«C'est un échec pour Netanyahou»
Les élections législatives du 27 octobre en Israël ont débouché sur une impasse politique. Le Likoud, parti de droite conservatrice du premier ministre Benjamin Netanyahou, et ses alliés devancent le camp adverse, dirigé par l'ancien chef d'état-major Gadi Eisenkot. Mais aucun des deux blocs ne dispose d'une majorité claire pour former un gouvernement. Israël devrait donc connaître de longues négociations en vue de former une coalition, voire de nouvelles élections législatives si aucun accord n'est trouvé. L'ancien premier ministre israélien, Ehud Olmert, répond à nos questions.
Israël a voté, mais la formation d'un gouvernement reste incertaine. Netanyahou présente le résultat comme une victoire personnelle. Quelle est votre analyse?
Ehud Olmert: C'est une défaite pour lui. L'ensemble de son camp politique n'a pas de majorité. Il ne peut pas former de gouvernement.
Avec les partis arabes, une majorité contre Netanyahou serait possible. L'opposition va-t-elle saisir cette occasion?
Les partis arabes ont remporté un succès historique. Avec eux, la création une majorité pour faire face à Netanyahou serait possible. J'espère qu'elle verra le jour. Tout dépend des partis d'opposition dirigés par Gadi Eisenkot: auront-ils le courage et les qualités de leadership nécessaires pour tendre la main aux partis arabes?
Que se passera-t-il s'ils ne le font pas et qu'aucun nouveau gouvernement ne voit le jour?
Dans ce cas, la Knesset devra convoquer de nouvelles élections. Mais ce serait mauvais pour le pays et certainement aussi pour le camp du changement. Gadi Eisenkot et ses partenaires doivent donc faire un choix: veulent-ils sombrer lors des prochaines élections? Ou veulent-ils faire ce qu'ils ont promis, à savoir remplacer le gouvernement, collaborer avec les partis arabes et conduire Israël dans une autre direction que celle de Netanyahou?
Le président Herzog veut éviter de nouvelles élections. Un gouvernement d'union nationale avec le Likoud serait-il une solution?
D'après ce que je peux déduire des déclarations d'Eisenkot, je ne vois aucune chance que cela se produise. A moins que Netanyahou soit complètement écarté de toute fonction dirigeante.
Netanyahou parle d'une élection volée. Le Qatar, et peut-être aussi la Turquie, auraient acheté des électeurs arabes. Qu'en pensez-vous?
C'est absurde. Les seules personnes que le Qatar a réellement achetées sont de proches collaborateurs du premier ministre Netanyahou. Ils ont reçu de l'argent pour améliorer l'image du Qatar sur la scène internationale. Au-delà de cela, il n'existe absolument aucune preuve d'une ingérence qatarie dans les élections.
Vous avez parlé de sa défaite. Mais pour l'instant, Netanyahou reste premier ministre...
Son gouvernement reste en fonction tant qu'un autre n'a pas prêté serment. Mais dès que Herzog chargera Eisenkot, le candidat le plus probable, de former un gouvernement, la marge de manœuvre de Netanyahou sera, à mon avis, très limitée.
Pourrait-il déclencher une nouvelle guerre pour se maintenir malgré tout au pouvoir?
Si vous voulez savoir s'il pourrait attaquer l'Iran dans les prochains jours pour modifier l'équilibre politique, répandre la peur et la panique afin de rester au pouvoir: tout est possible.
Le Wall Street Journal rapporte que Trump et Netanyahou auraient déjà convenu d'une attaque après les élections de mi-mandat, aux Etats-Unis. Que savez-vous à ce sujet?
Je n'ai aucune information à ce sujet. Mais Trump est le président des Etats-Unis, pas le premier ministre d'Israël. Les Etats-Unis peuvent aussi faire la guerre à l'Iran sans notre soutien. A l'heure actuelle, aucune attaque contre l'Iran ne servirait un intérêt fondamental de l'Etat d'Israël.
Vous espérez un changement de gouvernement. Cela permettrait-il aussi de surmonter l'isolement d'Israël en Europe?
L'isolement d'Israël et les sanctions prises par certains pays s'expliquent en grande partie par le rejet de la politique de Netanyahou en Europe.
La perspective de se débarrasser de ce gouvernement est donc aussi une très bonne nouvelle pour les Européens. Avec un gouvernement dirigé par Gadi Eisenkot, nous devrions constater que les Européens ne sont finalement pas de si grands ennemis d'Israël.
Que devrait concrètement changer le prochain gouvernement?
Nous devons mettre fin au terrorisme juif en Cisjordanie et mettre en œuvre, avec les autres parties concernées, le plan en 20 points de Trump pour Gaza. Une force de sécurité dirigée par l'Egypte devrait y prendre le contrôle et être en mesure de désarmer le Hamas.
Nous ne devons pas soutenir une expulsion forcée de la population de Gaza, comme le font certains membres du camp de Netanyahou.
Etes-vous toujours optimiste quant à la possibilité que cela se réalise?
Oui. Peut-on rester sain d'esprit en Israël sans être optimiste? C'est la question que je pose à tous...
