque centrale a pour sa part commencé à reverser leurs fonds à des épargnants victimes de la débâcle d'Ueno. «Le processus de versements d'avances de garantie aux déposants de Ueno Bank a commencé jeudi», a déclaré vendredi à l'AFP José Maciel, directeur administratif du Fonds de garantie des dépôts de la BCP.

Les premiers décaissements, a-t-il dit, portent sur des déposants qui avaient dans la banque Ueno «des dépôts compris entre 1 et 10 millions de guaranties» (160 à 1600 dollars américains).

Il n'a pas précisé de nombre ni de montant global, mais selon un avocat de Peña, quelque 700'000 personnes avaient vendredi bénéficié de premiers versements.

La crise bancaire au Paraguay a eu des ondes de choc multiples: en Argentine, un millier d'employés de la société technologique ITTI, du même groupe qu'Ueno, ont été suspendus 30 jours sans salaire.

Et la Confédération sud-américaine de football (Conmebol) détenait environ 13 millions de dollars dans cette banque, a indiqué à l'AFP une source interne ayant requis l'anonymat. (dal/afp)

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